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Bien que le feu, depuis quelques instants, eût diminué d’intensité en cet endroit, le groupe formé par Jean-Jean et la marquise n’en paraissait pas moins fort aventuré dans le coin de cette croisée du dernier étage que venait lécher encore de temps à autre les flammes.

Des coups de fusil avaient accueilli la sortie de Chéri-Bibi et, des deux côtés de la ruelle, les gardes civiques se précipitèrent, en dépit de la chaleur atroce.

Mais cette double ruée sauva notre bandit. En effet, quand les gardes se virent en face les uns des autres, ils cessèrent le feu pour ne point s’entre-tuer. Chéri-Bibi en profita pour achever sa course et sauter dans cet enfer, où il disparut.

Alors, quelques-uns des gardes se jetèrent vers la porte du bougnat où ils savaient que le resté de la bande s’était réfugié.

Ils n’y trouvèrent plus perso

Après avoir déchargé leurs armes dans cet étroit boyau, ils avancèrent à tâtons et se heurtèrent tout de suite à deux corps qui avaient roulé par terre.

Ils les tirèrent à eux jusque dans la boutique. C’était Polydore, qui avait reçu une balle dans le dos et qui paraissait à son dernier spasme. On eut toutes les peines du monde à lui arracher le corps de la pauvre femme qu’il avait voulu sauver.

Lydie, au milieu de ce carnage et de ces lueurs d’incendie, ouvrit les yeux:

– Chouette! s’écria un officier municipal, voilà une bo

Satisfaits de leur besogne de ce côté, ils se rejetèrent dans la ruelle qui, dès lors, fut envahie par la foule, les pompiers et les soldats. On s’y écrasait. On s’y brûlait aussi.

Des clameurs de diverses natures se faisaient entendre, car un coup de feu venait d’atteindre l’homme qui tenait la marquise dans ses bras; et beaucoup de ceux qui étaient là protestaient contre les exécuteurs d’une aussi abominable consigne.

Jean-Jean était visiblement touché. Il s’accrochait désespérément à une barre de fer tordue par les flammes et dont la chaleur lui avait arraché un cri suprême de douleur.

Mais, déjà, il basculait sans qu’il eût lâché son fardeau et l’on s’attendait à le voir s’écraser sur le pavé avec la marquise quand, dans le cadre de cette même croisée, surgit un furieux démon. Cet être extraordinaire, qui paraissait vomi par le feu comme le génie du feu même, arriva juste à temps pour arracher à Jean-Jean la pauvre douairière, dans la seconde même où celui-ci, victime de son dévouement au «Grand Dab», accomplissait sa suprême pirouette: il s’abîmait au milieu d’un brasier qui jeta, sous son poids, une véritable gerbe de feu d’artifice.

Pendant ce temps, l’homme sorti du feu y rentrait avec sa proie. Des flammes, des coups de fusil, des balles qui sifflent à ses oreilles, au-dessus de lui, autour de lui, une horde qui le poursuit, un brasier à ses pieds, un ciel d’enfer sur sa tête, mais Cécily sur son cœur!

Chéri-Bibi est aux anges! Chéri-Bibi est dans le paradis!

Il remercie le ciel, au centre de cette furieuse bataille qu’il livre aux hommes et aux éléments, de lui avoir réservé un pareil bonheur!

Certes, cela compte, une journée pareille, où il lui était réservé, à lui, le paria de toutes les sociétés, d’entendre battre, sur sa poitrine, la vie de ces deux êtres adorés: son Jacques et sa Cécily!

Ah! Cécily! Cécily! sa femme! sa femme adorée, sa femme évanouie qu’il pouvait presser sur son formidable, ignoble sein après tant d’a

Il la berce dans ses bras comme une mère son enfant qui dort. L’incendie qui les entoure est moins chaud que l’ardent charbon du cœur de Chéri-Bibi, lequel brûle, pour Cécily, éternellement, comme l’enfer, sans se consumer.

Seigneur Dieu! l’homme a vivement profité d’un rideau de feu pour embrasser cette femme! Ah! les lèvres de Chéri-Bibi sur le front blanc de la sainte, dans cette cathédrale de flammes!

