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«Tenez, vous qui aimez la peinture, il faut que je vous montre un superbe tableau que j'ai acheté à mon cousin, en partie en échange des Elstir, que décidément nous n'aimions pas. On me l'a vendu pour un Philippe de Champagne, mais moi je crois que c'est encore plus grand. Voulez-vous ma pensée? Je crois que c'est un Vélasquez et de la plus belle époque», me dit le duc en me regardant dans les yeux, soit pour co
– Faites entrer M. Swa
– Ah! en effet, je me rappelle.
– Qu'est-ce que vous croyez que c'est?
– Eh bien, si c'était chez Gilbert, c'est probablement un de vos ancêtres , dit Swa
– Mais bien sûr, dit rudement le duc. C'est Boson, je ne sais plus quel numéro, de Guermantes. Mais ça, je m'en fous. Vous savez que je ne suis pas aussi féodal que mon cousin. J'ai entendu prononcer le nom de Rigaud, de Mignard, même de Vélasquez!» dit le duc en attachant sur Swa
– N
– Mais alors, enfin moi je n'y co
– Pour le prince de Guermantes, dis-je, il est vrai, on m'avait dit qu'il était antisémite.
– Oh! celui-là, je n'en parle même pas. C'est au point que, quand il était officier, ayant une rage de dents épouvantable, il a préféré rester à souffrir plutôt que de consulter le seul dentiste de la région, qui était juif, et que plus tard il a laissé brûler une aile de son château, où le feu avait pris, parce qu'il aurait fallu demander des pompes au château voisin qui est aux Rothschild.
– Est-ce que vous allez par hasard ce soir chez lui?
– Oui, me répondit-il, quoique je me trouve bien fatigué: Mais il m'a envoyé un pneumatique pour me prévenir qu'il avait quelque chose à me dire. Je sens que je serai trop souffrant ces jours-ci pour y aller ou pour le recevoir; cela m'agitera, j'aime mieux être débarrassé tout de suite de cela.
– Mais le duc de Guermantes n'est pas antisémite.
– Vous voyez bien que si puisqu'il est antidreyfusard, me répondit Swa
– Mais enfin, repris-je en revenant à l'affaire Dreyfus, la duchesse, elle, est intelligente.
– Oui, elle est charmante. A mon avis, du reste, elle l'a été encore davantage quand elle s'appelait encore la princesse des Laumes. Son esprit a pris quelque chose de plus anguleux, tout cela était plus tendre dans la grande dame juvénile, mais enfin, plus ou moins jeunes, hommes ou femmes, qu'est-ce que vous voulez, tous ces gens-là sont d'une autre race, on n'a pas impunément mille ans de féodalité dans le sang. Naturellement ils croient que cela n'est pour rien dans leur opinion.
– Mais Robert de Saint-Loup pourtant est dreyfusard?
– Ah! tant mieux, d'autant plus que vous savez que sa mère est très contre. On m'avait dit qu'il l'était, mais je n'en étais pas sûr. Cela me fait grand plaisir. Cela ne m'éto
Le dreyfusisme avait rendu Swa