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– Il est de Ruillé.
– Oui, c’est Branche-d’Or.
– Il a eu son frère tué à l’attaque de Pontorson.
– Oui, Hoisnard-Malo
– Un beau jeune homme de dix-neuf ans.
– Attention, dit le crieur. Voici la fin de la liste:
– «… Belle-Vigne, brigand. – La Musette, brigand. – Sabre-tout, brigand. – Brin-d’Amour, brigand…»
Un garçon poussa le coude d’une fille. La fille sourit.
Le crieur continua:
– «… Chante-en-hiver, brigand. – Le Chat, brigand…»
Un paysan dit:
– C’est Moulard.
– «… Tabouze, brigand…»
Un paysan dit:
– C’est Gauffre.
– Ils sont deux, les Gauffre, ajouta une femme.
– Tous des bons, grommela un gars.
Le crieur secoua l’affiche et le tambour battit un ban.
Le crieur reprit sa lecture:
– «… Les susnommés, en quelque lieu qu’ils soient saisis, et après l’identité constatée, seront immédiatement mis à mort.»
Il y eut un mouvement.
Le crieur poursuivit:
– «… Quiconque leur do
Le silence devint profond.
– «… Signé: le délégué du Comité de salut public, CIMOURDAIN.»
– Un prêtre, dit un paysan.
– L’ancien curé de Parigné, dit un autre.
Un bourgeois ajouta:
– Turmeau et Cimourdain. Un prêtre blanc et un prêtre bleu.
– Tous deux noirs, dit un autre bourgeois.
Le maire, qui était sur le balcon, souleva son chapeau, et cria:
– Vive la république!
Un roulement de tambour a
– Attention, dit-il. Voici les quatre dernières lignes de l’affiche du gouvernement. Elles sont signées du chef de la colo
– Écoutez! dirent les voix de la foule.
Et le crieur lut:
– «Sous peine de mort…»
Tous se turent.
– «… Défense est faite, en exécution de l’ordre ci-dessus, de porter aide et secours aux dix-neuf rebelles susnommés qui sont à cette heure investis et cernés dans la Tourgue.»
– Hein? dit une voix.
C’était une voix de femme. C’était la voix de la mère.
III BOURDONNEMENT DE PAYSANS
Michelle Fléchard était mêlée à la foule. Elle n’avait rien écouté, mais ce qu’on n’écoute pas, on l’entend. Elle avait entendu ce mot, la Tourgue. Elle dressait la tête.
– Hein? répéta-t-elle, la Tourgue?
On la regarda. Elle avait l’air égaré. Elle était en haillons. Des voix murmurèrent: – Ça a l’air d’une brigande.
Une paysa
– Taisez-vous.
Michelle Fléchard considéra cette femme avec stupeur. De nouveau, elle ne comprenait plus. Ce nom, la Tourgue, avait passé comme un éclair, et la nuit se refaisait. Est-ce qu’elle n’avait pas le droit de s’informer? Qu’est-ce qu’on avait donc à la regarder ainsi?
Cependant le tambour avait battu un dernier ban, l’afficheur avait collé l’affiche, le maire était rentré dans la mairie, le crieur était parti pour quelque autre village, et l’attroupement se dispersait.
Un groupe était resté devant l’affiche. Michelle Fléchard alla à ce groupe.
On commentait les noms des hommes mis hors la loi.
Il y avait là des paysans et des bourgeois; c’est-à-dire des blancs et des bleus.
Un paysan disait:
– C’est égal, ils ne tie
– Ni Lorieul, de Monjean, dit un autre.
D’autres ajoutèrent:
– Ni Brice-Denys.
– Ni François Dudouet.
– Oui, celui de Laval.
– Ni Huet, de Launey-Villiers.
– Ni Grégis.
– Ni Pilon.
– Ni Filleul.
– Ni Ménicent.
– Ni Guéharrée.
– Ni les trois frères Logerais.
– Ni M. Lechandelier de Pierreville.
– Imbéciles! dit un vieux sévère à cheveux blancs. Ils ont tout, s’ils ont Lantenac.
– Ils ne l’ont pas encore, murmura un des jeunes.
Le vieillard répliqua:
– Lantenac pris, l’âme est prise. Lantenac mort, la Vendée est tuée.
– Qu’est-ce que c’est donc que ce Lantenac? demanda un bourgeois.
Un bourgeois répondit:
– C’est un ci-devant.
Et un autre reprit:
– C’est un de ceux qui fusillent les femmes.
Michelle Fléchard entendit, et dit:
– C’est vrai.
On se retourna.
Et elle ajouta:
– Puisqu’on m’a fusillée.
Le mot était singulier; il fit l’effet d’une vivante qui se dit morte. On se mit à l’examiner, un peu de travers.
Elle était inquiétante à voir en effet, tressaillant de tout, effarée, frisso
– Taisez-vous donc, et allez-vous-en, lui dit tout bas la bo
Michelle Fléchard répondit:
– Je ne fais pas de mal. Je cherche mes enfants.
La bo
– C’est une i
Puis elle la prit à part, et lui do
Michelle Fléchard, sans remercier, mordit avidement dans la galette.
– Oui, dirent les paysans, elle mange comme une bête, c’est une i
Et le reste du rassemblement se dissipa. Tous s’en allèrent l’un après l’autre.
Quand Michelle Fléchard eut mangé, elle dit à la paysa
– C’est bon, j’ai mangé. Maintenant, la Tourgue?
– Voilà que ça la reprend! s’écria la paysa
– Il faut que j’aille à la Tourgue. Dites-moi le chemin de la Tourgue.
– Jamais! dit la paysa
– Je ne me repose pas, dit la mère.
– Elle a les pieds tout écorchés, murmura la paysa
Michelle Fléchard reprit:
– Puisque je vous dis qu’on m’a volé mes enfants. Une petite fille et deux petits garçons. Je viens du carnichot qui est dans la forêt. On peut parler de moi à Tellmarch-le-Caimand. Et puis à l’homme que j’ai rencontré dans le champ là-bas. C’est le caimand qui m’a guérie. Il paraît que j’avais quelque chose de cassé. Tout cela, ce sont des choses qui sont arrivées. Il y a encore le sergent Radoub. On peut lui parler. Il dira. Puisque c’est lui qui nous a rencontrés dans un bois. Trois. Je vous dis trois enfants. Même que l’aîné s’appelle René-Jean. Je puis prouver tout cela. L’autre s’appelle Gros-Alain, et l’autre s’appelle Georgette. Mon mari est mort. On l’a tué. Il était métayer à Siscoignard. Vous avez l’air d’une bo