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Il ne tutoyait plus Gauvain.

III LES VOTES

Gauvain se leva.

– Comment vous nommez-vous? demanda Cimourdain.

Gauvain répondit:

– Gauvain.

Cimourdain continua l’interrogatoire.

– Qui êtes-vous?

– Je suis commandant en chef de la colo

– Êtes-vous parent ou allié de l’homme évadé?

– Je suis son petit-neveu.

– Vous co

– J’en vois l’affiche sur votre table.

– Qu’avez-vous à dire sur ce décret?

– Que je l’ai contresigné, que j’en ai ordo

– Faites choix d’un défenseur.

– Je me défendrai moi-même.

– Vous avez la parole.

Cimourdain était redevenu impassible. Seulement son impassibilité ressemblait moins au calme d’un homme qu’à la tranquillité d’un rocher.

Gauvain demeura un moment silencieux et comme recueilli.

Cimourdain reprit:

– Qu’avez-vous à dire pour votre défense?

Gauvain leva lentement la tête, ne regarda perso

– Ceci: une chose m’a empêché d’en voir une autre; une bo

– Est-ce là, repartit Cimourdain, tout ce que vous avez à dire pour votre défense?

– J’ajoute qu’étant le chef, je devais l’exemple, et qu’à votre tour, étant les juges, vous le devez.

– Quel exemple demandez-vous?

– Ma mort.

– Vous la trouvez juste?

– Et nécessaire.

– Asseyez-vous.

Le fourrier, commissaire-auditeur, se leva et do

Ces lectures faites, le commissaire-auditeur se rassit.

Cimourdain croisa les bras et dit:

– Accusé, soyez attentif. Public, écoutez, regardez, et taisez-vous. Vous avez devant vous la loi. Il va être procédé au vote. La sentence sera rendue à la majorité simple. Chaque juge opinera à son tour, à haute voix, en présence de l’accusé, la justice n’ayant rien à cacher.

Cimourdain continua:

– La parole est au premier juge. Parlez, capitaine Guéchamp.

Le capitaine Guéchamp ne semblait voir ni Cimourdain, ni Gauvain. Ses paupières abaissées cachaient ses yeux immobiles fixés sur l’affiche du décret et la considérant comme on considérerait un gouffre.

Il dit:

– La loi est formelle. Un juge est plus et moins qu’un homme; il est moins qu’un homme, car il n’a pas de cœur; il est plus qu’un homme, car il a le glaive. L’an 414 de Rome, Manlius fit mourir son fils pour le crime d’avoir vaincu sans son ordre. La discipline violée voulait une expiation. Ici, c’est la loi qui a été violée; et la loi est plus haute encore que la discipline. Par suite d’un accès de pitié, la patrie est remise en danger. La pitié peut avoir les proportions d’un crime. Le commandant Gauvain a fait évader le rebelle Lantenac. Gauvain est coupable. Je vote la mort.

– Écrivez, greffier, dit Cimourdain.

Le greffier écrivit: «Capitaine Guéchamp: la mort.»

Gauvain éleva la voix.

– Guéchamp, dit-il, vous avez bien voté, et je vous remercie.

Cimourdain reprit:

– La parole est au deuxième juge. Parlez, sergent Radoub.

Radoub se leva, se tourna vers Gauvain et fit à l’accusé le salut militaire. Puis il s’écria:

– Si c’est ça, alors, guillotinez-moi, car j’en do

Et Radoub se rassit. Sa blessure s’était rouverte.

Un filet de sang qui sortait du bandeau coulait le long de son cou, de l’endroit où avait été son oreille.

Cimourdain se tourna vers Radoub.

– Vous votez pour que l’accusé soit absous?

– Je vote, dit Radoub, pour qu’on le fasse général.

– Je vous demande si vous votez pour qu’il soit acquitté.

– Je vote pour qu’on le fasse le premier de la république.

– Sergent Radoub, votez-vous pour que le commandant Gauvain soit acquitté, oui ou non?

– Je vote pour qu’on me coupe la tête à sa place.

– Acquittement, dit Cimourdain. Écrivez, greffier.

Le greffier écrivit: «Sergent Radoub: acquittement.»

Puis le greffier dit:

– Une voix pour la mort. Une voix pour l’acquittement. Partage.

C’était à Cimourdain de voter.

Il se leva. Il ôta son chapeau et le posa sur la table.

Il n’était plus pâle ni livide. Sa face était couleur de terre.

Tous ceux qui étaient là eussent été couchés dans des suaires que le silence n’eût pas été plus profond.

Cimourdain dit d’une voix grave, lente et ferme: