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– Expliquez-moi un peu cela, madame… si toutefois ce n’est pas être trop curieux.
– Tu mourras par la faim et par la soif.
– Diable! c’est assez hideux cela, madame, et, voyez ma naïveté, j’aurais eu honte de vous croire capable d’une pareille monstruosité… Comme on se trompe!…
– Je sais, Pardaillan, c’est une mort lente et horrible. Aussi ai-je voulu te l’éviter, et c’est pourquoi j’ai eu recours au poison. Prie Dieu que ce poison agisse sur toi, c’est la seule chance qui te reste d’échapper au supplice de la faim.
– Bon! goguenarda le chevalier, je reco
– C’est vrai, Pardaillan. Aussi ai-je pris non pas deux mais toutes les précautions possibles. Vois-tu cette porte de fer qui ferme ta tombe?
– Je ne la vois pas, madame, parbleu! Je n’ai pas des yeux de hibou pour voir dans la nuit. Mais si je ne la vois pas, je l’ai reco
– Cette porte, dont la clé a été jetée dans le fleuve, dans quelques heures sera murée… Le mécanisme actio
– Bah! vous avez beau entasser les obstacles, j’échapperai au poison, je ne mourrai pas de faim et je sortirai d’ici vivant… Le seul avantage que vous retirerez de cette nouvelle marque d’affection qu’il vous a plu de me do
– Oui, Pardaillan, c’est parce que je t’aime qu’il faut que tu meures, râla la voix de Fausta.
– Je disais bien, railla Pardaillan, et que la peste m’étrangle si je comprends rien à cette manière d’affectio
Ces derniers mots furent dits sur un ton qui ne laissait aucun doute sur les intentions du chevalier, intentions peu bienveillantes, on le conçoit aisément.
Fausta, comédie
Précipitée du haut des cimes inaccessibles où sa foi l’avait élevée et longtemps maintenue, elle s’était relevée meurtrie, désemparée, éto
Et qui l’avait ainsi abattue? Pardaillan.
Dès lors, la superstition s’empara d’elle, l’effroi entra dans ce cœur jusque-là indompté, et superstition et terreur unies exercèrent sur elle leur action dissolvante.
Longtemps elle avait cru qu’en tuant Pardaillan elle tuerait du même coup ces sentiments nouveaux qui la choquaient et ne pouvaient pas ne pas la choquer, car elle était trop véritablement artiste raffinée, éprise de toute beauté, d’où qu’elle jaillit, fût-ce l’horreur.
Pardaillan avait résisté à tous ses coups. Comme le phénix de la légende, cet homme réapparaissait alors qu’elle se croyait certaine de l’avoir tué, bien définitivement tué. Et chaque fois qu’il réapparaissait ainsi, c’était pour anéantir irrémédiablement ses combinaisons les plus savantes, longuement et patiemment échafaudées.
Sa stupeur avait fait place à la terreur. Et la superstition s’en mêlant, elle n’était pas éloignée de croire que cet homme était invincible, plus qu’invincible: immortel. De là à croire que Pardaillan était son mauvais génie contre lequel elle s’épuiserait vainement, de là à croire que Pardaillan échapperait fatalement à toutes ses embûches jusqu’au jour où elle succomberait sous ses coups, il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi.
Fausta poursuivait la lutte âprement, obstinément. Mais elle n’avait plus foi en elle, mais le doute était entré en elle et elle n’était pas éloignée de croire que rien ne lui servirait de rien, qu’elle aurait beau faire, Pardaillan, l’infernal Pardaillan, toujours ressuscité, sortirait une dernière fois de la tombe où elle croirait l’avoir cloué pour la frapper mortellement.
On conçoit aisément, dans de telles conditions, l’effet que durent faire les paroles de Pardaillan, affirmant avec une paisible assurance qu’il échapperait au poison et au supplice de la faim.
Ce n’était nullement une gasco
Dès lors, et si précaire que fût la situation à laquelle Fausta l’acculait, il devait nécessairement croire qu’il en sortirait au moment voulu, puisqu’il devait finalement avoir le dessus.
Lorsque Pardaillan eut affirmé qu’il sortirait vivant de son actuel tombeau, Fausta frémit et commença à se demander avec angoisse si elle avait bien pris toutes les précautions nécessaires, si quelque moyen de fuite inco
– Tu crois donc, Pardaillan, que tu échapperas cette fois-ci comme les autres?
– Parbleu? assura Pardaillan.
– Pourquoi? haleta Fausta.
Alors, d’une voix mordante qui la glaça:
– Parce que, je vous l’ai dit, nous avons un compte terrible à régler… Parce que je vois enfin que vous n’êtes pas un être humain, mais un monstre de perversité et de malfaisance, et que vous épargner, comme je l’ai fait jusqu’à ce jour, serait plus que de la folie, serait un crime… Parce que vous avez lassé ma patience et que je suis résolu enfin à vous écraser… Parce qu’il est écrit, je le vois, que Pardaillan domptera Fausta et la réduira à l’impuissance… Vous voyez bien que vous ne sauriez me tuer comme vous le souhaitez, et que je dois sortir d’ici vivant. Or, maintenant que j’ai reco
Tant que Pardaillan s’était contenté d’expliquer pourquoi il se sentait sûr d’échapper à ses coups, Fausta avait écouté en frémissant, d’autant plus que, sous l’obsession de la superstition, pendant qu’il parlait, dans son cerveau affolé, elle se répétait:
– Oui, il se sauvera comme il le dit, c’est écrit, c’est inéluctable… Fausta ne saurait atteindre Pardaillan, puisque Pardaillan doit tuer Fausta!…
Mais lorsque Pardaillan, justement exaspéré et s’animant au fur et à mesure, assura qu’un jour prochain viendrait où il aurait sa revanche et lui ferait expier ses crimes, le caractère indomptable de cette femme extraordinaire reprit le dessus.
La menace d’un tel homme, qui ne menaçait que très rarement et jamais en vain, cette menace, qui eût, à juste raison, affolé l’esprit le plus ferme et le plus courageux, loin de l’abattre ou de l’effrayer, ne fit que retremper sa nature exceptio
Elle retrouva à l’instant sa lucidité et son sang-froid. Ce fut d’une voix très calme qu’elle répondit:
– Soyez tranquille, chevalier, je me garderai bien et je ferai en sorte que votre main ne s’appesantisse plus jamais sur perso
– Voire, grommela Pardaillan, je ne saurais trop vous y engager… Mais, excusez-moi, madame, si j’en use sans façon avec vous… je ne sais si c’est le poison que vous m’avez libéralement dispensé, mais il est de fait que je tombe de sommeil. Brisons donc cet intéressant entretien et souffrez que je me couche sur ces dalles qui n’ont rien de moelleux, et dont il faut bien que je me contente, puisque Votre Sainteté n’a pas daigné octroyer même une humble botte de paille au condamné à mort que je suis, ce qui eût été tout de même moins inhumain, soit dit sans reproche… Sur ce, bonsoir!…
Et Pardaillan qui, sous l’influence des miasmes délétères émanés de la pastille empoiso