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XXXVI
Cependant l'heure de l'almuerzo [49] de Biassou était venue. On apporta devant le mariscal de campo de sû magestad catolica une grande écaille de tortue dans laquelle fumait une espèce d'olla podrida , abondamment assaiso
L'obi ne partagea point leur repas. Je compris que, comme tous ses pareils, il ne mangeait jamais en public, afin de faire croire aux nègres qu'il était d'une essence surnaturelle, et qu'il vivait sans nourriture.
Tout en déjeunant, Biassou ordo
En voyant défiler cette horde, Biassou se pencha à l'oreille de Rigaud, et lui dit en français:
– Quand donc la mitraille de Blanchelande et de Rouvray me débarrassera-t-elle de ces bandits du Morne-Rouge? Je les hais; ce sont presque tous des congos! Et puis ils ne savent tuer que dans le combat; ils suivaient l'exemple de leur chef imbécile, de leur idole Bug-Jargal, jeune fou qui voulait faire le généreux et le magnanime. Vous ne le co
– À propos de Boukma
– Diabolo! dit Biassou. vous avez raison, mon cher; il faut fermer la bouche à cet homme-là. Attendez!
Alors, élevant la voix:
– Macaya! cria-t-il.
Le chef des nègres marrons s'approcha, et présenta son tromblon au col évasé en signe de respect.
– Faites sortir de vos rangs, reprit Biassou, ce noir que j'y vois là-bas, et qui ne doit pas en faire partie.
C'était le messager de Jean-François. Macaya l'amena au généralissime, dont le visage prit subitement cette expression de colère qu'il savait si bien simuler.
– Qui es-tu? demanda-t-il au nègre interdit.
– Notre général, je suis un noir.
– Caramba! je le vois bien! Mais comment t'appelles-tu?
– Mon nom de guerre est Vavelan; mon patron chez les bienheureux est saint Sabas, diacre et martyr, dont la fête viendra le vingtième jour avant la nativité de Notre-Seigneur.
Biassou l'interrompit:
– De quel front oses-tu te présenter à la parade, au milieu des espingoles luisantes et des baudriers blancs, avec ton sabre sans fourreau, ton caleçon déchiré, tes pieds couverts de boue?
– Notre général, répondit le noir, ce n'est pas ma faute. J'ai été chargé par le grand-amiral Jean-François de vous porter la nouvelle de la mort du chef des marrons anglais, Boukma
Biassou fronça le sourcil.
– Il ne s'agit point de cela, gavacho! mais de ton audace d'assister à la revue dans ce désordre. Recommande ton âme à saint Sabas, diacre et martyr, ton patron. Va te faire fusiller!
Ici j'eus encore une nouvelle preuve du pouvoir moral de Biassou sur les rebelles. L'infortuné, chargé d'aller lui-même se faire exécuter, ne se permit pas un murmure; il baissa la tête, croisa les bras sur sa poitrine, salua trois fois son juge impitoyable, et, après s'être agenouillé devant l'obi, qui lui do
Le chef, débarrassé de toute inquiétude, se tourna alors vers Rigaud, l'œil étincelant de plaisir, et avec un ricanement de triomphe qui semblait dire: – Admirez! [54]
[49] Déjeuner.
[50] L'agneau.
[51] Les pois chiches.
[52] Melons d'eau.
[53] Dessert.
[54] Toussaint Louverture, qui s'était formé à l'école de Biassou, et qui, s'il ne lui était pas supérieur en habileté, était du moins fort loin de l'égaler en perfidie et en cruauté. Toussaint Louverture a do