Страница 25 из 41
XV
– Mon maître, dit-il à Jean Vertaud, il me faut partir pour un bout de temps, court ou long, je n’en saurais rien garantir. J’ai affaire du côté de mon ancien endroit, et je vous semonds de me laisser aller de bo
Jean Vertaud savait bien que le champi ne voulait pas souvent se contenter, mais que, quand il le voulait, c’était si bien voulu que ni Dieu ni diable n’y pouvaient mais.
– Contente-toi, mon garçon, fit-il en lui do
François employa la journée qui suivit à se chercher un remplaçant pour le meulage, et il en rencontra un bien courageux et juste, qui revenait de l’armée et qui fut content de trouver de l’ouvrage bien payé chez un bon maître, car Jean Vertaud était réputé tel et n’avait jamais fait de tort à perso
Devant que de se mettre en route, comme il en avait l’idée, à la pique du jour ensuivant, François voulut dire adieu à Jea
Elle y resta un peu de temps, pensant qu’il y viendrait peut-être bien et qu’il se déciderait à lui dire quelque bo
Il serait faux de dire qu’il n’avait rien senti pour elle en la voyant pleurer. Il avait bien eu le cœur un peu picoté, et il songeait qu’il aurait pu être bien heureux avec une perso
«Allons! se dit-il le matin, en s’éveillant avant jour, il ne s’agit pas d’amourette, de fortune et de tranquillité pour toi. Tu oublierais volontiers que tu es champi et tu mettrais bien tes jours passés dans l’oreille du lièvre, comme tant d’autres qui pre
Il songeait ainsi en passant sous la fenêtre de sa brave maîtresse, et il eût voulu, si c’eût été en temps propice, lui laisser contre la vitre une fleur ou un feuillage en signe d’adieu; mais c’était le lendemain des Rois; la terre était couverte de neige, et il n’y avait pas une feuille aux branches, pas une pauvre violette dans l’herbage.
Il s’inventa de nouer dans le coin d’un mouchoir blanc la fève qu’il avait gagnée la veille en tirant le gâteau, et d’attacher ce mouchoir aux barreaux de la fenêtre de Jea
«Une fève, ce n’est pas grand’chose, se disait-il, c’est une petite marque d’ho
Mais il entendit en lui-même comme une parole qui lui déconseillait de faire cette offrande, et qui lui remontrait qu’un homme ne doit point agir comme ces jeunes filles qui veulent qu’on les aime, qu’on pense à elles et qu’on les regrette quand bien même elles ne se soucient pas d’y correspondre.
«Non, non, François, se dit-il en remettant son gage dans sa poche et en doublant le pas: il faut vouloir ce qu’on veut et se faire oublier quand on est décidé à oublier soi-même.»
Et là-dessus il marcha grand train, et il n’était pas à deux portées de fusil du moulin de Jean Vertaud, qu’il voyait Madeleine devant lui, s’imaginant aussi entendre comme une petite voix faible qui l’appelait en aide. Et ce rêve le menait, et il pensait déjà voir le grand cornier, la fontaine, le pré Blanchet, l’écluse, le petit pont, et Jea
Il alla si vite qu’il ne sentit pas la froidure et ne songea ni à boire, ni à manger, ni à souffler, tant qu’il n’eut pas laissé la grand’route et attrapé, par le dévers du chemin de Presles, la croix du Plessys.
Quand il fut là, il se mit à genoux et embrassa le bois de la croix avec l’amitié d’un bon chrétien qui retrouve une bo
François, qui se méfiait de la chose, dégalocha ses sabots à plus d’une fois; il arriva sans culbute à la passerelle. Il laissa Montipouret sur sa gauche, non sans dire un beau bonjour au gros vieux clocher qui est l’ami à tout le monde, car c’est toujours lui qui se montre le premier à ceux qui revie
Pour ce qui est des chemins, je ne leur veux point de mal tant ils sont riants, verdissants et réjouissants à voir dans le temps chaud. Il y en a où l’on n’attrape pas de coups de soleil. Mais ceux-là sont les plus traîtres, parce qu’ils pourraient bien vous mener à Rome quand on croirait aller à Angibault. Heureusement que le bon clocher de Montipouret n’est pas chiche de se montrer, et qu’il n’y a pas une éclaircie où il ne passe le bout de son chapeau reluisant pour vous dire si vous tournez en bise ou en galerne.
Mais le champi n’avait besoin de vigie pour se conduire. Il co
Il était environ midi quand il vit le toit du moulin Cormouer au travers des branches défeuillées, et il fut content de co
Il prit en sus du pré Blanchet pour arriver plus vite, ce qui fit qu’il ne passa pas rasibus la fontaine; mais comme les arbres et les buissons n’avaient pas de feuilles, il vit reluire au soleil l’eau vive qui ne gèle jamais parce qu’elle est de source. Les abords du moulin étaient bien gelés en revanche, et si coulants qu’il ne fallait pas être maladroit pour courir sur les pierres et le talus de la rivière. Il vit la vieille roue du moulin, toute noire à force d’âge et de mouillage, avec des grandes pointes de glace qui pendaient aux alochons, menues comme des aiguilles.
Mais il manquait beaucoup d’arbres à l’entour de la maison, et l’endroit était bien changé. Les dettes du défunt Blanchet avaient joué de la cognée, et on voyait en maintes places, rouge comme sang de chrétien, le pied des grands vergnes fraîchement coupés. La maison paraissait mal entretenue au dehors; le toit n’était guère bien couvert et le four était moitié égrôlé par l’efforce de la gelée.
Et puis, ce qui était encore attristant, c’est qu’on n’entendait remuer dans toute la demeurance ni âme, ni corps, ni bêtes, ni gens; sauf qu’un chien à poil gris emmêlé de noir et de blanc, de ces pauvres chiens de campagne que nous disons guarriots ou marrayés, sortit de l’huisserie et vint pour japper à l’encontre du champi; mais il s’accoisa tout de suite et vint, en se traînant, se coucher dans ses jambes.