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– Allons, ce coup! Encore un coup! Encore un bon coup! Houp! que tout claque! Là!

Étant, le cousin Tourrette, comme tous les songeurs, tant soit peu fainéant, il avait, toute sa vie, rêvé de trouver une place où il y eût peu de travail.

– Je voudrais, nous disait-il, la place de compteur de mornes, à Marseille par exemple, dans un de ces grands magasins où, lorsqu’on les débarque, un homme, étant assis, peut, en comptant les douzaines, gagner (me suis-je laissé dire) ses douze cents francs par an.

Mon pauvre vieux Major! Il mourut comme tant d’autres, sans avoir vu réaliser sa rêverie sur les mornes.

Je n’oublierai pas non plus, parmi mes collaborateurs, ou, tant vaut dire, mes fauteurs de la poésie de Mireille, le bûcheron Siboul: un brave homme de Montfrin, habillé de velours, qui venait tous les ans, à la fin de l’automne, avec sa grande serpe, tailler joliment nos bourrées de saule. Pendant qu’il découpait et appareillait ses rondins, que d’observations justes il me faisait sur le Rhône, sur ses courants, ses tourbillons, sur ses lagunes, sur ses baies, sur ses graviers et sur ses îles, puis sur les animaux qui fréquentent ses digues, les loutres qui gîtent dans les arbres creux, les bièvres qui coupent des troncs comme la cuisse, et sur les pendulines qui, dans les Ségo

Enfin, le voisin Xavier, un paysan herboriste, qui me disait les noms en langue provençale et les vertus des simples et de toutes les herbes de Saint-Jean et de Saint-Roch. Si bien que mon bagage de botanique littéraire, c’est ainsi que je le formai… Heureusement! car m’est avis, sans vouloir les mépriser, que nos professeurs des écoles, tant les hautes que les basses, auraient été, bien sûr, entrepris pour me montrer ce qu’était un chardon ou un laiteron.

Comme une bombe, dans l’entrefaite de ce prodrome de Mireille , éclata la nouvelle du coup d’État du 2 décembre 1851.

Quoique je ne fusse pas de ces fanatiques chez qui la République tient lieu de religion, de justice et de patrie, quoique les Jacobins, par leur intolérance, par leur manie du niveau, par la sécheresse, la brutalité de leur matérialisme, m’eussent découragé et blessé plus d’une fois, le crime d’un gouvernant qui déchirait la loi jurée par lui m’indigna. Il m’indigna, car il fauchait toutes mes illusions sur les fédérations futures dont la République en France pouvait être le couvain.

Quelques-uns des collègues de l’École de Droit allèrent se mettre à la tête des bandes d’insurgés qui se soulevaient dans le Var au nom de la Constitution; mais le grand nombre, en Provence comme ailleurs, les uns par dégoût de la turbulence des partis, les autres éberlués par le reflet du premier Empire, applaudirent, il est vrai, au changement de régime. Qui pouvait deviner que l’Empire nouveau dût s’effondrer dans une effroyable guerre et l’écroulement national?

Pour conclure, je vais citer ce qui me fut dit un jour, après 1870 par Taxile Delord, républicain pourtant et député de Vaucluse, un jour qu’en Avignon, sur la place de l’Horloge, nous nous promenions ensemble:

– La gaffe, disait-il, la plus prodigieuse qui se soit jamais faite dans le parti avancé, fut la Révolution de 1848. Nous avions au gouvernement une belle famille, française, nationale, libérale entre toutes et compromise même avec la Révolution, sous les auspices de laquelle on pouvait obtenir, sans trouble, toutes les libertés que le progrès comporte… Et nous l’avons ba

Quoi qu’il en soit, en conséquence, je laissai de côté – et pour toujours – la politique inflammatoire, comme ces embarras qu’on abando

Et voici que, rentré dans la contemplation, un soir, me promenant en quête de mes rimes, car mes vers, tant que j’en ai fait, je les ai trouvés tous par voies et par chemins, je rencontrai un vieux qui gardait les brebis. Il avait nom «le galant jean». Le ciel était étoilé, la chouette miaulait, et le dialogue suivant (que vous avez lu peut-être, traduit par l’ami Daudet) eut lieu dans cette rencontre.

LE BERGER

Vous voilà bien écarté, monsieur Frédéric?

