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Voyant qu’il se taisait, d’Espinosa reprit avec une sollicitude que trahissait l’attention soutenue avec laquelle il le dévisageait:

– Se peut-il que vous ayez été impressio

– Depuis trois jours seulement, dit Pardaillan en le fouillant de son clair regard.

– Seriez-vous malade? dit d’Espinosa qui paraissait très sincère. Et remarquant alors le déjeuner encore intact:

– Dieu me pardo

– De grâce, monsieur, quittez tout souci à mon sujet. Vous me voyez vraiment confus des soins et des prévenances dont vous m’accablez.

S’il y avait une ironie dans ces paroles, elle était si bien voilée que d’Espinosa ne la perçut pas.

– Je vois ce que c’est, dit-il d’un air paternel. Vous manquez d’exercice. Oui. Évidemment, un homme d’action comme vous s’accommode mal de ce régime sédentaire. Une promenade au grand air vous fera du bien. Vous serait-il agréable de faire, avec moi, un tour dans les jardins du couvent?

– Cela me sera d’autant plus agréable, monsieur, que le plaisir de la promenade se doublera de l’ho

– Venez donc, en ce cas.

De nouveau, d’Espinosa fit entendre un appel de son sifflet d’argent. De nouveau les deux moines reparurent et se tinrent immobiles.

– Monsieur le chevalier, dit d’Espinosa en écartant les moines d’un geste, je passe devant vous pour vous montrer le chemin.

– Faites, monsieur.

Et il passa devant les moines qui ne sourcillèrent pas. Seulement, dès que Pardaillan et d’Espinosa se furent engagés dans le couloir, les deux moines rejoignirent deux autres moines qui étaient restés dehors et tous les quatre ils se mirent à suivre silencieusement leur priso

D’ailleurs de tous côtés, dans les embrasures, aux détours des couloirs, sur les paliers, dans les cours, à l’ombre des grands arbres du jardin, partout Pardaillan voyait surgir des frocs, par deux, par trois et par quatre, qui allaient, venaient en s’inclinant devant le grand inquisiteur, mais restaient constamment à portée de sa voix.

En sorte que Pardaillan, qui avait accepté cette promenade avec le vague espoir qu’une occasion inespérée se présenterait peut-être de fausser compagnie à son obligeant guide, dut s’avouer à lui-même que ce serait une insigne folie de tenter quoi que ce soit dans ces conditions.

Et quand bien même il serait parvenu à se défaire du grand inquisiteur, ce qui lui eût été relativement facile, malgré que d’Espinosa parût faire plein de force et de vigueur, comment eût-il pu forcer les i

Comment fût-il sorti de ce dédale de couloirs larges et clairs, étroits et obscurs, sans cesse sillo

Il estima que le mieux était de ne rien tenter pour le moment. Mais tout en marchant posément à côté d’Espinosa, tout en paraissant écouter avec une attention souriante les explications qu’il lui do

Et à les voir passer d’un pas lent et désœuvré, à les voir s’entretenir aussi paisiblement, presque affectueusement, on n’eût jamais pu soupço

Pardaillan se disait que d’Espinosa n’était pas homme à lui faire faire une promenade dans les jardins, d’ailleurs admirables, uniquement par humanité. Il pensait, non sans raison, que le grand inquisiteur avait une idée bien arrêtée qu’il finirait par exprimer.

Mais d’Espinosa continuait à parler de choses indifférentes et Pardaillan attendait patiemment qu’il lui plût de se décider, bien persuadé qu’avant de le quitter d’Espinosa lui porterait le coup qu’il méditait.

Cependant, le grand inquisiteur, toujours accompagné de Pardaillan franchit une dizaine de marches et s’engagea dans une large galerie.

Cette galerie s’étendait sur toute la longueur du corps de bâtiment où ils se trouvaient en ce moment. Tout un côté était occupé par de minces colo

Cela constituait une longue suite de larges baies par où la lumière entrait à flots. Le côté opposé était percé, de distance en distance, de portes massives: cellules sans doute.

Sur le seuil de la galerie, une dizaine de moines, qui paraissaient les attendre, les entourèrent silencieusement. Pardaillan remarqua la manœuvre. Il remarqua aussi que ces moines étaient taillés en athlètes.

– Bon! songea-t-il avec un mince sourire, nous approchons du dénouement. Mais diantre! il paraît que ce que M. d’Espinosa veut faire ne laisse pas que de l’inquiéter, puisqu’il me fait garder de près par ces dignes révérends qui me paraissent taillés pour porter la cuirasse et la salade plutôt que le froc. Sans compter ceux qui, sans avoir l’air de rien, sillo

En effet, la galerie, comme l’avait remarqué Pardaillan, était sillo

D’Espinosa s’arrêta devant la première porte qu’il rencontra.

– Monsieur le chevalier, dit-il d’une voix sans accent, je n’ai perso

– Monsieur, dit froidement Pardaillan, puisque vous me faites l’ho

D’Espinosa opina gravement de la tête et reprit:

– Mais je suis investi de fonctions redoutables, terribles, et quand je suis dans l’exercice de ces fonctions, l’homme que je suis doit s’effacer, céder complètement la place au grand inquisiteur, c’est-à-dire à un être exceptio

– Eh! morbleu! monsieur, ce que vous avez à dire est donc si difficile! Que redoutez-vous? Je suis seul, sans armes, à votre merci. Grand inquisiteur ou non, videz votre sac un bon coup et n’en parlons plus.

Ceci était dit avec une ironie mordante qui eût fait bondir tout autre que d’Espinosa. Mais il l’avait dit lui-même: il n’était pas un homme, il était la vivante incarnation de la plus effroyable et la plus implacable des institutions. Il reprit donc, sans paraître s’émouvoir:

– Vous avez insulté à la majesté royale. Vous êtes condamné. Vous devez mourir.

– À la bo

Avec la même impassibilité, d’Espinosa expliqua:

– Le châtiment doit être toujours proportio

– C’est la manière de la do

Pardaillan disait ces mots avec ce calme glacial qui masquait ses émotions lorsqu’elles étaient, comme en ce moment, à leur paroxysme et qu’il méditait quelque coup de folie comme il en avait tenté quelques-uns dans sa vie si bien remplie.

Fausta, qui le co