Страница 88 из 96
Il n’y avait pas à en douter: le commandant Jacques était là, et s’il était là, il ne devait pas y être seul. Le renfort, en tout cas, ne pouvait être loin.
«Il y a du bon», pensa M. Hilaire qui n’avait jamais cru sérieusement qu’il pût mourir sur l’échafaud ou, tout au moins, qui avait toujours rejeté cette perspective comme lui étant particulièrement désagréable.
Et voilà que, juste dans le moment que l’espoir tenace de la délivrance renaissait en lui, le Subdamoun fit un signe à la suite duquel mille clameurs s’élevèrent.
Les mitrons, qui semblaient commander à cette foule, escaladèrent la balustrade de la haute rampe et se jetèrent sur la chaussée, suivis d’une centaine d’individus à figures farouches qui agitaient les armes les plus hétéroclites. Des coups de feu partirent de tous les côtés. Des gardes civiques tombèrent. Une bataille acharnée se livra autour de la première charrette.
Sonia haletait aux péripéties de l’atroce mêlée; elle put voir le Subdamoun, lui-même, qui, debout près de la rampe, maintenant, dirigeait le combat.
Les gardes, surpris, tout d’abord, durent reculer. Il y eut un flottement dans la marche du cortège. La première charrette se trouva séparée des autres.
M. Hilaire cherchait déjà comment il allait pouvoir se jeter hors de sa voiture. Le marchand de cacahuètes avait disparu. Tout à coup, M. Hilaire se sentit terriblement accroché à l’épaule par une poigne formidable qui venait du dehors. Il n’eut garde de résister et se laissa emporter par cette puissance irrésistible. Seulement, le sectio
Comme M. Hilaire bascula, alors d’étrange façon, les pieds en l’air, le sectio
Il avait, en effet, autre chose à faire. Les condamnés étaient devenus comme enragés et, bien qu’ils eussent les pieds et les poings liés, ils se laissaient tomber de tout leur poids sur leurs gardes pour les empêcher de faire usage de leurs armes.
Le resserrement dans lequel tout le monde se trouvait aidait cette manœuvre et l’on entendait des sectio
Il serait difficile de rendre compte exactement du degré de confusion qui régnait alors.
Les cris des blessés et des mourants, ceux de la foule piétinée, les cavaliers désarço
Tout de même la troupe arriva à se reformer autour des trois derniers camions qui furent rapidement dirigés vers la place de la Révolution par un détour.
Quant à la première voiture, on put croire qu’elle était définitivement aux mains des assaillants. Elle fut à eux quelques secondes. Une roue s’étant détachée, la cargaison humaine roula à terre, à l’exception cependant de Sonia et de Lavobourg qui, instinctivement, s’étaient raccrochés aux barreaux du fond près desquels ils se trouvaient.
C’est ce qui les perdit.
MM. Florent et Barkimel, eux, avaient roulé avec les autres. C’est ce qui les sauva.
Ils restèrent un temps étendus sur le pavé et on ne s’occupa pas plus d’eux que s’ils étaient morts.
La première charrette était venue ainsi s’échouer au coin du trottoir. Le Subdamoun, qui était descendu dans la mêlée, s’apprêtait à s’élancer et déjà Sonia pouvait se croire sauvée, quand il trébucha sous la rude poussée du vieillard aux cacahuètes. Chéri-Bibi le maintint quelques secondes ainsi à terre dans l’instant même qu’une terrible décharge éclatait.
C’était un poste qui accourait, commandé par le général Flottard lui-même (il s’était fait décerner le grade, la veille).
Sans Chéri-Bibi, qui avait entravé son élan, le Subdamoun eût été littéralement passé par les armes.
Dès ce moment, il n’y eut plus moyen de lutter. Des gardes civiques s’étaient rués sur les deux priso
Il jura de conduire lui-même ces illustres victimes à la guillotine, et, entouré d’une troupe de près de deux cents gardes à cheval, il partit à petite, mais sûre allure.
Aucun incident ne se produisit jusqu’à la place de la Révolution.
Ainsi le destin voulait que ces deux êtres qui eussent pu se haïr à cette heure suprême, fussent réunis dans la mort. Ils se regardèrent… Dans leurs yeux à tous deux, la lueur du pardon passa. Sonia dit à Lavobourg:
– Prions! mon ami.
Et ils prièrent. Elle dit encore à Lavobourg:
– Pardo
– Je vous aime, et c’est vous qui devez me pardo
Une clameur de rage et de malédiction les accueillit tous deux quand ils eurent gravi l’escalier et qu’ils se trouvèrent sur la fatale plate-forme.
Tout ce qui restait de la révolution plus qu’à demi-vaincue s’était do
– Une heure plus tard, nous étions peut-être… fit Lavobourg…
De toute évidence, il voulait dire: «Nous étions peut-être sauvés», mais il n’eut point le temps d’achever sa phrase, les aides du bourreau l’avaient entrepris et jeté sur la bascule.
Le couteau tomba.
Sonia détourna sa tête pâle et dorée. Les clameurs s’étaient, une seconde, tues. Alors, Sonia entendit un sanglot quelque part dans la foule.
– Il est là! se dit-elle.
Et elle se fit plus grande encore et plus belle en attendant que le bourreau la fît plus petite.
Ce ne fut pas long… Sa tête alla rouler parmi d’autres têtes dans l’horrible panier…