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Mais vous pouvez penser le scandale! Heureusement, encore, que cela se passa dans une paroisse où la dive bouteille, comme au temps de Bacchus, a conservé son rite. Près de Bouibon, vers la montagne, se trouve une vieille chapelle dénommée Saint-Marcellin, et le premier du mois de juin, les hommes y vont processio

L’abbé Talon ne manquait pas de nous mener, tous les ans, à la Procession des Bouteilles. Une fois dans la chapelle, le curé de Bouibon se tournait vers le peuple et lui disait:

– Mes frères, débouchez vos bouteilles, et qu’on fasse silence pour la bénédiction!

Et alors, en cape rouge, il chantait sole

Saint Marcellin,

Bon pour l’eau, bon pour le vin

Un autre pèlerinage assez joyeux aussi, que nous voyions à la Montagnette et qui est passé de mode, était celui de saint Anthime. Les Gravesonais le faisaient.

Quand la pluie était en retard, les pénitents de Graveson, en âno

Mais gare! Si saint Anthime, malgré les litanies et les libations pieuses, n’avait pu faire naître de nuages, les joviaux pénitents, en revenant à Graveson, patatras! pour le punir de ne les avoir pas exaucés, le plongeaient, par trois fois, dans le Fossé des Lones. Ce curieux usage de tremper les corps saints dans l’eau, pour les forcer de faire pleuvoir, se retrouvait en divers lieux, à Toulouse par exemple, et jusqu’en Portugal.

Quand, étant tout petits, nous allions à Graveson avec nos mères, elles ne manquaient pas de nous mener à l’église pour nous montrer saint Anthime, et ensuite Béluguet, – un jacquemart qui frappait les heures à l’horloge du clocher.

Maintenant, pour achever ce qu’il me reste à dire sur mon séjour à Saint-Michel, il me revient comme un songe qu’à la premier an, avant de nous do

La seconde a

Arrivé au couvent, mon père déchargea un sac énorme qui était attaché sur le bât avec une corde, – et, tout en déliant le lien:

– Frédéric, me cria-t-il, je t’ai apporté quelques livres et du papier.

Et, là-dessus, du sac, il tira, un à un, quatre ou cinq dictio

Mais, au gentil monastère de Saint-Michel-de-Frigolet, je n’eus pas le loisir d’user force papier. M. Do

– Où sont donc les enfants?

Tantôt le long d’un gradin soutenant un terrain en pente, nous étions à réparer quelque mur en pierres sèches. Tantôt nous étions par les vignes où à notre grande joie, nous glanions des grappillons ou cherchions des morilles. Tout cela n’amenait pas la confiance à notre maître. De plus, le malheur était que, pour grossir le pensio

Nous avions pour cuisinier, je l’ai déjà dit, un nègre et pour domestique femme, une Tarasconaise, qui était, dans la maison, la seule de son sexe. (Je ne compte pas la mère de notre principal, qui avait au moins soixante-dix ans.) Or, on sait que le diable ne perd jamais son temps, – notre fille de service, un jour, comme on dit ici, se trouva «embarrassée», et ce fut, dans le pensio

Qui disait que la maritorne était grosse du fait de M. Do

Bref, en fin de compte, la charge fut mise sur le dos du nègre. Celui-ci, qui se sentait peut-être suspect à bon droit, soit par colère, soit par peur, fit son sac, et parfit; et la Tarasconaise, qui avait gardé son secret, déguerpit, à son tour, pour aller déposer son faix.

Ce fut le signal de la débandade; plus de cuisinier, plus de brouet pour nous; les professeurs, l’un après l’autre, nous laissèrent sur nos dents. M. Do

– Mes enfants, il n’y a plus rien pour vous faire manger: il faut retourner chez vous.

Et soudain, comme un troupeau de cabris en sevrage qu’on élargit du bercail, nous allâmes, en courant, avant de nous séparer, arracher des touffes de thym sur la colline, pour emporter un souvenir de notre beau quartier du ‘Thym (1). Puis, avec nos petits paquets, quatre à quatre, six à six, qui en amont, qui en aval, nous nous éparpillâmes dans les vallons et les sentiers, mais non sans retourner la tête, ni sans regret à la descente.

(1) Frigo1et, en provençal Ferigoulet, signifie «lieu où le thym abonde»

Pauvre M. Do

Mais, avant de quitter Saint-Michel-de-Frigolet, il faut dire un mot, pourtant, de ce que l’antique abbaye devint après nous autres. Retombée de nouveau à l’abandon pendant douze ans, un moine blanc, le Père Edmond, à son tour, l’acheta (1854) et y restaura, sous la loi de saint Norbert, l’ordre de Prémontré, – qui n’existait plus en France. Grâce à l’activité, aux prédications, aux quêtes de ce zélateur ardent, le petit monastère prit des proportions grandioses. De nombreuses constructions, avec un couro

Il me souvient que le matin, tant que dura l’investissement, – et il dura toute une semaine, – les gens partaient avec leurs vivres et allaient se poster sur les coteaux et les mamelons qui dominent l’abbaye pour épier, de loin, le mouvement de la journée. Le plus joli, c’étaient les filles de Barbentane, de Boulbon, de Saint-Remy ou de Maillane, qui, pour encourager les assiégés de Saint-Michel, chantaient avec passion, et en agitant leurs mouchoirs: