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– Un roi est au-dessus de tout. Un roi, c’est le bras de Dieu chargé de maintenir sur terre les fidèles dans la foi et de les y maintenir impitoyablement.

De là son orgueil.

– Je suis roi des Espagnes, roi de Portugal, empereur des Indes, souverain des Pays-Bas, fils de l’empereur d’Allemagne, époux d’une reine d’Angleterre; je suis le monarque le plus puissant de la terre, celui que Dieu a désigné pour imposer la foi sur le monde entier!

Et sa foi religieuse se transformait en foi politique, il avait cru à la monarchie universelle.

De là ses menées dans tous les pays d’Europe.

De là son intervention immédiate dans les affaires de la France. Ce pays, logiquement, devait être a

Tel était l’homme sur lequel Fausta, par la force du regard, par l’éclat de sa prestigieuse beauté, venait de remporter un premier succès dont elle avait le droit d’être fière.

Fausta s’assit donc en une de ces poses de grâce dont elle avait le secret.

À son tour le roi s’assit et:

– Parlez, madame, dit-il avec une sorte de déférence.

Alors, de cette voix harmonieuse dont le charme était si puissant:

– J’apporte à Votre Majesté la déclaration du roi Henri III, par laquelle vous êtes reco

Espinosa darda son œil de feu sur Fausta et pensa:

– Va-t-elle réellement remettre le parchemin?

Le roi dit:

– Voyons cette déclaration.

Fausta jeta sur lui ce rapide et sûr coup d’œil habitué à fouiller les masques les plus impassibles, à sonder les consciences les plus hermétiques, et ne le voyant pas au point où elle le désirait:

– Avant de vous remettre ce document, il me paraît indispensable de vous do

Espinosa se rencoigna et grommela:

– J’en étais sûr!

Le roi dit simplement:

– Je vous écoute, madame.

– Je suis celle que vingt-trois princes de l’Église, réunis en un conclave secret, ont jugée digne de porter les clefs de saint Pierre. Celle à qui ils ont reco

Philippe, à son tour, la considéra une seconde.

Un tel aveu fait à lui, le roi catholique, dénotait de la part de son auteur une bravoure peu commune, car il pouvait avoir des conséquences mortelles.

Philippe admira peut-être, mais:

– Vous êtes celle qu’un souffle du chef de la chrétienté a renversée avant qu’elle ne mît le pied sur les marches de ce trône pontifical convoité. Vous êtes celle que le pape a condamnée à mort, dit-il non sans rudesse.

– Je suis celle que la trahison a fait trébucher dans sa marche, c’est vrai!… Mais je suis aussi celle que ni la trahison, ni le pape, ni la mort même, n’ont pu abattre parce qu’elle est l’Élue de Dieu qui la conduit à l’inéluctable triomphe pour le bien de la foi!

Ceci était dit avec un tel accent de sincérité sole

Plus sceptique, sans doute, Espinosa songea: «Quelle puissance! Et quel admirable agent de l’Inquisition, si je puis…»

Fausta reprit:

– Quelle est la loi qui interdit à la femme le trône de Pierre? Des théologiens savants ont fait des recherches minutieuses et patientes; rien, dans les écrits saints, dans les paroles du Christ, rien n’autorise à croire qu’elle doit être exclue. L’Église l’admet à tous les échelons de la hiérarchie. Elle prononce ses vœux et elle porte la parole du Christ. Il y a des abbesses et il y a des saintes. Pourquoi n’y aurait-il pas une papesse? D’ailleurs, il y a un précédent. Les écrits prouvent que la papesse Jea

Elle était rayo

– Madame, dit gravement Philippe, j’avoue que les feux d’une couro

Cette fois, Fausta se sentit touchée.

Elle s’était efforcée de transporter son auditeur à des hauteurs où le vertige est seul à redouter et voilà que, par des fadaises, il la ramenait brutalement à terre. Elle avait cru se poser à ses yeux comme un être exceptio

Le coup était rude; mais elle n’était pas femme à renoncer pour si peu.

Elle reprit avec force!

– Si je suis l’Élue de Dieu pour le gouvernement des âmes, vous l’êtes, vous, pour le gouvernement des peuples. Ce rêve de monarchie universelle qui a hanté tant de cerveaux puissants, vous êtes désigné pour le réaliser… avec l’aide du chef de la chrétienté, représentant de Dieu. Je ne parle pas ici d’un pape préoccupé avant tout de son pouvoir temporel et qui, pour étendre ses propres États, reprend d’une main ce qu’il a do

Philippe avait écouté avec une attention soutenue sans rien manifester de ses impressions.

Lorsqu’elle se tut:

– Mais, madame, dit-il, l’Italie ne m’appartient pas. Ce serait une conquête à faire.

Fausta sourit.

– Je ne suis pas aussi déchue qu’on le croit, dit-elle. J’ai des partisans nombreux et décidés, un peu partout. J’ai de l’argent. Ce n’est pas une aide pour une conquête que je demande. Ce que je demande, c’est votre neutralité dans ma lutte contre le pape. Ce que je demande, c’est l’assurance d’être reco

Le roi paraissait réfléchir profondément, et d’un air rêveur, il murmura:

– Il faudrait des millions pour cette entreprise. Nos coffres sont vides.

L’œil de Fausta étincela:

– Que Votre Majesté dise un mot, et avant huit jours j’aurai fait entrer dans ses coffres dix millions, plus si c’est nécessaire, dit-elle avec dédain.

Philippe la fixa une seconde, et hochant la tête:

– Je vois ce que vous me demandez et que je ne saurais vous do

– J’apporte à Votre Majesté la couro

– Eh! madame, si je la veux, cette couro

– Votre Majesté oublie la déclaration du roi Henri III? dit vivement Fausta.

– La déclaration du roi Henri III? fit le roi en ayant l’air de chercher. J’avoue que je ne comprends pas.

– Cette déclaration est formelle. Grâce à elle, c’est la reco

– C’est tout à fait différent, en ce cas. Cette déclaration peut avoir la valeur que vous dites… Encore faudrait-il la voir? Ne devriez-vous pas me la remettre, madame? dit négligemment le roi en la regardant fixement.

Fausta soutint ce regard sans sourciller et, tranquillement:

– Votre Majesté ne pense pas que j’aurais été assez insensée pour porter sur moi un document de cette valeur?

– Évidemment, madame, vous n’êtes pas femme à commettre une telle imprudence! répondit Philippe sans qu’il fut possible de percevoir la moindre ironie dans ces paroles prononcées avec sa gravité habituelle.