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Il s’était borné à ôter son épée, dont il avait débouclé et jeté le ceinturon.

Quand Halmalo et le marquis débouchèrent du couloir dans la fissure, les cinq autres, Guinoiseau, Hoisnard Branche-d’Or, Brin-d’Amour, Chatenay et l’abbé Turmeau, n’y étaient déjà plus.

– Ils n’ont pas été longtemps à prendre leur volée, dit Halmalo.

– Fais comme eux, dit le marquis.

– Monseigneur veut que je le quitte?

– Sans doute. Je te l’ai dit déjà. On ne s’évade bien que seul. Où un passe, deux ne passent pas. Ensemble nous appellerions l’attention. Tu me ferais prendre et je te ferais prendre.

– Monseigneur co

– Oui.

– Monseigneur maintient le rendez-vous à la Pierre-Gauvaine?

– Demain. À midi.

– J’y serai. Nous y serons.

Halmalo s’interrompit.

– Ah! monseigneur, quand je pense que nous avons été en pleine mer, que nous étions seuls, que je voulais vous tuer, que vous étiez mon seigneur, que vous pouviez me le dire, et que vous ne me l’avez pas dit! Quel homme vous êtes!

Le marquis reprit:

– L’Angleterre. Il n’y a plus d’autre ressource. Il faut que dans quinze jours les Anglais soient en France.

– J’aurai bien des comptes à rendre à monseigneur. J’ai fait ses commissions.

– Nous parlerons de tout cela demain.

– À demain, monseigneur.

– À propos, as-tu faim?

– Peut-être, monseigneur. J’étais si pressé d’arriver que je ne sais pas si j’ai mangé aujourd’hui.

Le marquis tira de sa poche une tablette de chocolat, la cassa en deux, en do

– Monseigneur, dit Halmalo, à votre droite, c’est le ravin; à votre gauche, c’est la forêt.

– C’est bien. Laisse-moi. Va de ton côté.

Halmalo obéit. Il s’enfonça dans l’obscurité. On entendit un bruit de broussailles froissées, puis plus rien. Au bout de quelques secondes il eût été impossible de ressaisir sa trace. Cette terre du Bocage, hérissée et inextricable, était l’auxiliaire du fugitif. On ne disparaissait pas, on s’évanouissait. C’est cette facilité des dispersions rapides qui faisait hésiter nos armées devant cette Vendée toujours reculante, et devant ses combattants si formidablement fuyards.

Le marquis demeura immobile. Il était de ces hommes qui s’efforcent de ne rien éprouver; mais il ne put se soustraire à l’émotion de respirer l’air libre après avoir respiré tant de sang et de carnage. Se sentir complètement sauvé après avoir été complètement perdu; après la tombe, vue de si près, prendre possession de la pleine sécurité; sortir de la mort et rentrer dans la vie, c’était là, même pour un homme comme Lantenac, une secousse; et, bien qu’il en eût déjà traversé de pareilles, il ne put soustraire son âme imperturbable à un ébranlement de quelques instants. Il s’avoua à lui-même qu’il était content. Il dompta vite ce mouvement qui ressemblait presque à de la joie. Il tira sa montre, et la fit so

À son grand éto

En y réfléchissant, c’est le contraire qui eût pu éto

Cependant il était temps de s’en aller, Halmalo devait être loin, et le marquis jugea qu’il n’était pas nécessaire de rester là plus longtemps. Il remit sa montre dans sa veste, non dans la même poche, car il venait de remarquer qu’elle y était en contact avec la clef de la porte de fer que lui avait rapportée l’Imânus, et que le verre de sa montre pouvait se briser contre cette clef; et il se disposa à gagner à son tour la forêt. Comme il allait prendre à gauche, il lui sembla qu’une sorte de rayon vague pénétrait jusqu’à lui.

Il se retourna, et, à travers les broussailles nettement découpées sur un fond rouge et devenues tout à coup visibles dans leurs moindres détails, il aperçut une grande lueur dans le ravin. Quelques enjambées seulement le séparaient du ravin. Il y marcha, puis se ravisa, trouvant inutile de s’exposer à cette clarté; quelle qu’elle fût, ce n’était pas son affaire après tout; il reprit la direction que lui avait montrée Halmalo et fit quelques pas vers la forêt.

