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Un jour, cette séance a eu pour témoin le vieux Buonarotti, Robespierre prend la parole et parle deux heures, regardant Danton, tantôt fixement, ce qui était grave, tantôt obliquement, ce qui était pire. Il foudroie à bout portant. Il termine par une explosion indignée, pleine de mots funèbres: – On co
Cadet Roussel fait des discours
Qui ne sont pas longs quand ils sont courts.
Les imprécations se do
Tous ces hommes! tas de fumées poussées dans tous les sens.
XI
Esprits en proie au vent.
Mais ce vent était un vent de prodige.
Être un membre de la Convention, c’était être une vague de l’Océan. Et ceci était vrai des plus grands. La force d’impulsion venait d’en haut. Il y avait dans la Convention une volonté qui était celle de tous et n’était celle de perso
La révolution est une action de l’Inco
La Révolution est une forme du phénomène immanent qui nous presse de toutes parts et que nous appelons la Nécessité.
Devant cette mystérieuse complication de bienfaits et de souffrances se dresse le Pourquoi? de l’histoire.
Parce que . Cette réponse de celui qui ne sait rien est aussi la réponse de celui qui sait tout.
En présence de ces catastrophes climatériques qui dévastent et vivifient la civilisation, on hésite à juger le détail. Blâmer ou louer les hommes à cause du résultat, c’est presque comme si on louait ou blâmait les chiffres à cause du total. Ce qui doit passer passe, ce qui doit souffler souffle. La sérénité éternelle ne souffre pas de ces aquilons. Au-dessus des révolutions la vérité et la justice demeurent comme le ciel étoilé au-dessus des tempêtes.
XII
Telle était cette Convention démesurée; camp retranché du genre humain attaqué par toutes les ténèbres à la fois, feux nocturnes d’une armée d’idées assiégées, immense bivouac d’esprits sur un versant d’abîme. Rien dans l’histoire n’est comparable à ce groupe, à la fois sénat et populace, conclave et carrefour, aréopage et place publique, tribunal et accusé.
La Convention a toujours ployé au vent; mais ce vent sortait de la bouche du peuple et était le souffle de Dieu.
Et aujourd’hui, après quatre-vingts ans écoulés, chaque fois que devant la pensée d’un homme, quel qu’il soit, historien ou philosophe, la Convention apparaît, cet homme s’arrête et médite. Impossible de ne pas être attentif à ce grand passage d’ombres.
II MARAT DANS LA COULISSE
Comme il l’avait a
Il y avait à la Convention un marquis maratiste, Louis de Montaut, celui qui plus tard offrit à la Convention une pendule décimale surmontée du buste de Marat.
Au moment où Marat entrait, Chabot venait de s’approcher de Montaut.
– Ci-devant… dit-il.
Montaut leva les yeux.
– Pourquoi m’appelles-tu ci-devant?
– Parce que tu l’es.
– Moi?
– Puisque tu étais marquis.
– Jamais.
– Bah!
– Mon père était soldat, mon grand-père était tisserand.
– Qu’est-ce que tu nous chantes là, Montaut?
– Je ne m’appelle pas Montaut.
– Comment donc t’appelles-tu?
– Je m’appelle Maribon.
– Au fait, dit Chabot, cela m’est égal.
Et il ajouta entre ses dents:
– C’est à qui ne sera pas marquis.
Marat s’était arrêté dans le couloir de gauche et regardait Montaut et Chabot.
Toutes les fois que Marat entrait, il y avait une rumeur; mais loin de lui. Autour de lui on se taisait. Marat n’y prenait pas garde. Il dédaignait le «coassement du marais».
Dans la pénombre des bancs obscurs d’en bas, Conpé de l’Oise, Prunelle, Villars, évêque, qui plus tard fut membre de l’Académie française, Boutroue, Petit, Plaichard, Bonet, Thibaudeau, Valdruche, se le montraient du doigt.
– Tiens, Marat!
– Il n’est donc pas malade?
– Si, puisqu’il est en robe de chambre.
– En robe de chambre?
– Pardieu oui!
– Il se permet tout!
– Il ose venir ainsi à la Convention!
– Puisqu’un jour il y est venu coiffé de lauriers, il peut bien y venir en robe de chambre!
– Face de cuivre et dents de vert-de-gris.
– Sa robe de chambre paraît neuve.
– En quoi est-elle?
– En reps.
– Rayé.
– Regardez donc les revers.
– Ils sont en peau.
– De tigre.
– Non, d’hermine.
– Fausse.
– Et il a des bas!
– C’est étrange.
– Et des souliers à boucles.
– D’argent!
– Voilà ce que les sabots de Camboulas ne lui pardo
Sur d’autres bancs on affectait de ne pas voir Marat. On causait d’autre chose. Santhonax abordait Dussaulx.
– Vous savez, Dussaulx?
– Quoi?
– Le ci-devant comte de Brie
– Qui était à la Force avec le ci-devant duc de Villeroy?
– Oui.
– Je les ai co
– Ils avaient si grand’peur qu’ils saluaient tous les bo
– Eh bien?
– On les a guillotinés hier.
– Tous les deux?
– Tous les deux.
– En somme, comment avaient-ils été dans la prison?
– Lâches.
– Et comment ont-ils été sur l’échafaud?
– Intrépides.
Et Dussaulx jetait cette exclamation:
– Mourir est plus facile que vivre.
Barère était en train de lire un rapport: il s’agissait de la Vendée. Neuf cents hommes du Morbihan étaient partis avec du canon pour secourir Nantes. Redon était menacé par les paysans. Paimbœuf était attaqué. Une station navale croisait à Maindrin pour empêcher les descentes. Depuis Ingrande jusqu’à Maure, toute la rive gauche de la Loire était hérissée de batteries royalistes. Trois mille paysans étaient maîtres de Pornic. Ils criaient Vivent les Anglais! Une lettre de Santerre à la Convention, que Barère lisait, se terminait ainsi: «Sept mille paysans ont attaqué Va