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– Mais Centurion, dans ces sortes d’affaires, n’agit pas pour son propre compte.
– Je vous entends, César. Centurion est le bras droit de don Almaran.
Ayant prononcé ce nom, elle perçut le frémissement de son amant qui la tenait par le bras. Elle rougit cependant qu’un sourire malicieux vint effleurer ses lèvres. Elle venait de comprendre ce qui se passait dans l’esprit du jeune homme.
Simplement don César était jaloux.
Cervantès devait avoir compris aussi, car il marmotta:
– Amour! jalousie!… Folie!
Cependant El Torero, après un instant de silence, reprenait d’une voix qui tremblait:
– Comment se fait-il que, vous sachant au pouvoir de ce monstre que vous prétendiez abhorrer, je vous ai vue si calme et si tranquille, ne cherchant même pas à vous sauver, ce qui vous eût été pourtant très facile.
Giralda aurait pu répondre que pour fuir comme le disait son amant, il aurait fallu qu’elle n’eût pas été endormie par un narcotique assez puissant pour que lui-même l’eût crue morte un moment. Elle se contenta de répondre en souriant:
– C’est que cette fois Centurion n’agissait pas pour le compte de celui que vous savez.
– Ah! fit El Torero plus inquiet encore, pour qui donc alors.
– Pour la princesse, dit Giralda en riant.
– La princesse!… Je ne comprends plus.
– Vous allez comprendre, dit la Giralda soudain sérieuse. Écoutez-moi, César. Vous savez que j’étais partie à la recherche de mes parents?
– Eh bien? demanda El Torero, oubliant sa jalousie pour ne penser qu’à la consoler. Vous avez été encore déçue?
– Non, César, cette fois je sais, dit tristement la Giralda.
– Vous co
– Je sais que mon père et ma mère ne sont plus, sanglota la jeune fille.
– Hélas! c’était à prévoir, dit El Torero en la prenant tendrement dans ses bras. Et ce père, cette mère, étaient-ce des gens de qualité, comme vous le pensiez?
– Non, César, dit très simplement la Giralda, mon père et ma mère étaient des gens du peuple. Des pauvres gens, très pauvres, puisqu’ils durent m’abando
Don César la serra plus fortement dans ses bras.
– Pauvre Giralda! dit-il avec une tendresse infinie. Je vous aimerai davantage, puisqu’il en est ainsi. Je serai tout pour vous, comme vous êtes tout pour moi.
La Giralda releva son gracieux visage et, à travers ses larmes, elle eut un sourire à l’adresse de celui qui lui parlait si tendrement et de l’amour duquel elle était sûre comme de son propre amour.
El Torero reprit:
– Êtes-vous bien sûre cette fois-ci, Giralda? Vous avez été si souvent leurrée.
– Il n’y a pas de doute, cette fois-ci. On m’a do
Elle resta un moment rêveuse puis, essuyant ses larmes, elle reprit en souriant avec une pointe de scepticisme:
– Ce que je gagne dans cette affaire, c’est de savoir que j’ai été baptisée, autrefois, avant d’être la bohémie
La Giralda était à moitié païe
Don César, lui, avait été élevé, comme il était d’usage, en fervent pratiquant. Et bien qu’avec l’âge, le raiso
– Ne dites pas cela, Giralda. C’est beaucoup au contraire. Vous échappez de ce fait à la menace d’hérésie suspendue sur votre tête. Vous n’avez plus à craindre l’horrible supplice dont vous étiez sans cesse menacée. Mais ne m’avez-vous pas dit que vous avez été enlevée sur l’ordre de cette princesse inco
– Pas tout à fait. Quand je me suis vue aux mains de Centurion et de ses hommes, je fus prise d’un désespoir affreux. C’est que je pensai qu’on allait me livrer à l’horrible Barba-Roja. Jugez de ma surprise et de ma joie lorsque je me vis en présence d’une grande dame que je n’avais jamais vue, laquelle, avec des paroles de douceur, me rassura, me jura que je ne courais aucun danger et, mieux, que j’étais libre de me retirer à l’instant si je le désirais.
– Vous êtes restée pourtant! Pourquoi? Pourquoi cette princesse vous a-t-elle fait enlever? De quoi se mêle-t-elle et qu’avez-vous à faire avec elle? Elle vous co
Don César avait égrené le chapelet de ses questions avec une nervosité croissante. La Giralda, qui devinait ses pensées jalouses et qu’il souffrait, répondit avec une grande douceur:
– Que de questions, monseigneur! Oui, la princesse me co
– C’est vrai, murmura don César, dépité.
– À proprement parler, la princesse ne m’a pas fait enlever. Elle m’a plutôt délivrée. Voici: vous savez que Centurion me guettait depuis longtemps. Sans l’intervention de M. de Pardaillan, il m’aurait même arrêtée tout récemment. Or, je ne sais pourquoi ni comment – car on ne me l’a pas dit – il se trouve que Centurion est employé aussi par la princesse et qu’il est sous sa dépendance beaucoup plus qu’il n’est sous celle de Barba-Roja. Centurion a dû dire à la princesse qu’il avait ordre de m’enlever et celle-ci lui a, à son tour, do
– Pourquoi? Pourquoi cette princesse que vous ne co
– Pur hasard! La princesse m’a vue. Elle a été frappée – c’est elle qui parle – de la grâce de mes danses et s’est informée de moi, sans que j’en aie jamais rien su. Riche et puissante comme elle est, elle a eu tôt fait de découvrir en quelques jours ce que je n’avais pu trouver en des a
– En sorte, dit El Torero en hochant la tête, que je lui suis redevable d’un grand service.
– Plus que vous ne croyez, César, dit gravement la Giralda. Enfin, pourquoi je suis restée quand j’étais libre de me retirer? Parce que la princesse m’a affirmé qu’il y avait danger de mort, pour quelqu’un que vous co
Autant El Torero s’était montré inquiet, autant il était maintenant radieux.
Aussi accabla-t-il sa fiancée de remerciements et de protestations qui la firent rougir de plaisir.
Mais son humeur jalouse dissipée par les franches explications de la Giralda, ses transports un peu calmés, les paroles de sa fiancée ne laissèrent pas que de l’éto
– Cette princesse me co
– Pas tant que vous le supposez. Je vous ai dit que la princesse est aussi bo
– Elle sait qui je suis? Elle co
– Oui, César, dit la Giralda, gravement.
– Elle vous a dit ce nom?
– Non! Ceci elle ne le dira qu’à vous.
– Elle vous a dit qu’elle me révélerait le mystère de ma naissance? demanda El Torero, frémissant d’espoir.
– Oui, seigneur, quand il vous plaira de le lui demander.
– Ah! s’écria El Torero, il me tarde d’être à demain pour aller voir cette princesse et l’interroger. Oh! savoir! savoir enfin qui je suis et ce qu’étaient les miens! reprit-il avec exaltation.