Chéri-Bibi hurle de joie, halète, grogne, danse de bonheur sur les briques brûlantes!

Il apparaît, disparaît, réapparaît, embrasse son fardeau, le dresse vers le ciel, le rejette sur son cœur, et saute avec lui dans quelque trou de mansarde au-dessus duquel les visages effarés des poursuivants se pencheront et n’apercevront rien!

Où est-il passé? Seul il co

Cécily se passe la main sur le front comme on a l’accoutumée de faire quand on veut ressaisir sa pensée et quand on renaît, comme on dit, à la vie. Cécily se souvient du drame de l’incendie, et puis sa pensée bondit plus haut: ces yeux qui pleurent derrière des lunettes, ces pauvres yeux horribles qui font peine et qui font peur, elle les a déjà vus: elle sait maintenant, elle murmure: «le marchand de cacahuètes!»

C’est le marchand de cacahuètes qui l’a sauvée! qui l’a amenée là! C’est le marchand de cacahuètes qui lui a promis de sauver son fils… Partout où il y a de la difficulté, le marchand de cacahuètes est toujours là! Elle frisso

Elle n’a jamais pu penser à ce terrible sauveur sans frisso

Elle l’appelle et elle le redoute.

Elle le craint sans le co

Il a l’air si atrocement malheureux quand il la regarde!

Qui peut-il être?

Elle se demande s’il n’est point simplement une image de son cerveau malade.

Il n’existe peut-être pas!

Elle se soulève sur sa couche… elle glisse du grabat… Il y a là une table couverte de fioles et de bols, de toute une pharmacie… Elle va plus loin que la table… Ah! un couloir, et au bout du couloir, là-bas… de la lumière!

Cette lumière ne la rassure point, mais elle l’attire.

Elle descend quelques degrés… elle marche! elle marche! C’est un rai de lumière qui passe sous une porte.

Tiens! la porte n’est point fermée… Elle pousse la porte… Est-ce qu’elle sait ce qu’elle fait?

Mais elle jette un cri de surprise…

Elle est dans une petite cave toute resplendissante de lumière… Plus de vingt bougies brûlent dans des candélabres magnifiques. Et ils éclairent les portraits d’une femme et d’un enfant! Mais quels portraits! Jamais, sur les murs des basiliques byzantines, tant de joyaux, tant de perles, tant de colliers n’avaient été suspendus avec plus d’amour autour des saintes icônes.

Elle s’approche davantage… Maintenant, elle les voit tout à fait bien, les portraits, et elle les reco

Sur une table qui ressemble à un autel, un coffret est ouvert. Dans ce coffret, il y a une croix, une admirable croix de la Légion d’ho

Cette croix aussi, Cécily la reco

Peu à peu, Cécily s’était laissée tomber sur les marches de l’autel où avaient été comme déifiées sa perso

Soudain ses yeux furent attirés par une photographie vers laquelle elle se traîna. Et alors, elle ne put retenir un cri: La villa de la falaise! C’était en effet une vue de la villa des Bourreliers, sur la falaise de Puys, près de Dieppe, en France, la villa de ses parents, où elle avait été élevée… La vue en avait été prise dans le jardin.

Et, sur le seuil du jardin, elle se reco

Elle se rappelait avoir vu cet instantané jadis, entre les mains de la petite Jacqueline, de celle qui devait être plus tard sœur Sainte-Marie-des-Anges… Cécily se rappelle! Oui! Oui! c’est bien cela! Jacqueline faisait de la photographie et elle avait photographié Cécile Bourrelier et Chéri-Bibi! Oui, oui, oui! Le petit garçon boucher, c’était Chéri-Bibi!

«Chéri-Bibi!»

Elle prononça tout haut ce nom et une effroyable lumière se fit dans son esprit.

Elle savait bien que lorsqu’elle était encore jeune fille, Chéri-Bibi l’avait aimée, bien qu’il ne lui eût jamais parlé de cet amour… Elle lui avait vu, plus d’une fois, les yeux pleins de larmes! Misère de Dieu! les yeux qui pleuraient derrière les lunettes de son sauveur, c’étaient les yeux de Chéri-Bibi!