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– Chevalier, lui cria le capitaine, nous sommes en présence de trois cent quatre-vingts pièces de canon.

– Soit, dit La Vieuville.

– Vous revenez de l’inspection, La Vieuville; combien décidément avons-nous de pièces en état de faire feu?

– Neuf.

– Soit, dit à son tour Boisberthelot.

Il reprit la longue-vue des mains du pilote, et regarda l’horizon.

Les huit navires silencieux et noirs semblaient immobiles, mais ils grandissaient.

Ils se rapprochaient insensiblement.

La Vieuville fit le salut militaire.

– Commandant, dit La Vieuville, voici mon rapport. Je me défiais de cette corvette Claymore . C’est toujours e

– Parce qu’il n’y a plus que neuf pièces, murmura le capitaine.

Boisberthelot braqua sa longue-vue sur l’horizon.

La lente approche de l’escadre continuait.

Les caronades ont un avantage, trois hommes suffisent pour les manœuvrer; mais elles ont un inconvénient, elles portent moins loin et tirent moins juste que les canons. Il fallait donc laisser arriver l’escadre à portée de caronade.

Le capitaine do

Puis on embossa la corvette. Elle avait six ancres comme une frégate. On les mouilla toutes les six; l’ancre de veille à l’avant, l’ancre de toue à l’arrière, l’ancre de flot du côté du large, l’ancre de jusant du côté des brisants, l’ancre d’affourche à tribord et la maîtresse-ancre à bâbord.

Les neuf caronades qui restaient vivantes furent mises en batterie toutes les neuf d’un seul côté, du côté de l’e

L’escadre, non moins silencieuse, avait, elle aussi, complété sa manœuvre. Les huit bâtiments formaient maintenant un demi-cercle dont les Minquiers faisaient la Corde. La Claymore , enfermée dans ce demi-cercle, et d’ailleurs garrottée par ses propres ancres, était adossée à l’écueil, c’est-à-dire au naufrage.

C’était comme une meute autour d’un sanglier, ne do

Il semblait de part et d’autre qu’on s’attendait.

Les cano

Boisberthelot dit à La Vieuville:

– Je tiendrais à commencer le feu.

– Plaisir de coquette, dit La Vieuville.

IX QUELQU’UN ÉCHAPPE

Le passager n’avait pas quitté le pont, il observait tout, impassible.

Boisberthelot s’approcha de lui.

– Monsieur, lui dit-il, les préparatifs sont faits. Nous voilà maintenant crampo

Le vieillard fit, de sa tête sévère, un grave signe d’acquiescement.

Le comte du Boisberthelot éleva la voix:

– Soldats et matelots, cria-t-il.

Tous les mouvements s’arrêtèrent, et de tous les points du navire, les visages se tournèrent vers le capitaine.

Il poursuivit:

– L’homme qui est parmi nous représente le roi. Il nous est confié, nous devons le conserver. Il est nécessaire au trône de France; à défaut d’un prince, il sera, c’est du moins notre attente, le chef de la Vendée. C ’est un grand officier de guerre. Il devait aborder en France avec nous, il faut qu’il y aborde sans nous. Sauver la tête, c’est tout sauver.

– Oui! oui! oui! crièrent toutes les voix de l’équipage.

Le capitaine continua:

– Il va courir, lui aussi, de sérieux dangers. Atteindre la côte n’est pas aisé. Il faudrait que le canot fût grand pour affronter la haute mer et il faut qu’il soit petit pour échapper à la croisière. Il s’agit d’aller atterrir à un point quelconque, qui soit sûr, et plutôt du côté de Fougères que du côté de Coutances. Il faut un matelot solide, bon rameur et bon nageur; qui soit du pays et qui co

– Oui! oui! oui! cria l’équipage.

– Il n’y a pas une minute à perdre, reprit le capitaine.

Y a-t-il un homme de bo

Un matelot dans l’obscurité sortit des rangs et dit:

– Moi.

X ÉCHAPPE-T-IL?

Quelques instants après, un de ces petits canots qu’on appelle you-yous et qui sont spécialement affectés au service des capitaines s’éloignait du navire. Dans ce canot, il y avait deux hommes, le vieux passager qui était à l’arrière, et le matelot «de bo

On avait jeté au fond du canot quelques provisions, un sac de biscuits, une langue de bœuf fumée et un baril d’eau.

Au moment où le you-you prit la mer, La Vieuville, goguenard devant le gouffre, se pencha par-dessus l’étambot du gouvernail de la corvette, et ricana cet adieu au canot:

– C’est bon pour s’échapper, et excellent pour se noyer.

– Monsieur, dit le pilote, ne rions plus.

L’écart se fit vite et il y eut promptement bo

Il y avait sur la mer on ne sait quelle sombre attente.

Tout à coup, dans ce vaste et tumultueux silence de l’océan, il s’éleva une voix qui, grossie par le porte-voix comme par le masque d’airain de la tragédie antique, semblait presque surhumaine.

C’était le capitaine Boisberthelot qui prenait la parole.

– Marins du roi, cria-t-il, clouez le pavillon blanc au grand mât. Nous allons voir se lever notre dernier soleil.

Et un coup de canon partit de la corvette.

– Vive le roi! cria l’équipage.

Alors on entendit au fond de l’horizon un autre cri, immense, lointain, confus, distinct pourtant:

– Vive la République!

Et un bruit pareil au bruit de trois cents foudres éclata dans les profondeurs de l’océan.