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– Vous êtes donc dans le secret des dieux? avait demandé M. Florent stupéfait.
– Je savais que l’on allait tenter de renverser la République, aujourd’hui, à Versailles, parfaitement! se rengorgea M. Barkimel.
– Vous saviez tout cela et vous nous amenez dans cette dangereuse cohue? Pourquoi faire?
– Nous devons nous opposer à ce qu’on renverse la République, monsieur Florent!
– Mais je vous ai toujours entendu dire qu’une bo
– Moi? vous avez rêvé! Et si j’ai pu dire, en effet, qu’une bo
– Vraiment! vous me stupéfiez! et comment nous opposerons-nous à ce qu’on renverse la République?
– En surveillant M. Hilaire, tout simplement! Comprenez-vous, maintenant?
– Mais, de moins en moins! M. Hilaire a toujours été un des fervents de la Révolution.
– Monsieur Florent, taisez-vous, voici justement M. Hilaire. Je vous dirai ce qu’il faut en penser tout à l’heure…
– Écoutez, reprit Barkimel au bout d’un instant, voici ce qui m’est arrivé ce matin. Il pouvait être cinq heures. On frappe à ma porte à coups redoublés. Je me lève croyant qu’il y avait le feu, j’ouvre et je me trouve devant un monsieur très convenablement mis, habillé tout de noir, qui tenait humblement son chapeau melon à la main et me dit:
«- M. Barkimel, s’il vous plaît, puis-je vous dire un petit mot?
«Je lui réponds qu’on ne réveille pas les gens à une heure pareille! Il me dit que c’est pour mon bien et qu’il a quelque chose de très grave à me confier de la part d’un grand perso
«- Monsieur Barkimel, voulez-vous être décoré?
En entendant ce passage inattendu du récit de M. Barkimel, M. Florent devient cramoisi, puis violet. On dirait qu’il va étouffer; en vérité il suffoque!
Enfin M. Florent peut placer un mot:
– C’était un fumiste! fait-il.
C’est au tour de M. Barkimel de rougir.
– Pourquoi un fumiste? balbutia-t-il. Cet homme parlait très sérieusement et il me l’a prouvé ensuite… Pourquoi un fumiste?
– Pour rien, toussa M. Florent; continuez!
– Alors, je dis à cet homme, continue M. Barkimel, que mon plus grand bonheur serait d’être officier d’académie!
– Évidemment! acquiesça M. Florent en pâlissant.
«- Pour cela, que faut-il faire? demandai-je à mon visiteur.
«- Être un bon républicain, répondit-il, et un fidèle ami!
«- Un fidèle ami de qui?
«- Mais, par exemple, de M. Hilaire!
«- Ah! bien, ce ne sera pas difficile, m’écriai-je: j’ai toujours aimé la République et je ne quitte pas M. Hilaire.
«- Eh bien! quittez-le de moins en moins, conseilla le visiteur… Avec vous, je n’irai pas par quatre chemins, ajouta cet homme, car vous êtes d’une intelligence au-dessus de la moye
«- Oui, fis-je, je co
– Quelle blague! s’écria M. Florent, vous m’avez dit cent fois que cet énergumène vous faisait peur!
– C’est justement parce qu’il me faisait peur, répliqua M. Barkimel, que je lui serrais la main avec plaisir… Il vaut mieux être bien que d’être mal avec les gens qui vous font peur.
– Après, fit M. Florent, d’un ton très sec.
– Eh bien! après… il a donc été entendu que je surveillerais M. Hilaire «pour son bien»!
– C’est du propre! s’écria M. Florent. Vous voilà mouchard, maintenant?
– Eh! monsieur Florent! calmez-vous! Je vous dis pour son bien! Pour qu’il ne lui arrive pas malheur! Pour le faire avertir à temps s’il en est besoin… Et par-dessus le marché, on me do
M. Florent n’y tint plus.
Il s’arrêta brusquement, croisa les bras sur la poitrine et dit:
– Qu’en ferez-vous? Vous! Un ancien marchand de parapluies!
– Je les mettrai à ma bouto
– Ah! il vous a dit cela, fit M. Florent, déjà charmé.
– Et il m’a dit que cet ami s’appelait M. Florent et que s’il voulait, lui aussi, servir la République… il y aurait aussi une décoration pour mon ami Florent!…
– Oh! s’exclama Florent dont les yeux se brouillèrent et qui serra la main de son ami.
– Cela vous fait plaisir, hein?
– Monsieur Barkimel, cela fait toujours plaisir à un ho
– Monsieur Florent, vous serez décoré! Il me l’a dit… Vous aurez le mérite agricole!
M. Florent, cette fois, chancela et devint livide:
– M. Barkimel, fit-il la gorge sèche, gardez-le! je ne mange pas de ce poireau-là! Non! non! Bon pour vous, monsieur Barkimel, de vendre un ami pour une décoration! mais M. Florent reste M. Florent! Adieu!
– Florent!
– Adieu! je vous dis! Je ne vous co
– La République fichue! ce n’est tout de même pas vous qui la jetterez par terre!
– Elle est dans le sciau ! Vous m’avez toujours fait rire avec votre révolution!
Et comme M. Florent était, dans le moment, entouré par une foule sympathique, il se tourna vers elle et, lui montrant M. Barkimel, qui avait cessé d’être son ami:
– En voilà encore un, fit-il, qui croit aux clubs et aux révolutio
Et Florent s’éloigna en ricanant diaboliquement. M. Barkimel s’en retourna pour surveiller M. Hilaire, la mort dans l’âme. «Ça, se disait-il, je ne le lui pardo
M. Hilaire et ses singuliers compagnons n’avaient point quitté la cour de l’hôtel. Et la porte, qui s’était refermée sur Lavobourg, ne s’était point rouverte. Nous avons dit qu’aussitôt que Lavobourg avait pénétré dans l’appartement, une sourde exclamation s’était fait entendre.
– Tu ne m’attendais pas? dit Lavobourg…
– Non! dit Sonia. Que viens-tu faire ici? Trahir encore?
C’était, en effet, Sonia Liski
Elle avait fait retenir l’appartement la nuit même, sachant les facilités qu’il comportait pour les communications directes avec le château.
Mais, certes, elle n’attendait pas Lavobourg!
Le priso
– Qui donc a trahi la première? demanda Lavobourg d’une voix sourde! C’est bien à vous à parler, qui avez failli me faire assassiner! Ah! je savais bien que je vous trouverais ici… dans cet appartement… Il est si commode pour les amoureux de Versailles! Vous vous rappelez? ajouta-t-il avec un ricanement qui s’acheva presque dans les larmes! Ah! Sonia! vous n’avez plus aucune pudeur!
– Quoi qu’il arrive, dit-elle… je vous demande pardon.