MOI

Je vais prendre un peu l’air, maître Jean.

LE BERGER

Vous allez faire un tour dans les astres?

MOI

Maître Jean, vous l’avez dit. Je suis tellement soûl, désabusé et écœuré des choses de la terre que je voudrais, cette nuit, m’enlever et me perdre dans le royaume des étoiles.

LE BERGER

Tel que vous me voyez, j’y fais, moi, une excursion presque toutes les nuits, et je vous certifie que le voyage est des plus beaux.

MOI

Mais comment faire pour y aller, dans cet abîme de lumière?

LE BERGER

Si vous voulez me suivre, pendant que les brebis mangent, tout doucement, monsieur, je vous y conduirai et vous ferai tout voir.

MOI

Galant Jean, je vous prends au mot.

LE BERGER

Tenez, montons par cette voie qui blanchit du nord au sud: c’est le chemin de Saint Jacques. Il va de France droit sur l’Espagne. Quand l’empereur Charlemagne faisait la guerre aux Sarrasins, le grand saint Jacques de Galice le marqua devant lui pour lui indiquer la route.

MOI

C’est ce que les païens désignaient par Voie Lactée.

LE BERGER

C’est possible; moi je vous dis ce que j’ai toujours ouï dire… Voyez-vous ce beau chariot, avec ces quatre roues qui éblouissent tout le nord? C’est le Chariot des Âmes. Les trois étoiles qui précèdent sont les trois bêtes de l’attelage; et la toute petite qui va prés de la troisième, nous l’appelons le Charretier.

MOI

C’est ce que dans les livres on nomme la Grande Ourse.

LE BERGER

Comme il vous plaira… Voyez, voyez tout à l’entour les étoiles qui tombent: ce sont de pauvres âmes qui vie

MOI

Beaux anges (comme on dit), que Dieu vous accompagne!

LE BERGER

Mais tenez, un bel astre est celui qui resplendit pas loin du Chariot, là-haut: c’est le Bouvier du ciel.

MOI

Que dans l’astronomie on dénomme Arcturus.

LE BERGER

Peu importe. Maintenant regardez là sur le nord, l’étoile qui scintille à peine: c’est l’étoile Marine, autrement dit la Tramontane. Elle est toujours visible et sert de signal aux marins- lesquels se voient perdus, lorsqu’ils perdent la Tramontane.

MOI

L’étoile Polaire, comme on l’appelle aussi, se trouve donc dans la Petite Ourse; et comme la bise vient de là, les marins de Provence, comme ceux d’Italie, disent qu’ils vont à l’Ourse, lorsqu’ils vont contre le vent.

LE BERGER

Tournons la tête, nous verrons clignoter la Poussînière ou le Pouillier, si vous préférez.

MOI

Que les savants nomment Pléiades et les Gascons Charrette des Chiens.

LE BERGER

C’est cela. Un peu plus bas resplendissent les Enseigres, – qui, spécialement, marquent les heures aux bergers. D’aucuns les nomment les Trois Rois, d’autres les Trois Bourdons ou le Râteau ou le Faux Manche.

MOI

Précisément, c’est Orion et la ceinture d’Orion.

LE BERGER

Très bien. Encore plus bas, toujours vers le midi, brille Jean de Milan.

MOI

Sirius, si je ne me trompe.

LE BERGER

Jean de Milan est le flambeau des astres. Jean de Milan, un jour, avec les Enseignes et la Poussinière, avait été, dit-on, convié à une noce. (La noce de la belle Maguelone, dont nous parlerons tantôt.) La Poussinière, matinale, partit, paraît-il, la première et prit le chemin haut. Les Enseignes, trois filles sémillantes, ayant coupé plus bas, finirent par l’atteindre. Jean de Milan, resté endormi, prit, lorsqu’il se leva, le raccourci et, pour les arrêter, leur lança son bâton à la volée… Ce qui fait que le Faux Manche est appelé depuis le Bâton de Jean de Milan.

MOI

Et celle qui, au loin, vient de montrer le nez et qui rase la montagne?

LE BERGER

C’est le Boiteux. Lui aussi était de la noce. Mais comme il boite, pauvre diable, il n’avance que lentement. Il se lève tard du reste et se couche de bo

MOI

Et celle qui descend, là-bas, sur le ponant, étincelante comme une épousée?