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IX CONJONCTION DE PARDAILLAN ET DE FAUSTA
Bussi-Leclerc, Montsery, Sainte-Maline et Chalabre traversèrent la France, franchirent les Pyrénées sans encombre, et pénétrèrent dans la Catalogne où ils espéraient sinon rencontrer Fausta, du moins trouver ses traces.
Ils s’arrêtèrent à Lérida, autant pour y prendre un instant de repos que pour se renseigner.
À l’auberge, avant même de mettre pied à terre, Bussi s’informa et l’aubergiste répondit:
– L’illustre princesse dont parle Votre Seigneurie a daigné s’arrêter dans notre ville. Elle est partie, voici une heure environ, se dirigeant sur Saragosse pour, de là, gagner Madrid, résidence habituelle de la cour de notre sire, le roi Philippe, qui la préfère à Tolède, l’antique capitale des Castilles, maintenant déchue.
Et sur une nouvelle question de Bussi:
– La princesse voyage en litière. Vous n’aurez pas de peine à la rejoindre.
Ces renseignements précieux étant acquis, ils mirent pied à terre, et:
– Mes compagnons et moi, nous sommes affamés et nous étranglons de soif… Y a-t-il à manger chez vous?… La moindre des choses…
– Dieu merci! nous avons des provisions, seigneur. De quoi satisfaire les plus délicats et les plus affamés, répondit l’aubergiste, non sans orgueil.
– Vivedieu! servez-nous ce que vous avez de meilleur en ce cas. Et ne ménagez ni le vin, ni les victuailles.
L’instant d’après, l’hôte posait sur une table: du pain, une outre rebondie, trois oignons énormes, une épaule de mouton bouillie et un grand plat rempli de pois chiches cuits à l’eau, et se tournant vers les voyageurs:
– Vos Seigneuries sont servies… Et, pardieu! ce n’est pas souvent que nous servons pareil festin!
– Mordiable! bougo
– Ne soyons pas trop exigeants, dit Bussi-Leclerc, et tâchons de nous habituer à cette cuisine, car c’est à peu près ce que nous rencontrerons partout… D’ailleurs, au besoin, nous nous rattraperons sur les pâtisseries et les confitures, qui sont généralement exquises.
Au bout d’une heure, les quatre compagnons enfourchèrent leurs montures, se lancèrent sur les traces de Fausta, et bientôt, ils eurent la satisfaction d’apercevoir sa litière que des mules, richement caparaço
Bordée de bruyère brûlée par les rayons implacables d’un soleil éblouissant, la route pierreuse côtoyait le flanc de la montagne, enjambait une sorte de petit plateau d’où la vue s’étendait au loin, plongeait brusquement et, sinueuse, s’en allait traverser la plaine qui s’étendait à perte de vue, roussie, monotone, sans une prairie, sans un bois, sans rien sur quoi l’œil pût se reposer.
Fausta et son escorte apparurent sur le plateau et s’immobilisèrent un instant, dans un flamboiement de lumière.
Devant elle, très loin, un cavalier, lancé à toute allure, semblait accourir à sa rencontre.
Devant elle, elle venait de reco
«Bussi-Leclerc ici!… Que vient faire Bussi-Leclerc en Espagne?»
Au même instant, elle faisait un signe, et Montalte, qui se tenait à cheval près de la litière, se courba sur l’encolure du cheval pour écouter:
– Cardinal, vous laisserez approcher ces cavaliers… au cas où ils auraient à me parler.
Montalte saluait, allait se mettre à la tête de l’escorte, do
Et Fausta s’immobilisa, sur les coussins de la litière, en une pose de grâce et de majesté, et cependant, irrésistiblement, comme attirés par quelque fluide mystérieux, ses yeux se portèrent sur le cavalier, dans la plaine, là-bas, point noir qui grossissait peu à peu.
Bussi-Leclerc et les ordinaires s’arrêtèrent devant la litière et, le chapeau à la main, attendirent que Fausta les interrogeât. Alors:
– Est-ce donc après moi que vous courez, monsieur de Bussi-Leclerc?
Bussi s’inclina.
Fausta le considéra une seconde, et sans manifester ni surprise ni émotion:
– Voyons, monsieur, qu’avez-vous à me dire?
– Je vous suis envoyé par Mme l’abbesse des bénédictines de Montmartre.
– Claudine de Beauvilliers n’a donc pas oublié Fausta?
– On ne saurait oublier la princesse Fausta quand on a eu l’ho
Bussi fit une pause pour juger de l’effet de sa réponse, qu’il trouvait, lui, assez galante.
Impassible, Fausta reprit:
– Que me veut Mme l’abbesse?
– Vous faire co
– C’est Claudine de Beauvilliers qui vous a chargé de me do
– J’ai eu l’ho
– On m’a assurée que le roi Henri avait pris ses logements à l’abbaye de Montmartre… Est-ce vrai, monsieur?
– C’est exact, madame.
– On dit le roi très inflammable… Claudine est jeune, elle est jolie, et son caractère d’abbesse ne la met pas à l’abri de la tentation, dit-on.
Bussi esquissa un sourire:
– Je comprends, madame… Entre le roi Henri et vous, madame, l’abbesse n’a pas hésité pourtant… Vous le voyez.
– Bien! dit gravement Fausta. Est-ce tout ce que vous avez à me dire?
– Pardo
– Pour quoi faire, monsieur? dit Fausta avec un calme déconcertant.
– Mais, madame, fit Bussi-Leclerc interloqué, pour vous protéger… pour vous défendre… N’avez-vous pas entendu: vous allez être attaquée, vigoureusement attaquée, même.
– Nous sommes en Espagne, où nul n’oserait manquer au respect dû à celle qui voyage sous la sauvegarde du roi et de son inquisiteur… Pour le reste, monsieur le cardinal Montalte, que voici, suffit.
– Mais, madame, il n’est pas question du roi Philippe et de ses sujets!… Il s’agit du roi Henri et de ses émissaires, qui sont Français, eux, et qui, croyez-moi, se soucient de la sauvegarde du grand inquisiteur comme Bussi-Leclerc se soucie d’un coup d’épée.
À ce moment, le voyageur de la plaine, que Fausta ne perdait pas de vue tout en s’entretenant avec Leclerc, était arrivé au bas de la montagne et, s’engageant sur la route qui serpentait le long de ses flancs, disparut à un tournant.
– Je crois que vous avez raison, monsieur, dit enfin Fausta. J’accepte donc le secours que vous m’amenez et je ratifie d’avance les conditions que vous avez pu faire en mon nom. Qui sont ces braves gentilshommes?
– Trois des plus braves et des plus intrépides parmi les Quarante-Cinq, ceux qu’on appelait les ordinaires du roi.
Et les présentant au fur et à mesure:
– Monsieur de Sainte-Maline, monsieur de Chalabre, monsieur de Montsery.
Fausta co
Aussi, au salut profondément respectueux des trois, elle répondit avec un sourire:
– Je tâcherai, messieurs, que le service de la princesse Fausta ne vous fasse pas trop regretter celui de feu S. M. le roi Henri III.
Et à Bussi-Leclerc:
– Et vous, monsieur? Entrez-vous aussi au service de Fausta?
S’il y avait une ironie dans cette question, Bussi-Leclerc ne la perçut pas, tant elle fut faite naturellement.
– Veuillez m’excuser, madame, je désire réserver mon indépendance pour quelque temps. Toutefois, j’aurai l’ho