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Dans sa stupeur, il ne put que bégayer:
– M’épouser! Vous! madame! vous!
Fausta comprit que c’était l’instant critique. Elle se redressa de toute sa hauteur. Elle prit cet air de souveraine qui la faisait irrésistible, et adoucissant l’éclat de son regard:
– Regardez-moi, dit-elle. Ne suis-je pas assez jeune, assez belle? Ne ferai-je pas une souveraine digne en tous points du puissant monarque que vous allez être?
– Je vois, dit don César, qui recouvrait toute sa lucidité, je vois que vous êtes, en effet, la jeunesse même, et quant à la beauté, jamais, je le crois sincèrement, nulle beauté n’égala la vôtre. Vous êtes déjà, madame, un modèle accompli de majesté souveraine, et près de vous les plus grandes reines paraîtraient de simples dames d’atours, Mais…
– Mais?… Dites toute votre pensée, dit Fausta, très froide.
– Eh bien, oui, je dirai toute ma pensée. Vous n’êtes pas une femme ordinaire, madame; la franchise la plus absolue me paraît seule digne d’un caractère noble et fier tel que le vôtre. Je vous dirai donc en toute sincérité, sans fausse humilité, que je me crois tout à fait indigne du très grand ho
Fausta eut un sourire quelque peu dédaigneux.
– Si je suis trop souveraine, selon vous, vous ne l’êtes pas assez de votre côté. Il serait temps de faire abstraction de votre ancie
Le Torero hocha la tête d’un air peu convaincu:
– Ces sentiments vous sont naturels à vous qui êtes née souveraine et avez vécu en souveraine. Mais moi, madame, je suis un simple mortel, et si mon cœur parle, j’écoute ce qu’il me dit.
Audacieusement, elle dit:
– Et votre cœur est pris.
Très simplement, en regardant en face sans provocation, mais avec fermeté, il répondit en s’inclinant très bas:
– Oui, madame.
– Je le savais; monsieur. Cela ne m’a pas retenue un seul instant. L’offre de ma main que je vous ai faite, je la maintiens.
– C’est que vous ne me co
Fausta haussa dédaigneusement les épaules.
– Le roi, dit-elle, oubliera les amours de l’aventurier. Il ne saurait en être autrement.
Et comme le Torero allait protester, elle l’interrompit vivement en ajoutant:
– Ne dites rien! N’accomplissez pas l’irréparable. Vous réfléchirez, vous comprendrez. Vous me do
Et sans lui laisser le temps de placer un mot, elle se leva et, plus doucement:
– Allez, prince, et revenez après-demain. Ne parlez pas, vous dis-je. J’attends votre retour avec confiance. Votre réponse ne peut pas ne pas être conforme à mes désirs. Allez.
Et d’un geste doux et impérieux à la fois, elle le congédia sans qu’il eût pu dire ce qu’il avait à dire.
Le Torero parti, Fausta réfléchit longuement. Elle avait très bien compris ce qui s’était passé dans l’esprit du Torero. Elle avait vu dans son esprit que si elle le laissait parler, il allait proclamer hautement son amour pour la petite bohémie
Elle restait à sa place, très soucieuse. L’entrevue n’avait pas tourné au gré de ses désirs. Le prince lui échappait. Tout n’était pas perdu cependant. Le seul obstacle venait de la Giralda: elle supprimerait l’obstacle, voilà tout. La Giralda morte, disparue, enlevée, déshonorée, elle ne doutait pas qu’il ne vînt à elle, soumis et obéissant.
Elle allongea la main et frappa sur un timbre.
À son appel, Centurion, dégrimé, ayant repris sa perso
Fausta eut un long entretien avec lui au cours duquel elle lui do
Fausta demeura encore une fois seule.
Elle alla droit à un cabinet de travail merveilleux, ouvrit un tiroir secret et en sortit un parchemin qu’elle considéra longuement avant de le cacher dans son sein en murmurant:
– Je n’ai plus de raisons de garder ce parchemin. Le mieux est de le remettre à M. d’Espinosa. Je fais ainsi d’une pierre deux coups. D’abord, je me concilie l’amitié du grand inquisiteur et du roi. S’ils ont des soupçons au sujet de cette conspiration, je les endors. Je trouve sécurité et liberté d’action. Ensuite, tout ce que le roi Philippe entreprendra avec ce parchemin tournera au profit de son successeur. Sans qu’il s’en doute il travaillera pour le bien et pour la gloire de mon futur époux – car le Torero acceptera – partant, pour mon propre bien et ma propre gloire.
Elle réfléchit une seconde et: «Pardaillan!… Que dira-t-il quand il saura que j’ai remis ce parchemin à M. d’Espinosa? Voilà sa mission manquée, lui qui a promis de rapporter ce parchemin à Henri de Navarre. Qui sait? Si d’Espinosa le manque, je me débarrasse peut-être en même temps de Pardaillan. Avec ses idées spéciales, il est capable de se croire déshonoré!»
Et avec un sourire terrible: «Lorsqu’un homme comme Pardaillan se croit déshonoré et qu’il ne peut laver son ho
Elle demeura encore, un moment rêveuse, et ce nom de Pardaillan appela dans son esprit celui de son fils, et elle songea: «Myrthis! Où peut bien être Myrthis? Et mon fils, le fils de Pardaillan? Il serait temps pourtant de rechercher cet enfant.»
Elle réfléchit encore un moment et murmura:
– Oui, tout ceci sera liquidé rapidement, soit que je réussisse, soit que j’échoue. Il sera temps alors de rechercher mon fils.
Ayant pris cette résolution, elle frappa de nouveau sur un timbre et jeta un ordre à la suivante, accourue.
Quelques instants plus tard, la litière de Fausta s’arrêtait devant le vestibule d’ho
Fausta eut un long entretien avec d’Espinosa, à qui, en échange de certaines conditions qu’elle posa, elle remit spontanément la fameuse déclaration du feu roi Henri de Valois proclamant Philippe II d’Espagne héritier de la couro