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«- Il faut que je sois en route demain à la pointe du jour. Il fait dur voyager. Si les nuits sont froides, les journées sont chaudes.

«- Vous allez là, a repris mon frère, dans un bon pays. À la révolution, ma famille a été ruinée, je me suis réfugié en Franche-Comté d'abord, et j'y ai vécu quelque temps du travail de mes bras. J'avais de la bo

«Je crois ne pas me tromper et que ce sont bien là les noms que mon frère a cités, puis il s'est interrompu et m'a adressé la parole:

«- Chère sœur, n'avons-nous pas des parents dans ce pays-là?

«J'ai répondu:

«- Nous en avions, entre autres M. de Lucenet [50] qui était capitaine des portes à Pontarlier dans l'ancien régime.

«- Oui, a repris mon frère, mais en 93 on n'avait plus de parents, on n'avait que ses bras. J'ai travaillé. Ils ont dans le pays de Pontarlier, où vous allez, monsieur Valjean, une industrie toute patriarcale [51] et toute charmante, ma sœur. Ce sont leurs fromageries qu'ils appellent fruitières.

«Alors mon frère, tout en faisant manger cet homme, lui a expliqué très en détail ce que c'étaient que les fruitières de Pontarlier; – qu'on en distinguait deux sortes: – les grosses granges , qui sont aux riches, et où il y a quarante ou cinquante vaches, lesquelles produisent sept à huit milliers de fromages par été; les fruitières d'association , qui sont aux pauvres; ce sont les paysans de la moye

«L'homme se ranimait tout en mangeant. Mon frère lui faisait boire de ce bon vin de Mauves dont il ne boit pas lui-même parce qu'il dit que c'est du vin cher. Mon frère lui disait tous ces détails avec cette gaîté aisée que vous lui co

«Vers la fin, comme nous étions aux figues, on a cogné à la porte. C'était la mère Gerbaud avec son petit dans ses bras. Mon frère a baisé l'enfant au front, et m'a emprunté quinze sous que j'avais sur moi pour les do

«Madame Magloire est remontée presque tout de suite, nous nous sommes mises à prier Dieu dans le salon où l'on étend le linge, et puis nous sommes rentrées chacune dans notre chambre sans nous rien dire.»

Chapitre V Tranquillité

Après avoir do

– Monsieur, je vais vous conduire à votre chambre.

L'homme le suivit.

Comme on a pu le remarquer dans ce qui a été dit plus haut, le logis était distribué de telle sorte que, pour passer dans l'oratoire où était l'alcôve ou pour en sortir, il fallait traverser la chambre à coucher de l'évêque.

Au moment où ils traversaient cette chambre, madame Magloire serrait l'argenterie dans le placard qui était au chevet du lit. C'était le dernier soin qu'elle prenait chaque soir avant de s'aller coucher.

L'évêque installa son hôte dans l'alcôve. Un lit blanc et frais y était dressé. L'homme posa le flambeau sur une petite table.

– Allons, dit l'évêque, faites une bo

– Merci, monsieur l'abbé, dit l'homme.

À peine eut-il prononcé ces paroles pleines de paix que, tout à coup et sans transition, il eut un mouvement étrange et qui eût glacé d'épouvante les deux saintes filles si elles en eussent été témoins. Aujourd'hui même il nous est difficile de nous rendre compte de ce qui le poussait en ce moment. Voulait-il do

– Ah çà! décidément! vous me logez chez vous près de vous comme cela!

Il s'interrompit et ajouta avec un rire où il y avait quelque chose de monstrueux:

– Avez-vous bien fait toutes vos réflexions? Qui est-ce qui vous dit que je n'ai pas assassiné?

L'évêque leva les yeux vers le plafond et répondit:

– Cela regarde le bon Dieu.

Puis, gravement et remuant les lèvres comme quelqu'un qui prie ou qui se parle à lui-même, il dressa les deux doigts de sa main droite et bénit l'homme qui ne se courba pas, et, sans tourner la tête et sans regarder derrière lui, il rentra dans sa chambre.

Quand l'alcôve était habitée, un grand rideau de serge tiré de part en part dans l'oratoire cachait l'autel. L'évêque s'agenouilla en passant devant ce rideau et fit une courte prière.

Un moment après, il était dans son jardin, marchant, rêvant, contemplant, l'âme et la pensée tout entières à ces grandes choses mystérieuses que Dieu montre la nuit aux yeux qui restent ouverts.

Quant à l'homme, il était vraiment si fatigué qu'il n'avait même pas profité de ces bons draps blancs. Il avait soufflé sa bougie avec sa narine à la manière des forçats et s'était laissé tomber tout habillé sur le lit, où il s'était tout de suite profondément endormi.

Minuit so

Quelques minutes après, tout dormait dans la petite maison.

Chapitre VI Jean Valjean

Vers le milieu de la nuit, Jean Valjean se réveilla.

[50] Ce nom rappelle celui du village de Lucenay, traversé par les Hugo et les Nodier lors du voyage aux Alpes de l'été 1825, où les touristes ne trouvèrent à dévorer qu'une minuscule omelette restée légendaire dans la famille. Voir Victor Hugo raconté par Adèle Hugo , ouv. cit., p. 398.

[51] Le socialiste Fourier avait do

[52] Cette peau a existé. Victor l'avait achetée à Tüttlingen et offerte à Juliette lors de leur voyage en Forêt-Noire, en octobre 1840. «Je suis ravie de votre idée, mon Toto, de mettre votre peau de chevreuil sur le lit. Je tiens à conserver le souvenir de notre charmant petit voyage à travers la Forêt-Noire.» (Lettres de Juliette , Har Po, 1985.)