Страница 49 из 65
XLII
Nous sortîmes du quartier des nègres du Morne-Rouge. Je m'éto
Arrivés à la ligne de gardes qui veillait devant la grotte de Biassou, le mulâtre Candi, leur chef, vint à nous, nous demandant de loin, avec menaces, pourquoi nous osions avancer si près du général; mais quand il fut à portée de voir distinctement les traits de Pierrot, il ôta subitement sa montera brodée en or, et, comme terrifié de sa propre audace, il s'inclina jusqu'à terre, et nous introduisit près de Biassou, en balbutiant mille excuses, auxquelles Pierrot ne répondit que par un geste de dédain.
Le respect des simples soldats nègres pour Pierrot ne m'avait pas éto
– Jean Biassou, dit-il, je ne suis pas venu vous prendre votre place, mais simplement vous demander une grâce.
– Alteza , répondit Biassou en redoublant ses salutations, vous savez que vous pouvez disposer de tout ce qui dépend de Jean Biassou, de tout ce qui appartient à Jean Biassou, et de Jean Biassou lui-même.
Ce titre d'alteza , qui équivaut à celui d'altesse ou de hautesse , do
– Je n'en veux pas tant, reprit vivement Pierrot; je ne vous demande que la vie et la liberté de ce priso
Il me désignait de la main. Biassou parut un moment interdit; cet embarras fut court.
– Vous désolez votre serviteur, alteza ; vous exigez de lui bien plus qu'il ne peut vous accorder, à son grand regret. Ce priso
– Que voulez-vous dire? demanda Pierrot sévèrement. De qui dépend-il donc? Y a-t-il un autre pouvoir que vous?
– Hélas oui! alteza .
– Et lequel?
– Mon armée.
L'air caressant et rusé avec lequel Biassou éludait les questions hautaines et franches de Pierrot a
– Comment! s'écria Pierrot, votre armée! Et ne la commandez-vous pas?
Biassou, conservant son avantage, sans quitter pourtant son attitude d'infériorité, répondit avec une apparence de sincérité:
– Sù alteza pense-t-elle que l'on puisse réellement commander à des hommes qui ne se révoltent que pour ne pas obéir?
J'attachais trop peu de prix à la vie pour rompre le silence; mais ce que j'avais vu la veille de l'autorité illimitée de Biassou sur ses bandes aurait pu me fournir l'occasion de le démentir et de montrer à nu sa duplicité. Pierrot lui répliqua:
– Eh bien! si vous ne savez pas commander à votre armée, et si vos soldats sont vos chefs, quels motifs de haine peuvent-ils avoir contre ce priso
– Boukma
– Comment avez-vous pu, dit Pierrot, adhérer à ces horribles représailles? Écoutez-moi, Jean Biassou; ce sont ces cruautés qui perdront notre juste cause. Priso
Biassou, qui écoutait avec un sombre respect, fit une exclamation de surprise. En ce moment Rigaud entra, salua profondément Pierrot, et parla bas à l'oreille du généralissime. On entendait au-dehors une grande agitation dans le camp. Pierrot continuait:
– … Oui. Jean-François, qui n'a d'autre défaut qu'un luxe funeste, et l'étalage ridicule de cette voiture à six chevaux qui le mène chaque jour de son camp à la messe du curé de la Grande-Rivière. Jean-François a puni les fureurs de Jea
Il y avait peut-être une expression plus tendre encore que la vénération religieuse dans la manière dont Pierrot prononça ce nom. Je ne sais comment cela se fit, mais je m'en sentis offensé et irrité.
– … Eh bien! poursuivit l'esclave, vous avez dans votre camp je ne sais quel obi, je ne sais quel jongleur comme ce Romaine-la-Prophétesse! Je n'ignore point qu'ayant à conduire une armée composée d'hommes de tous pays, de toutes familles, de toutes couleurs, un lien commun vous est nécessaire, mais ne pouvez-vous le trouver autre part que dans un fanatisme féroce et des superstitions ridicules? Croyez-moi, Biassou, les blancs sont moins cruels que nous. J'ai vu beaucoup de planteurs défendre les jours de leur esclave; je n'ignore pas que, pour plusieurs d'entre eux, ce n'était pas sauver la vie d'un homme, mais une somme d'argent; du moins leur intérêt leur do
Il se tut. L'éclat de son regard, l'accent de sa voix do
– Eh! mon bon Dieu, qu'est-ce que c'est qu'un peuple en fureur!