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– Je crois, répondit M. Hilaire, en se disposant à partir et en faisant glisser son ceinturon sous son écharpe, je crois que je n’aurai plus jamais l’occasion d’avoir des mouvements de vivacité avec Mme Hilaire!
– Mon Dieu! gémit M. Florent, Mme Hilaire serait-elle morte?
Mais M. Hilaire ne prit point le temps de lui répondre… Il avait jugé le moment opportun de se glisser dans la rue et de commencer d’exécuter le programme qui devait rendre la sécurité à M. Florent en le conduisant chez M. Barkimel. Ainsi fut fait, et, vers les deux heures du matin, M. Florent, qui était caché dans le coin le plus reculé de la garde-robe de M. Barkimel, entendit rentrer celui-ci.
M. Barkimel n’eut pas plutôt refermé sa porte que M. Florent, qui le regardait aller et venir par un petit trou pratiqué par lui dans la cloison, le vit poser, d’un geste las, son bougeoir sur sa table de nuit. Après quoi le magistrat croula dans son fauteuil Voltaire avec un profond gémissement.
Ah! ce n’était plus le beau Barkimel de tout à l’heure, l’orateur du club, le juge redoutable.
M. Barkimel n’avait pas assez de ressort pour plastro
Tout à coup, M. Barkimel sembla revenir à la vie: il redressa un front irrité, do
– Est-ce ma faute, à moi, si on ne l’a pas condamné à mort, ce Daniel? J’avais prévenu le jury, je lui ai dit: «Vous verrez que si on ne lui do
Et il se mit à crier comme un sourd:
– Tous à l’échafaud! Tous à l’échafaud!
On devait l’entendre du haut en bas de la maison, et les locataires, réveillés, grelottaient certainement d’effroi sous leurs couvertures.
M. Florent, lui, claquait des dents: «Ah bien! se disait-il alors, comme on se trompe! C’est une bête féroce!»
Il vit M. Barkimel, qui semblait étouffer de rage et de conviction révolutio
– Je n’ai jamais voulu acquitter perso
Et, M. Florent, devant ce déchaînement, regrettait de plus en plus l’imagination qu’avait eue M. Hilaire de l’enfermer avec ce tigre altéré de sang.
M. Barkimel se déshabillait sans avoir refermé sa fenêtre. Tout à son exaltation, il ne prenait pas garde à la brise un peu fraîche qui venait du dehors, cependant que ce léger courant d’air produisait un effet désastreux sur M. Florent qui suait de peur. Les yeux et le nez commençaient à le piquer.
Après quelques instants de réflexion, M. Barkimel refermait sa fenêtre et s’apprêtait à se mettre au lit quand un extraordinaire éternuement, éclatant dans son dos, le fit sauter sur place et se retourner, affolé.
Les cloisons légères semblaient encore palpiter de cet imprévu déplacement d’air; et, l’œil hagard, M. Barkimel considérait toutes choses autour de lui comme si elles étaient prêtes à s’effondrer et à l’ensevelir sous leurs décombres.
Enfin, maîtrisant autant que faire se pouvait une épouvante qui faisait trembler sur sa tête la mèche de son bo
– Qui que tu sois qui es caché là… tu peux te montrer si tu es un ami du peuple!
Mais perso
Aussitôt quelque chose roula sur le carreau, hors de la garde-robe; c’était le corps pantelant de M. Florent que M. Barkimel reco
D’abord il crut qu’il l’avait tué et il recula jusqu’au milieu de la chambre, puis jusqu’à la porte quand il vit que le corps prenait peu à peu la position d’un homme en prière, les genoux sur le carreau et les mains jointes.
Non, M. Florent n’était pas mort! Et il réclamait le secours de M. Barkimel.
M. Barkimel ouvrit alors la porte qui do
Plus le juge au tribunal faisait de bruit chez lui, plus la maison semblait dormir! À peine osait-elle soupirer? Et un coup de revolver dans la nuit n’était point, à cette époque, pour faire sortir les curieux! Au contraire!
M. Barkimel rentra chez lui, en redressant sa courte taille et en se frappant la poitrine.
– Monsieur! dit-il à M. Florent, je ne vous co
Et d’un geste de commandement, plein d’orgueil et de dignité, M. Barkimel montrait la porte à M. Florent.
– C’est bien, dit M. Florent, vaincu, anéanti, se traînant et gagnant, sans insister, la porte, car il croyait bien qu’il n’arriverait point à attendrir ce roc révolutio
– Et où vas-tu? demanda brusquement à voix basse M. Barkimel en retenant M. Florent et en refermant la porte.
– Est-ce que je sais, moi? Je vais à l’échafaud.
– Oui, tous à l’échafaud beugla M. Barkimel.
Cependant, il faisait asseoir M. Florent sur le fauteuil Voltaire et, les larmes aux yeux, lui demanda à voix basse:
– As-tu faim, Florent? As-tu soif? Mon Dieu! Quelle pauvre figure tu as! Tu me fais de la peine! Tu vois où t’ont mené tes opinions! Et qu’est-ce que tu veux que je fasse pour toi, maintenant?
– Garde-moi, gémit Florent, en embrassant son vieux Barkimel. Alors, ils se mirent à sangloter tous les deux, dans les bras l’un de l’autre.
– Bien sûr que je te garde, finit par dire Barkimel, mais ça n’est pas drôle, tu sais; si jamais on te découvre chez moi, nous sommes f…!
– Dans quel temps vivons-nous!
– Nous vivons dans un temps magnifique, s’écria avec éclat M. Barkimel, et nous n’avons encore vu que des roses! C’est maintenant que la Terreur va vraiment commencer! La Terreur sans laquelle la vertu est impuissante!
– Mais tais-toi donc! souffla M. Florent… on va savoir que tu t’entretiens avec quelqu’un!
– Pas le moins du monde! Ils sont habitués à mes soliloques! Je les épouvante avec mes soliloques! De temps en temps, je me réveille la nuit, pour les épouvanter! Ah! mon petit! quel travail! Mais il faut vivre, n’est-ce pas! Ils m’ont fait juge au tribunal révolutio
– Je ferai ce que tu voudras, mon brave Barkimel! Ah! tu n’as pas changé! Ce sont les temps qui ont changé!
– Chut! Écoute! Il m’a semblé entendre du bruit!
Et aussitôt, d’une voix éclatante:
– Moi, je leur répondrai à ces trembleurs de l’Assemblée: «Messieurs! une petite saignée ne peut être guérie que par une grande!»
– Ah! tais-toi, c’est affreux! quand tu parles comme ça, tu me fais mal.
– Eh bien! et moi donc! je m’effraie moi-même!
– Mais c’est épouvantable!
– Silence! du bruit dans la rue!
«Les crosses! les sectio
M. Barkimel souffla immédiatement sa bougie et tous deux écoutèrent.
Des voix montaient, des appels, des commandements militaires mêlés à un remuement d’armes sonores sur les pavés et à des coups de poing frappés, aux portes.
– Au nom de la loi, ouvrez!
– Non, pas à cette porte-là, protesta dans la rue une voix de rogomme, mais ici! Je vous dis qu’il doit être ici!
– Misère de misère! agonisa M. Florent, c’est la voix du père Talon!
– Plus haut! Chez le juge! Chez son ami Barkimel! je vous dis qu’il est chez son ami Barkimel!
Barkimel jeta Florent dans la garde-robe où se trouvait une sorte de double fond, puis il courut à son lit dont il défit la couverture. Enfin, il ouvrit sa porte en criant: