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On ne pouvait pas être d’une franchise plus brutale. Et quant à l’autorité, tout dans le ton, dans l’attitude, indiquait qu’en effet ils se trouvaient devant un être exceptio
Mais aussi quel prestigieux avenir entrevu!
Il n’y avait pas à en douter: cette femme tiendrait, et au-delà, ce qu’elle promettait. Et quant à essayer de lutter contre elle, il n’y avait qu’à considérer ce front pur, rayo
Le duc et ses amis furent dominés, comme l’avait été Centurion, comme l’étaient, en général, tous ceux qui approchaient de près cette femme extraordinaire.
Le duc se fit l’interprète de tous en disant:
– Nous acceptons, Madame. Disposez de nous comme d’esclaves.
– J’accepte cet engagement, dit Fausta d’une voix grave. Et soyez tranquilles, vous monterez si haut que peut-être en serez-vous éblouis vous-même. Je compte sur vous pour établir une discipline sévère et maintenir vos hommes dans des idées d’obéissance passive. C’est ce qui importe le plus, pour le moment. Je ne vous ferai pas l’injure de répéter les paroles de tolérance et d’émancipation que vous avez déjà entendues. Vous n’y croyez pas plus que je ne les pensais. Cependant, il est utile de laisser momentanément accréditer ces idées. Plus tard nous mettrons ordre à tout cela. Chaque chose viendra à son heure. Nous rêvons de grandes choses. L’empire de Charlemagne n’est pas impossible à réédifier. Je me sens la force de mener à bien cette œuvre colossale. Celui que nous avons choisi dominera le monde, grâce à vous. Vous voyez donc bien que ceux qui m’auront aidée à échafauder la puissance la plus étendue que le monde ait jamais vue, ceux-là pourront avoir toutes les ambitions.
Elle parlait plutôt pour elle-même, car elle les sentait dûment acquis. Ils écoutaient émerveillés, béats d’admiration, se demandant s’ils ne faisaient pas un rêve délicieux que la réalité viendrait brutalement interrompre.
Fausta revint vite au sentiment de la réalité.
– Ces rêves de puissance et de grandeur, dit-elle, reposent sur une tête menacée, une tête que l’on s’efforcera d’abattre demain. Ai-je besoin d’ajouter: si cette tête tombe, c’en est fait de ces rêves?
– On ne touchera pas un cheveu du prince. Dussions-nous périr tous, il sera sauvé. Vous avez notre parole de gentilshommes.
– J’y compte, messieurs. Don Centurion vous fera parvenir, demain, mes instructions précises. Allez, maintenant.
Le duc et ses quatre amis ployèrent le genou devant celle qui leur avait fait entrevoir un avenir prodigieux et, s’enveloppant de leurs manteaux, ils se disposèrent à sortir.
Alors Pardaillan se redressa et fit un signe. Le Chico se mit aussitôt en marche, guidant le chevalier qui, jugeant la séance terminée, se décidait, sans doute, à quitter les souterrains de la maison des Cyprès.
Si Pardaillan ne s’était tant hâté, il eût entendu une conversation asse brève, laquelle n’eût pas manqué de l’intéresser.
Fausta était restée songeuse. Quand elle vit que le duc et ses amis s’étaient retirés, elle descendit de l’estrade et, s’adressant à Centurion, demeuré près d’elle, d’une voix brève:
– Cette bohémie
Elle eut l’air de réfléchir un instant en surveillant Centurion du coin de l’œil et elle décida:
– Prévenez votre parent Barba-Roja. Lui seul, je crois, pourra m’en débarrasser.
– Quoi! madame, fit Centurion d’une voix étranglée, vous voulez!…
– Je veux, oui! dit Fausta avec un imperceptible sourire.
Sur un ton douloureux, le bravo dit:
– Vous m’avez promis cependant…
Dédaigneuse, Fausta le fixa un instant et, haussant les épaules:
– Quand donc, fit-elle tranquillement, quand donc vous déciderez-vous à cesser cette comédie? Que faudra-t-il donc que je fasse pour arriver à vous persuader qu’on ne me prend pas pour dupe?
– Madame, bégaya Centurion interloqué, je ne comprends pas.
– Vous allez comprendre. Vous m’avez dit que vous étiez amoureux de cette petite Giralda.
– Hélas!
– Amoureux au point que vous parliez de l’épouser. Eh bien! soit, j’y consens, épousez-la.
– Ah! madame! je vous devrai la fortune et le bonheur! s’émerveilla Centurion, radieux.
– Épousez-la, répéta Fausta avec nonchalance. Seulement il est une petite chose, sans grande importance pour un amour aussi violent, aussi désintéressé que le vôtre.
Elle insista sur le mot que nous avons souligné et fit une pause.
– Quoi donc, madame? demanda Centurion, vaguement inquiet.
Sans qu’il fût possible de percevoir la moindre ironie dans ses paroles, elle reprit:
– Dans le nouvel ordre de choses que nous allons instaurer, vous serez un perso
– L’amour sera mon excuse. Nul ne pourra médire sur le compte de ma femme. La Giralda, malgré qu’elle ne soit qu’une bohémie
Fausta eut un mince sourire et, comme si elle n’avait pas entendu, elle continua:
– On s’éto
Centurion chancela sous le coup qui était rude, affreux. L’amour qu’il avait affiché pour la Giralda n’était qu’une comédie. Il s’était imaginé, par suite d’on ne savait quels indices, que la bohémie
Une fois le mariage consommé, un heureux hasard lui ferait co
Et comme il n’était pas de ces imbéciles que de vains scrupules embarrassent à tout propos, il était bien résolu à tirer tout le parti possible d’une aussi extraordinaire bo
Tel avait été le plan de Centurion. Et c’est au moment où il voyait ses affaires marcher au mieux de ses désirs qu’il apprenait brutalement qu’il s’était trompé, que la Giralda, dont il avait rêvé de faire le pivot de sa fortune, n’était qu’une pauvre fille de basse extraction.
Ce coup l’assommait.
Et le pis est qu’il avait cru pouvoir ruser avec Fausta, convaincu qu’il était que nul au monde n’avait pu pénétrer le fond de sa pensée. Il voyait maintenant que cette femme, inspirée de Dieu, certainement – comment expliquer autrement le pouvoir qu’elle avait de pénétrer dans ses pensées les plus secrètes? – il voyait qu’elle savait et il se demandait avec angoisse comment elle allait prendre la chose, si elle n’allait pas le rejeter au néant d’où elle l’avait tiré.
Le voyant muet d’hébétude, Fausta acheva:
– Hé! quoi! Ne le saviez-vous pas? Auriez-vous commis cette faute, impardo
Cette fois il n’y avait pas à douter, la raillerie était flagrante, cruelle: elle savait certainement.
Une fois de plus, il avait été pénétré et battu à plate couture par celle qu’il s’obstinait à vouloir duper.