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À cette évocation succéda un silence plein de larmes.

– Voyons, il faut être un peu raiso

Bientôt, un modeste luminaire brilla au poing de Chéri-Bibi et il fit faire à M. Hilaire le tour de ses appartements. C’était quelque chose de bien triste, de bien nu, de bien moisi. Des caves! Ce n’était pas autre chose que des caves, au mobilier d’un sommaire qui faisait pitié à M. Hilaire, lequel avait une belle chambre à coucher en acajou pur Louis-Philippe.

M. Hilaire poussa un soupir.

– Mon bon la Ficelle, tu trouves que tout est bien pauvre ici? C’est que je ne t’ai pas tout montré. Viens! Maintenant tu vas voir mes richesses!

Il prit un trousseau de clefs et, au bout d’un humide couloir, il ouvrit une porte dissimulée derrière des planches. Alors, avec sa chandelle, il alluma dix bougies… M. Hilaire recula ébloui!

Les murs de cette petite cave toute resplendissante de lumière étaient couverts des portraits d’une femme et d’un enfant! Mais quels portraits! Jamais, sur les murs des basiliques byzantines, tant de joyaux, tant de perles, tant de colliers n’avaient été suspendus avec plus d’amour autour d’une icône de la vierge et de l’enfant Jésus!

C’étaient là les portraits de Cécily aux jours les plus heureux de sa beauté et de sa maternité. Et c’étaient les portraits du petit Jacques, à tous les âges, depuis le berceau.

– Ah! mon Dieu! exprima M. Hilaire, touché jusqu’au fond du cœur par ce spectacle merveilleux, je l’ai toujours dit que vous étiez un homme de famille.

– Je n’ai jamais demandé qu’à vivre tranquillement entre ma femme et mon fils, en bon époux et en bon père, répliqua le vieillard, et ce n’est pas de ma faute s’il en a été autrement!

Mais, M. Hilaire se mit à réfléchir que, si tous les joyaux qui étaient là étaient «du vrai», il y avait dans cette cave une bien jolie fortune!

– Tout ce que je gagne y passe! fit entendre Papa Cacahuètes, qui répondait ainsi à la pensée intime de M. Hilaire.

Et M. Hilaire eut un haut-le-corps…

Il songea que ce ne pouvait être avec la vente de quelques cacahuètes que le vieillard se payait le luxe d’offrir de tels bijoux à sa femme et à son fils!

Cependant Chéri-Bibi était en extase devant les portraits.

– Je ne manque jamais, expliqua le bonhomme, de leur offrir un petit cadeau pour leur fête, pour leur a

Ce disant il ouvrit un coffre puis continua:

– Quand j’ai su qu’il allait entrer dans l’armée, j’en ai été plus fier que l’on ne saurait dire! À la bo

–  Tu vois Cécily! Vous voyez Mme la marquise, tous les jours?

– Comme je te vois, mon bon Hilaire!

– Mais elle ne sort jamais!

– Ah! tu sais cela, toi! Eh bien! mais c’est peut-être qu’elle me reçoit!

– Elle vous reçoit?

– Tu vois bien que je plaisante… Mais tiens! monte avec moi sur ce banc! regarde par cette petite ouverture grillagée et dis-moi ce que tu vois?

– Je vois, à la lumière de la lune, un jardin avec de vieux bancs de pierre moussue, du lierre sur les murs et de l’herbe dans les allées… un petit jardin bien triste.

– Il n’est point triste quand elle vient s’y promener, soupira Chéri-Bibi, et il me paraît alors plus grand que l’univers!

– C’est donc là qu’elle habite? demanda la Ficelle… Je suis allé pourtant quelquefois chez elle, mais je ne co

– Vois-tu, mon bon La Ficelle, du moment que Dieu m’a do

– À qui?

– À Dieu! Il peut me demander tous les crimes dont il a besoin, il les a!

M. Hilaire, maintenant tout à fait rassuré sur la santé de Chéri-Bibi, commençait à avoir un peu moins de pitié pour lui, en même temps qu’il lui rendait beaucoup de son admiration terrifiée d’antan; mais il ne parvenait point, après ce qu’il venait d’entendre, à se délivrer complètement d’une certaine inquiétude en ce qui le concernait, lui, M. Hilaire.

Aussi ce ne fut pas sans un certain émoi qu’il s’entendit interpeller, bien amicalement cependant, en ces termes pourtant engageants:

– Et toi, mon bon Hilaire, voyons, qu’est-ce que tu deviens?

Maintenant ils étaient revenus dans le taudis, entre un grabat, un vieux bureau à trois pattes et les deux sacs de cacahuètes qui gisaient toujours dans un coin.

– Eh bien, mais, répondit M. Hilaire avec un sourire un peu niais… eh bien, mais ça ne va pas trop mal…

– Et ta Virginie, reprit Chéri-Bibi, a-t-elle un caractère toujours difficile?

– Euh! euh!

– Mais enfin, elle ne te rend plus malheureux? Comme c’est moi qui ai fait le mariage, je ne m’en consolerais jamais! Et puis, tu sais… tu n’aurais qu’un mot à me dire… je lui aurais bientôt fait passer le goût de la mélasse à ta Virginie!

M. Hilaire se leva, épouvanté.

– Ciel! monsieur le marquis, ne touchez pas à ma femme!

– Eh là! je n’en ai nulle envie…

– S’il lui arrivait jamais malheur, je la co

– Certainement!

– Et pourvu que je lui obéisse en tout et que je fasse ses quatre volontés, elle finit par me céder!

– Cette brave Virginie!

– Oh! elle a des qualités! Elle tient bien la caisse! Il n’y en pas une comme elle pour la comptabilité! Et elle m’est fidèle!

– Et toi, lui es-tu fidèle?

– Oh! ça, je vous le jure, monsieur le marquis! Je n’ai jamais oublié vos principes en cette matière et j’aurais été le dernier des misérables si je n’avais point profité de vos leçons et de votre exemple!

– C’est bien, ami la Ficelle, répondit Chéri-Bibi sur le ton le plus grave et en ne dissimulant pas sa satisfaction.

Chéri-Bibi n’avait jamais plaisanté sur le chapitre des mœurs.

– Mais je dois vous dire, continua M. Hilaire, que ma femme est tellement tyra

Et M. Hilaire toussa.

– Eh! mon cher! Elle a bien fait, s’exclama Chéri-Bibi… Dans les temps troublés où nous sommes, nul n’a le droit de se désintéresser de la chose publique…

– Du moment que c’est votre avis, je suis heureux que Virginie se soit rencontrée avec vous sur ce point, soupira M. Hilaire, en essuyant quelques gouttes de sueur qui lui perlaient aux tempes.

– Alors ta femme a voulu que tu fasses de la politique? Sans doute a-t-elle de l’ambition pour toi, ta femme?

– Oui, monsieur le marquis, répondit M. Hilaire de plus en plus embarrassé. Elle désire que je sois conseiller municipal.

– Bravo! Bravo! Nous t’y aiderons, ma parole! Cela vaut mieux que de perdre son temps au club!

«Mon Dieu! gémit en lui-même M. Hilaire, pourvu qu’il ne sache jamais que je suis secrétaire de l’Arsenal!» et comme il se rappela soudain la lecture du journal du soir faite au dancing du Grand Parc, lecture qui lui avait appris, à lui, secrétaire du club de l’Arsenal, les derniers travaux de la nuit et l’adoption de la motion Tholosée réclamant la peine de mort contre le commandant Jacques, il eut comme une sorte de défaillance.