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XLIV
Il me tardait d'être seul avec Pierrot. Son trouble quand je l'avais questio
Nous avions traversé les triples haies de noirs prosternés sur notre passage, et s'écriant avec surprise: Miraculo! ya no esta prisonero! [60] J'ignore si c'est de moi ou de Pierrot qu'ils voulaient parler. Nous avions franchi les dernières limites du camp; nous avions perdu de vue derrière les arbres et les rochers les dernières vedettes de Biassou; Rask, joyeux, nous devançait, puis revenait à nous; Pierrot marchait avec rapidité; je l'arrêtai brusquement.
– Écoute, lui dis-je, il est inutile d'aller plus loin. Les oreilles que tu craignais ne peuvent plus nous entendre; parle, qu'as-tu fait de Marie?
Une émotion concentrée faisait haleter ma voix. Il me regarda avec douceur.
– Toujours! me répondit-il.
– Oui, toujours! m'écriai-je furieux, toujours! Je te ferai cette question jusqu'à ton dernier souffle, jusqu'à mon dernier soupir. Où est Marie?
– Rien ne peut donc dissiper tes doutes sur ma foi! – Tu le sauras bientôt.
– Bientôt, monstre! répliquai-je. C'est maintenant que je veux le savoir. Où est Marie? où est Marie? entends-tu? Réponds, ou échange ta vie contre la mie
– Je t'ai déjà dit, reprit-il avec tristesse, que cela ne se pouvait pas. Le torrent ne lutte pas contre sa source; ma vie, que tu as sauvée trois fois, ne peut combattre contre ta vie. Je le voudrais d'ailleurs, que la chose serait encore impossible. Nous n'avons qu'un poignard pour nous deux.
En parlant ainsi il tira un poignard de sa ceinture et me le présenta.
– Tiens, dit-il.
J'étais hors de moi. Je saisis le poignard et le fis briller sur sa poitrine. Il ne songeait pas à s'y soustraire.
– Misérable, lui dis-je, ne me force point à un assassinat. Je te plonge cette lame dans le cœur, si tu ne me dis pas où est ma femme à l'instant.
Il me répondit sans colère:
– Tu es le maître. Mais, je t'en prie à mains jointes, laisse-moi encore une heure de vie, et suis-moi. Tu doutes de celui qui te doit trois vies, de celui que tu nommais ton frère; mais, écoute, si dans une heure tu en doutes encore, tu seras libre de me tuer. Il sera toujours temps. Tu vois bien que je ne veux pas te résister. Je t'en conjure au nom même de Maria … Il ajouta péniblement: – De ta femme. – Encore une heure; et si je te supplie ainsi, va, ce n'est pas pour moi, c'est pour toi!
Son accent avait une expression ineffable de persuasion et de douleur. Quelque chose sembla m'avertir qu'il disait peut-être vrai, que l'intérêt seul de sa vie ne suffirait pas pour do
– Allons, dis-je, je t'accorde ce sursis d'une heure; je te suivrai.
Je voulus lui rendre le poignard.
– Non, répondit-il, garde-le, tu te défies de moi. Mais viens, ne perdons pas de temps.
[60] Miracle! Il n'est déjà plus priso