Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 13 из 79

– Une fois, avec ma ferte, j’ai tenu tête à trois gabeloux qui avaient des sabres.

– Quand ça?

– Il y a dix ans.

– Sous le roi?

– Mais oui.

– Tu t’es donc battu sous le roi?

– Mais oui.

– Contre qui?

– Ma foi, je ne sais pas. J’étais faux-saulnier.

– C’est bien.

– On appelait cela se battre contre les gabelles. Les gabelles, est-ce que c’est la même chose que le roi?

– Oui. Non. Mais il n’est pas nécessaire que tu compre

– Je demande pardon à monseigneur d’avoir fait une question à monseigneur.

– Continuons. Co

– Si je co

– Comment?

– Oui, puisque je suis de Parigné.

– En effet, la Tourgue est voisine de Parigné.

– Si je co

– Quelle passe souterraine? Je ne sais pas ce que tu veux dire.

– C’était pour autrefois, dans les temps, quand la Tourgue était assiégée. Les gens du dedans pouvaient se sauver dehors en passant par un passage sous terre qui va aboutir à la forêt.

– En effet, il y a un passage souterrain de ce genre au château de la Jupellière, et au château de la Hunaudaye, et à la tour de Champéon; mais il n’y a rien de pareil à la Tourgue.

– Si fait, monseigneur. Je ne co

Le vieillard demeura un moment silencieux.

– Tu te trompes évidemment; s’il y avait un tel secret, je le saurais.

– Monseigneur, j’en suis sûr. Il y a une pierre qui tourne.

– Ah bon! Vous autres paysans, vous croyez aux pierres qui tournent, aux pierres qui chantent, aux pierres qui vont boire la nuit au ruisseau d’à côté. Tas de contes.

– Mais puisque je l’ai fait tourner, la pierre…

– Comme d’autres l’ont entendue chanter. Camarade, la Tourgue est une bastille sûre et forte, facile à défendre; mais celui qui compterait sur une issue souterraine pour s’en tirer serait naïf.

– Mais, monseigneur…

Le vieillard haussa les épaules.

– Ne perdons pas de temps, parlons de nos affaires.

Ce ton péremptoire coupa court à l’insistance de Halmalo.

Le vieillard reprit:

– Poursuivons. Écoute. De Rougefeu, tu iras au bois de Montchevrier, où est Bénédicité, qui est le chef des Douze. C’est encore un bon. Il dit son Benedicite pendant qu’il fait arquebuser les gens. En guerre, pas de sensiblerie. De Montchevrier, tu iras…

Il s’interrompit.

– J’oubliais l’argent.

Il prit dans sa poche et mit dans la main de Halmalo une bourse et un portefeuille.

– Voilà dans ce portefeuille trente mille francs en assignats, quelque chose comme trois livres dix sous; il faut dire que les assignats sont faux, mais les vrais valent juste autant; et voici dans cette bourse, attention, cent louis en or. Je te do

– Comme mon Pater .

– Tu verras M. Dubois-Guy à Saint-Brice-en-Cogle, M. de Turpin, à Mora

– Est-ce qu’un prince me parlera?

– Puisque je te parle.

Halmalo ôta son chapeau.

– Tout le monde te recevra bien en voyant cette fleur de lys de Madame. N’oublie pas qu’il faut que tu ailles dans des endroits où il y a des montagnards et des patauds. Tu te déguiseras. C’est facile. Ces républicains sont si bêtes, qu’avec un habit bleu, un chapeau à trois cornes et une cocarde tricolore on passe partout. Il n’y a plus de régiments, il n’y a plus d’uniformes, les corps n’ont pas de numéros; chacun met la guenille qu’il veut. Tu iras à Saint-Mhervé. Tu y verras Gaulier, dit Grand-Pierre. Tu iras au canto

Il s’interrompit.

– Halmalo, je te dis tout cela. Tu ne comprends pas les mots, mais tu comprends les choses. J’ai pris confiance en toi en te voyant manœuvrer le canot; tu ne sais pas la géométrie, et tu fais des mouvements de mer surprenants; qui sait mener une barque peut piloter une insurrection; à la façon dont tu as manié l’intrigue de la mer, j’affirme que tu te tireras bien de toutes mes commissions. Je reprends. Tu diras donc ceci aux chefs, à peu près, comme tu pourras, mais ce sera bien. J’aime mieux la guerre des forêts que la guerre des plaines; je ne tiens pas à aligner cent mille paysans sous la mitraille des soldats bleus et sous l’artillerie de monsieur Carnot; avant un mois je veux avoir cinq cent mille tueurs embusqués dans les bois. L’armée républicaine est mon gibier. Braco

– Oui. Il faut tout mettre à feu et à sang.

– C’est ça.

– Pas de quartier.

– À perso

– J’irai partout.

– Et prends garde. Car dans ce pays-ci on est facilement un homme mort.

– La mort, cela ne me regarde point. Qui fait son premier pas use peut-être ses derniers souliers.

– Tu es un brave.

– Et si l’on me demande le nom de monseigneur?

– On ne doit pas le savoir encore. Tu diras que tu ne le sais pas, et ce sera la vérité.

– Où reverrai-je monseigneur?

– Où je serai.