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Et Pardaillan, qui ne perdait pas un geste, pas un clin d’œil, admirait aussi Fausta, réellement superbe en son abandon dédaigneux.

– Superbe, divine comédie

En même temps il plaignait les malheureux affolés par le sourire de Fausta.

– Pauvres bougres! qui sait dans quelle épouvantable aventure la diabolique enchanteresse va les lancer!

Enfin il songeait à don César:

«Voyons, voyons, je ne comprends plus, moi. Cervantès m’a assuré que le Torero était le fils de don Carlos. M. d’Espinosa m’a demandé, de façon fort claire, de l’assassiner. C’est donc que lui aussi le croit le fils de don Carlos. Et il doit être bien renseigné, je présume, ce bon M. d’Espinosa. Or le Torero est féru d’amour pour la Giralda, qui est bien la plus ravissante petite bohémie

Le calme s’était rétabli dans l’assistance. Chacun avait regagné sa place, heureux et fier de la faveur que le hasard lui avait octroyée. Le duc de Castrana déclara:

– Seigneurs, notre bien-aimée souveraine consent à s’expliquer devant vous.

Ayant dit, il s’inclina devant Fausta et reprit sa place derrière son fauteuil. À cette a

Un instant, Fausta les tint sous le charme de son regard, et de sa voix harmonieuse, singulièrement prenante, elle dit:

– Vous êtes ici une élite. Non pas tant par la naissance, mais encore et surtout par l’intelligence et par le cœur, par l’indépendance de l’esprit et je dirai même, pour certains d’entre vous, par la science. Catholiques ou hérétiques – comme on dit couramment – vous êtes tous des croyants sincères et partant respectables. Mais vous êtes aussi animés d’un esprit de large tolérance. Et ceci constitue votre vrai crime. En effet, sous un gouvernement sain, ho

Ici, une rumeur d’approbation. Fausta continua:

– Vous vous êtes souvenus que l’union fait la force, et lassés de l’effroyable tyra

– Oui, crièrent plusieurs voix, qu’elle disparaisse à tout jamais, la maudite institution!

– Un État où la science, honorée, vaudra la naissance, où cette science sera accessible à tous et non à une infime minorité de prêtres et de moines soucieux avant tout de maintenir le peuple dans les ténèbres de l’ignorance afin de le diriger en maîtres absolus; un État enfin où les fonctions publiques iront, à part égale, au mérite, surgirait-il des plus basses classes de la société, et à la naissance.

– Ho

– Nous sommes tous de cet avis, dit froidement Fausta.

Elle prit un temps, comme si elle eût voulu laisser à l’assemblée le loisir de manifester son sentiment sur cette interruption. Perso

Fausta eut un imperceptible sourire. Elle continua:

– Vous avez eu co

Directement interrogés, les auditeurs répondirent affirmativement.

– Eh bien, reprit Fausta sur un ton tranchant, vous vous êtes trompés, gravement trompés, insista-t-elle.

Des rumeurs, des protestations éclatèrent un peu partout.

– Pourquoi? crièrent plusieurs au milieu du tumulte.

Impassible, Fausta attendit sans faire un geste, n’essayant pas de dominer le bruit. Lorsque le brouhaha se fut apaisé:

– Jamais, reprit-elle froidement, jamais, vous entendez, l’orgueil de Philippe ne consentira un tel démembrement.

– On ne lui demandera pas son consentement, expliqua quelqu’un. Le moment venu, nous serons assez forts pour imposer nos volontés.

– Philippe ne cédera qu’à la force, nous sommes d’accord sur ce point. Et j’admets volontiers que vous aurez cette force. Mais après, que ferez-vous?

– Nous serons libres chez nous!

– Pas pour longtemps, dit nettement Fausta. Vous vous leurrez d’une illusion singulièrement dangereuse pour l’avenir de votre entreprise, dangereuse pour la sécurité de vos perso

Et avec plus de force encore:

– Il faudrait bien peu co

Pardaillan, devant son trou, songeait:

«Toujours très forte, Fausta! Quel dommage qu’elle soit pétrie de méchanceté! Ces naïfs conspirateurs n’ont pas, à eux tous, le demi-quart de la netteté de vues de cette femme. Mordieu! comme elle vous a balayé leurs illusions en quelques mots! Les voilà tout pantois!»

Et avec un sourire malicieux qu’il ne put réprimer:

«C’est égal, avoir co

[21] Violetta, épouse du duc Charles d’Angoulême grâce au chevalier de Pardaillan, était une des héroïnes de La Fausta et de Fausta vaincue.