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– Bo

Tous ensemble, nous allions joyeusement chercher la «bûche de Noël», qui – c’était de tradition – devait être un arbre fruitier. Nous l’apportions dans le Mas, tous à la file, le plus âgé la tenant d’un bout, moi, le dernier-né, de l’autre; trois fois, nous lui faisions faire le tour de la cuisine; puis, arrivés devant la dalle du foyer, mon père, sole

Allégresse! Allégresse,

Mes beaux enfants, que Dieu nous comble d’allégresse!

Avec Noël, tout bien vient:

Dieu nous fasse la grâce de voir l’a

Et, sinon plus nombreux, puissions-nous n’y pas être moins.

Et, nous écriant tous: «Allégresse, allégresse, allégresse!», on posait l’arbre sur les landiers et, dès que s’élançait le premier jet de flamme:

A la bûche

Boute feu!

disait mon père en se signant. Et, tous, nous nous mettions à table.

Oh! la sainte tablée, sainte réellement, avec, tout à l’entour, la famille complète, pacifique et heureuse. A la place du caleil , suspendu à un roseau, qui, dans le courant de l’a

La veillée, en attendant la messe de minuit, était longue ce jour-là; et longuement, autour du feu, on y parlait des ancêtres et on louait leurs actions. Mais, peu à peu et volontiers, mon brave homme de père revenait à l’Espagne et à ses souvenirs du siège de Figuières.

Si je vous disais, commençait-il, qu’étant là-bas en Catalogne, et faisant partie de l’armée, je trouvai le moyen, au fort de la Révolution, de venir de l’Espagne, malgré la guerre et malgré tout, passer avec les miens les fêtes de Noël! Voici, ma foi de Dieu, comment s’arrangea la chose:

«Au pied du Canigou, qui est une grande montagne entre Perpignan et Figuières, nous tournions, retournions depuis passablement de temps, en bataillant, à toi, à moi, contre les troupes espagnoles. Aïe! que de morts, que de blessés et de souffrances et de misères! Il faut l’avoir vu, pour savoir cela. De plus, au camp, – c’était en décembre, – il y avait manque de tout; et les mulets et les chevaux, à défaut de pâture, rongeaient, hélas! les roues des fourgons et des affûts.

«Or, ne voilà-t-il pas qu’en rôdant, moi, au fond d’une gorge, du côté de la mer, je vais découvrir un arbre d’oranges, qui étaient rousses comme l’or!

«- Ha! dis-je au propriétaire, à n’importe quel prix, vous allez me les vendre.

«Et, les ayant achetées, je m’en reviens de suite au camp et, tout droit à la tente du capitaine Perrin (qui était de Cabanes), je vais avec mon panier et je lui dis:

«- Capitaine, je vous apporte quelques oranges…

«- Mais où as-tu pris!ça?

«- Où j’ai pu, capitaine.

«- Oh! luron, tu ne saurais me faire plus de plaisir… Aussi, demande-moi, vois-tu, ce que tu voudras, et tu l’obtiendras ou je ne pourrai.

«- Je voudrais bien, lui fis-je alors, avant qu’un boulet de canon me coupe en deux, comme tant d’autres, aller, encore une fois, «poser le bûche de Noël» en Provence, dans ma famille.

«- Rien de plus simple, me fit-il; tiens, passe l’écritoire.

Et mon capitaine Perrin (que Dieu, en paradis, l’ait renfermé, cher homme) sur un papier, que j’ai encore, me griffo

«Armée des Pyrenées-Orientales.

«Nous Perrin, capitaine aux transports militaires, do

«Et voilà, mes amis, que j’arrive à Maillane, la belle veille de Noël, et vous pouvez penser l’ahurissement de tous, les embrassades et les fêtes. Mais, le lendemain, le maire (je vous tairai le nom de ce fanfaron braillard, car ses enfants sont encore vivants) me fait venir à la commune et m’interpelle comme ceci:

«- Au nom de la loi, citoyen, comment va que tu as quitté l’armée?

«- Cela va, répondis-je, qu’il ma pris fantaisie de venir, cette a

«- Ah oui? En ce cas-là, tu iras, citoyen, t’expliquer au tribunal du district, à Tarascon.

«- Et, tel que je vous le dis, je me laissai conduire par deux gardes nationaux, devant les juges du district. Ceux-ci, trois faces rogues, avec le bo

«- Citoyen, me firent-ils en roulant de gros yeux, comment ça se fait-il que tu aies déserté?

«Aussitôt, de ma poche ayant tiré mon passeport:

«- Tenez, lisez, leur dis-je.

«Ah! mes amis de Dieu, dès avoir lu, ils se dressent en me secouant la main:

«- Bon citoyen, bon citoyen! me crièrent-ils. Va, va, avec des papiers pareils, tu peux l’envoyer coucher, le maire de Maillane.

«Et après le Jour de l’An, j’aurais pu rester, n’est-ce pas? Mais il y avait le devoir et je m’en retournai rejoindre.»

Voilà, lecteur, au naturel, la portraiture de famille, d’intérieur patriarcal et de noblesse et de simplicité, que je tenais à te montrer.

Au Jour de l’An, – nous clôturerons par cet autre souvenir, – une foule d’enfants, de vieillards, de femmes, de filles, venaient, de grand matin, nous saluer comme ceci:

Bonjour, nous vous souhaitons à tous la bo

Maîtresse, maître, accompagnée

D’autant que le bon Dieu voudra.

– Allons, nous vous la souhaitons bo

Par tradition, dans notre maison, comme dans plusieurs autres, on distribuait ainsi, au nouvel an, deux fournées de pain aux pauvres gens du village.

Vivrais-je cent ans,

Cent ans, je cuirai,

Cent ans, je do

Cette formule, tous les soirs revenait dans la prière que mon père faisait avant d’aller au lit. Et aussi, à ses obsèques, les pauvres gens, avec raison, purent dire, en le plaignant:

– Autant de pains il nous do