Tout à coup, profondément enfoui et caché sous les ronces, il entendit sur sa tête un cri terrible; ce cri semblait partir du rebord même du plateau au-dessus du ravin. Le marquis leva les yeux, et s’arrêta.

LIVRE V. IN DAEMONE DEUS

I TROUVÉS, MAIS PERDUS

Au moment où Michelle Fléchard avait aperçu la tour rougie par le soleil couchant, elle en était à plus d’une lieue. Elle qui pouvait à peine faire un pas, elle n’avait point hésité devant cette lieue à faire. Les femmes sont faibles, mais les mères sont fortes. Elle avait marché.

Le soleil s’était couché; le crépuscule était venu, puis l’obscurité profonde; elle avait entendu, marchant toujours, so

Elle avançait droit devant elle, cassant les ajoncs et les landes aiguës sous ses pieds sanglants. Elle était guidée par une faible clarté qui se dégageait du donjon lointain, le faisait saillir, et do

Le vaste plateau où avançait Michelle Fléchard n’était qu’herbe et bruyère, sans une maison ni un arbre; il s’élevait insensiblement, et, à perte de vue, appuyait sa longue ligne droite et dure sur le sombre horizon étoilé. Ce qui la soutint dans cette montée, c’est qu’elle avait toujours la tour sous les yeux.

Elle la voyait grandir lentement.

Les détonations étouffées et les lueurs pâles qui sortaient de la tour avaient, nous venons de le dire, des intermittences; elles s’interrompaient, puis reprenaient, proposant on ne sait quelle poignante énigme à la misérable mère en détresse.

Brusquement elles cessèrent; tout s’éteignit, bruit et clarté; il y eut un moment de plein silence, une sorte de paix lugubre se fit.

C’est en cet instant-là que Michelle Fléchard arriva au bord du plateau.

Elle aperçut à ses pieds un ravin dont le fond se perdait dans une blême épaisseur de nuit; à quelque distance, sur le haut du plateau, un enchevêtrement de roues, de talus et d’embrasures qui était une batterie de canons, et devant elle, confusément éclairé par les mèches allumées de la batterie, un énorme édifice qui semblait bâti avec des ténèbres plus noires que toutes les autres ténèbres qui l’entouraient.

Cet édifice se composait d’un pont dont les arches plongeaient dans le ravin, et d’une sorte de château qui s’élevait sur le pont, et le château et le pont s’appuyaient à une haute rondeur obscure, qui était la tour vers laquelle cette mère avait marché de si loin.

On voyait des clartés aller et venir aux lucarnes de la tour, et, à une rumeur qui en sortait, on la devinait pleine d’une foule d’hommes dont quelques silhouettes débordaient en haut jusque sur la plate-forme.

Il y avait près de la batterie un campement dont Michelle Fléchard distinguait les vedettes, mais, dans l’obscurité et dans les broussailles, elle n’en avait pas été aperçue.

Elle était parvenue au bord du plateau, si près du pont qu’il lui semblait presque qu’elle y pouvait toucher avec la main. La profondeur du ravin l’en séparait. Elle distinguait dans l’ombre les trois étages du château du pont.

Elle resta un temps quelconque, car les mesures du temps s’effaçaient dans son esprit, absorbée et muette devant ce ravin béant et cette bâtisse ténébreuse. Qu’était-ce que cela? Que se passait-il là? Était-ce la Tourgue? Elle avait le vertige d’on ne sait quelle attente qui ressemblait à l’arrivée et au départ. Elle se demandait pourquoi elle était là.

Elle regardait, elle écoutait.

Subitement elle ne vit plus rien.

Un voile de fumée venait de monter entre elle et ce qu’elle regardait. Une âcre cuisson lui fit fermer les yeux. À peine avait-elle clos les paupières qu’elles s’empourprèrent et devinrent lumineuses. Elle les rouvrit.