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XIII

– Voyons, voyons, François, nous ne nous entendons guère, repartit maître Jean Vertaud; et je ne sais plus par quel bout te prendre. Tu n’es pourtant pas sot, et je pensais t’avoir assez mis la parole à la bouche; mais puisque tu es honteux je vas t’aider encore. N’es-tu porté d’inclination pour aucune fille du pays?

– Non, mon maître, répliqua tout droitement le champi.

– Vrai?

– Je vous en do

– Et tu n’en vois pas une qui te plairait si tu avais les moyens d’y prétendre?

– Je ne veux pas me marier.

– Voilà une idée! Tu es trop jeune pour en répondre. Mais la raison?

– La raison! dit François. Ça vous importe donc, mon maître?

– Peut-être, puisque j’ai de l’intérêt pour toi.

– Je vas vous la dire; je n’ai pas de raison pour m’en cacher. Je n’ai jamais co

– Oui-da! s’exclama Jean Vertaud, un peu saboulé par cette confession; je ne l’aurais jamais pensé.

– Pourquoi ne l’auriez-vous jamais pensé?… Vous ne répondez pas, mon maître? Eh bien, moi, je vas répondre pour vous. C’est que, me voyant bon sujet, vous vous seriez éto

– Non, non, dit le maître en se ravisant – car il était un homme juste et ne demandait pas mieux que de renier une mauvaise pensée -, je ne veux pas être contraire à la justice, et si j’ai eu un moment d’oubliance là-dessus, tu peux m’en absoudre, c’est déjà passé. Donc, tu crois que tu ne pourrais pas te marier parce que tu es né champi?

– Ce n’est pas ça, mon maître, et je ne m’inquiète point de l’empêchement. Il y a toutes sortes d’idées dans les femmes, et aucunes ont si bon cœur que ça serait une raison de plus.

– Tiens! c’est vrai, dit Jean Vertaud. Les femmes valent mieux que nous pourtant!… Et puis, fit-il en riant, un beau gars comme toi, tout verdissant de jeunesse et qui n’est écloché ni de son esprit ni de son corps, peut bien do

– écoutez, dit François; j’ai été tiré de l’hospice et nourri par une femme que je n’ai point co

– Eh bien! ce que tu m’apprends là, mon ami, me do

Il ne fallait pas être bien malin pour deviner que, dans sa bo

Jean Vertaud eût bien souhaité lui porter une meilleure réponse, d’abord pour l’envie qu’il avait de la voir s’établir, ensuite parce qu’il ne pouvait pas désirer un meilleur gendre que François. Outre l’amitié qu’il avait pour lui, il voyait bien clairement que ce garçon, tout pauvre qu’il était venu chez lui, valait de l’or dans une famille pour son entendement, sa vitesse au travail et sa bo

L’article du champiage chagrina bien un peu la fille. Elle avait un peu de fierté, mais elle eut vite pris son parti, et le goût lui vint plus éveillé quand elle ouït que François était récalcitrant sur l’amour. Les femmes se pre

En sorte que la fille à Jean Vertaud fut décidée ce jour-là pour François, comme elle ne l’avait pas encore été.

N’est-ce que ça? disait-elle à son père. Il croit donc que nous n’aurions pas le cœur et les moyens d’assister une vieille femme et de placer son garçon? Il faut bien qu’il n’ait pas entendu ce que vous lui glissiez, mon père, car s’il avait su qu’il s’agissait d’entrer dans notre famille, il ne se serait point tourmenté de ça.

Et le soir, à la veillée, Jea

– Je faisais grand cas de vous, François; mais j’en fais encore plus depuis que mon père m’a raconté votre amitié pour une femme qui vous a élevé et pour qui vous voulez travailler toute votre vie. C’est affaire à vous d’avoir des sentiments… Je voudrais bien co

– Oh! oui, dit François qui avait du plaisir à causer de Madeleine, c’est une femme qui pense bien, une femme qui pense comme vous autres.

Cette parole réjouit la fille à Jean Vertaud et, se croyant sûre de son fait:

– Je souhaiterais, dit-elle, que si elle devenait malheureuse, comme vous en avez la crainte, elle vînt demeurer par chez nous. Je vous aiderais à la soigner, car elle n’est plus jeune, pas vrai? N’est-elle point infirme?

– Infirme? non, dit François; son âge n’est point pour être infirme.

– Elle est donc encore jeune? dit la Jea

– Oh! non, elle ne l’est guère, répondit François tout simplement. Je n’ai pas souvenance de l’âge qu’elle peut avoir à cette heure. C’était pour moi comme ma mère et je ne regardais pas à ses ans.

– Est-ce qu’elle a été bien, cette femme? demanda la Jea

– Bien? dit François un peu éto

– Mais enfin, vous pouvez bien dire environ l’âge qu’elle a?

– Attendez! son garçon avait cinq ans de moins que moi. Eh bien! c’est une femme qui n’est pas vieille, mais qui n’est pas bien jeune, c’est approchant comme…

– Comme moi? dit la Jea