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IV
Quand la Zabelle le vit ainsi, elle le crut mort. Son amitié lui revint dans le cœur et, ne songeant plus ni au meunier, ni à la méchante vieille, elle reprit l’enfant à Madeleine et se mit à l’embrasser en criant et en pleurant. Elles le couchèrent sur leurs genoux, au bord de l’eau, lavèrent ses blessures et en arrêtèrent le sang avec leurs mouchoirs; mais elles n’avaient rien pour le faire revenir. Madeleine, réchauffant sa tête contre son cœur, lui soufflait sur le visage et dans la bouche comme on fait aux noyés. Cela le réconforta et, dès qu’il ouvrit les yeux et qu’il vit le soin qu’on prenait de lui, il embrassa Madeleine et la Zabelle l’une après l’autre, avec tant de cœur qu’elles furent obligées de l’arrêter, craignant qu’il ne retombât en pâmoison.
– Allons, allons, dit la Zabelle, il faut retourner chez nous. Non, jamais, jamais je ne pourrai quitter cet enfant-là, je le vois bien et je n’y veux plus songer. Je garde vos dix écus, Madeleine, pour payer ce soir si on m’y force. Mais n’en dites rien; j’irai trouver demain la bourgeoise de Presles pour qu’elle ne nous démente pas et elle dira, au besoin, qu’elle ne vous a pas encore payé le prix de votre filage; ça nous fera gagner du temps et je ferai si bien, quand je devrais mendier, que je m’acquitterai envers vous pour que vous ne soyez pas molestée à cause de moi. Vous ne pouvez pas prendre cet enfant au moulin, votre mari le tuerait. Laissez-le-moi, je jure d’en avoir autant de soin qu’à l’ordinaire, et si on nous tourmente encore, nous aviserons.
Le sort voulut que la rentrée du champi se fît sans bruit et sans que perso
Ce coup du sort abattit pendant quelque temps l’humeur malplaisante du meunier. Il aimait sa mère autant qu’il pouvait aimer et il mit de l’amour-propre à la faire enterrer selon ses moyens. Il oublia sa maîtresse pendant le temps voulu et il s’avisa même de faire le généreux en do
Si bien que Cadet Blanchet avait à peu près oublié sa rancœur et que perso
À partir de la mort de sa mère, le caractère de Blanchet changea peu à peu, sans pourtant s’amender. Il s’e
Pendant qu’il menait cette vilaine vie, sa femme, toujours sage et douce, gardait la maison et élevait avec amour leur unique enfant. Mais elle se regardait comme doublement mère, car elle avait pris pour le champi une amitié très grande et veillait sur lui presque autant que sur son propre fils. À mesure que son mari devenait plus débauché, elle devenait moins servante et moins malheureuse. Dans les premiers temps de son libertinage il se montra encore très rude parce qu’il craignait les reproches et voulait tenir sa femme en état de peur et de soumission. Quand il vit que, par nature, elle haïssait les querelles et qu’elle ne montrait pas de jalousie, il prit le parti de la laisser tranquille. Sa mère n’étant plus là pour l’exciter contre elle, force lui était bien de reco
Il fallait que Madeleine fût une femme bien chrétie
Quand il eut communié, comme il était en âge d’être loué, la Zabelle le vit de bon cœur entrer domestique au moulin, et maître Blanchet ne s’y opposa point car il était devenu clair pour tout le monde que le champi était bon sujet, très laborieux, très serviable, plus fort, plus dispos et plus raiso
Malheureusement, la pauvre Zabelle ne jouit pas longtemps de cette récompense. À l’entrée de l’hiver, elle fit une grosse maladie et, malgré tous les soins du champi et de Madeleine, elle mourut le jour de la Chandeleur, après avoir été si mieux qu’on la croyait guérie. Madeleine la regretta et la pleura beaucoup, mais elle tâcha de consoler le pauvre champi qui, sans elle, n’aurait jamais surmonté son chagrin.
Un an après, il y pensait encore tous les jours et quasi à chaque instant, et une fois il dit à la meunière:
– J’ai comme un repentir quand je prie pour l’âme de ma pauvre mère: c’est de ne l’avoir pas assez aimée. Je suis bien sûr d’avoir toujours fait mon possible pour la contenter, de ne lui avoir jamais dit que de bo
– Et quelles paroles est-ce que j’ai dites, mon pauvre enfant, pour que tu m’aies do