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IV. Germain le fin laboureur
– Oui, j’ai quelqu’un en vue, répondit le père Maurice. C’est une Léonard, veuve d’un Guérin, qui demeure à Fourche.
– Je ne co
– Elle s’appelle Catherine, comme ta défunte.
– Catherine? Oui, ça me fera plaisir d’avoir à dire ce nom-là: Catherine! Et pourtant, si je ne peux pas l’aimer autant que l’autre, ça me fera encore plus de peine, ça me la rappellera plus souvent.
– Je te dis que tu l’aimeras: c’est un bon sujet, une femme de grand cœur; je ne l’ai pas vue depuis longtemps, elle n’était pas laide fille alors; mais elle n’est plus jeune, elle a trente-deux ans. Elle est d’une bo
– Vous avez donc déjà arrangé tout cela?
– Oui, sauf votre avis à tous les deux; et c’est ce qu’il faudrait vous demander l’un à l’autre, en faisant co
– Oui, je l’ai vu vous parler dans les foires, et à la dernière, vous avez déjeuné ensemble; c’est donc de cela qu’il vous entretenait si longuement?
– Sans doute; il te regardait vendre tes bêtes et il trouvait que tu t’y prenais bien, que tu étais un garçon de bo
– Je vois, père Maurice, que vous tenez un peu aux bo
– Sans doute, j’y tiens. Est-ce que tu n’y tiens pas aussi?
– J’y tiens si vous voulez, pour vous faire plaisir; mais vous savez que, pour ma part, je ne m’embarrasse jamais de ce qui me revient ou ne me revient pas dans nos profits. Je ne m’entends pas à faire des partages et ma tête n’est pas bo
– C’est tant pis, mon fils, et voilà pourquoi j’aimerais que tu eusses une femme de tête pour me remplacer quand je n’y serai plus. Tu n’as jamais voulu voir clair dans nos comptes, et ça pourrait t’amener du désagrément avec mon fils, quand vous ne m’aurez plus pour vous mettre d’accord et vous dire ce qui vous revient à chacun.
– Puissiez-vous vivre longtemps, père Maurice! Mais ne vous inquiétez pas de ce qui sera après vous; jamais je ne me disputerai avec votre fils. Je me fie à Jacques comme à vous-même, et comme je n’ai pas de bien à moi, que tout ce qui peut me revenir provient de votre fille et appartient à nos enfants, je peux être tranquille et vous aussi; Jacques ne voudrait pas dépouiller les enfants de sa sœur pour les siens, puisqu’il les aime quasi autant les uns que les autres.
– Tu as raison en cela, Germain. Jacques est un bon fils, un bon frère et un homme qui aime la vérité. Mais Jacques peut mourir avant toi, avant que vos enfants soient élevés, et il faut toujours songer, dans une famille, à ne pas laisser des mineurs sans un chef pour les bien conseiller et régler leurs différends. Autrement les gens de loi s’en mêlent, les brouillent ensemble et leur font tout manger en procès. Ainsi donc, nous ne devons pas penser à mettre chez nous une perso
– C’est dit, mon père. Je vais tâcher de lui plaire et qu’elle me plaise.
– Pour cela il faut la voir et aller la trouver.
– Dans son endroit? à Fourche? C’est loin d’ici, n’est-ce pas? et nous n’avons guère le temps de courir dans cette saison.
– Quand il s’agit d’un mariage d’amour, il faut s’attendre à perdre du temps; mais quand c’est un mariage de raison entre deux perso
– J’aimerais autant aller à pied, par ce temps frais.
– Oui, mais la jument est belle, et un prétendu qui arrive aussi bien monté a meilleur air. Tu mettras tes habits neufs et tu porteras un joli présent de gibier au père Léonard. Tu arriveras de ma part, tu causeras avec lui, tu passeras la journée du dimanche avec sa fille et tu reviendras avec un oui ou un non lundi matin.
– C’est entendu répondit tranquillement Germain; et pourtant il n’était pas tout à fait tranquille.
Germain avait toujours vécu sagement comme vivent les paysans laborieux. Marié à vingt ans, il n’avait aimé qu’une femme dans sa vie et, depuis son veuvage, quoiqu’il fût d’un caractère impétueux et enjoué, il n’avait ri et folâtré avec aucune autre. Il avait porté fidèlement un véritable regret dans son cœur, et ce n’était pas sans crainte et sans tristesse qu’il cédait à son beau-père; mais le beau-père avait toujours gouverné sagement la famille, et Germain, qui s’était dévoué tout entier à l’œuvre commune et, par conséquent, à celui qui la perso
Néanmoins il était triste. Il se passait peu de jours qu’il ne pleurât sa femme en secret et, quoique la solitude commençât à lui peser, il était plus effrayé de former une union nouvelle que désireux de se soustraire à son chagrin. Il se disait vaguement que l’amour eût pu le consoler, en venant le surprendre, car l’amour ne console pas autrement. On ne le trouve pas quand on le cherche; il vient à nous quand nous ne l’attendons pas. Ce froid projet de mariage que lui montrait le père Maurice, cette fiancée inco
Cependant, le père Maurice était rentré à la métairie tandis que Germain, entre le coucher du soleil et la nuit, occupait la dernière heure du jour à fermer les brèches que les moutons avaient faites à la bordure d’un enclos voisin des bâtiments. Il relevait les tiges d’épine et les soutenait avec des mottes de terre tandis que les grives babillaient dans le buisson voisin et semblaient lui crier de se hâter, curieuses qu’elles étaient de venir examiner son ouvrage aussitôt qu’il serait parti.