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XI. à la belle étoile

– Pour le coup j’y renonce! dit Germain en frappant du pied. On nous a jeté un sort, c’est bien sûr, et nous ne sortirons d’ici qu’au grand jour. Il faut que cet endroit soit endiablé.

– Allons, allons, ne nous fâchons pas, dit Marie, et prenons-en notre parti. Nous ferons un plus grand feu, l’enfant est si bien enveloppé qu’il ne risque rien, et pour passer une nuit dehors nous n’en mourrons point. Où avez-vous caché la bâtine, Germain? Au milieu des houx, grand étourdi! C’est commode pour aller la reprendre!

– Tiens l’enfant, prends-le que je retire son lit des broussailles; je ne veux pas que tu te piques les mains.

– C’est fait, voici le lit, et quelques piqûres ne sont pas des coups de sabre, reprit la brave petite fille.

Elle procéda de nouveau au coucher du petit Pierre, qui était si bien endormi cette fois qu’il ne s’aperçut en rien de ce nouveau voyage. Germain mit tant de bois au feu que toute la forêt en resplendit à la ronde: mais la petite Marie n’en pouvait plus, et quoiqu’elle ne se plaignît de rien, elle ne se soutenait plus sur ses jambes. Elle était pâle et ses dents claquaient de froid et de faiblesse. Germain la prit dans ses bras pour la réchauffer; et l’inquiétude, la compassion, des mouvements de tendresse irrésistible s’emparant de son cœur, firent taire ses sens. Sa langue se délia comme par miracle, et toute honte cessant:

– Marie, lui dit-il, tu me plais, et je suis bien malheureux de ne pas te plaire. Si tu voulais m’accepter pour ton mari, il n’y aurait ni beau-père, ni parents, ni voisins, ni conseils qui pussent m’empêcher de me do

– Si fait, Germain, je vous entends bien, répondit la petite Marie, mais je songe à ce que m’a toujours dit ma mère: c’est qu’une femme de soixante ans est bien à plaindre quand son mari en a soixante-dix ou soixante-quinze, et qu’il ne peut plus travailler pour la nourrir. Il devient infirme et il faut qu’elle le soigne à l’âge où elle commencerait elle-même à avoir grand besoin de ménagement et de repos. C’est ainsi qu’on arrive à finir sur la paille.

– Les parents ont raison de dire cela, j’en conviens, Marie, reprit Germain; mais enfin ils sacrifieraient tout le temps de la jeunesse, qui est le meilleur, à prévoir ce qu’on deviendra à l’âge où l’on n’est plus bon à rien et où il est indifférent de finir d’une manière ou d’une autre. Mais moi, je ne suis pas dans le danger de mourir de faim sur mes vieux jours. Je suis à même d’amasser quelque chose puisque, vivant avec les parents de ma femme, je travaille beaucoup et je ne dépense rien. D’ailleurs, je t’aimerai tant, vois-tu, que ça m’empêchera de vieillir. On dit que quand un homme est heureux, il se conserve, et je sens bien que je suis plus jeune que Bastien pour t’aimer; car il ne t’aime pas, lui, il est trop bête, trop enfant pour comprendre comme tu es jolie et bo

– Germain, répondit Marie, tout éto

– Ce sont là des raisons d’enfant; tu parles tout à fait comme un enfant, Marie!

– Eh bien! oui, je le suis un enfant, dit-elle, et c’est à cause de cela que je crains un homme trop raiso

– Hélas! mon Dieu, que je suis donc à plaindre d’être si maladroit et de dire si mal ce que je pense! s’écria Germain. Marie, vous ne m’aimez pas, voilà le fait; vous me trouvez trop simple et trop lourd. Si vous m’aimiez un peu, vous ne verriez pas si clairement mes défauts. Mais vous ne m’aimez pas, voilà!

– Eh bien! ce n’est pas ma faute, répondit-elle, un peu blessée de ce qu’il ne la tutoyait plus; j’y fais mon possible en vous écoutant, mais plus je m’y essaie et moins je peux me mettre dans la tête que nous devions être mari et femme.

Germain ne répondit pas. Il mit sa tête dans ses deux mains et il fut impossible à la petite Marie de savoir s’il pleurait, s’il boudait ou s’il était endormi. Elle fut un peu inquiète de le voir si morne et de ne pas deviner ce qu’il roulait dans son esprit; mais elle n’osa pas lui parler davantage, et comme elle était trop éto

Quand le jour fut venu et que les bruits de la campagne l’a

– à présent, Marie, dit-il, nous allons tâcher d’achever notre voyage. Veux-tu que je te conduise aux Ormeaux?

– Nous sortirons du bois ensemble, lui répondit-elle, et quand nous saurons où nous sommes, nous irons chacun de notre côté.

Germain ne répondit pas. Il était blessé de ce que la jeune fille ne lui demandait pas de la mener jusqu’aux Ormeaux, et il ne s’apercevait pas qu’il le lui avait offert d’un ton qui semblait provoquer un refus.

Un bûcheron qu’ils rencontrèrent au bout de deux cents pas les mit dans le bon chemin et leur dit qu’après avoir passé la grande prairie ils n’avaient qu’à prendre, l’un tout droit, l’autre sur la gauche, pour gagner leurs différents gîtes, qui étaient d’ailleurs si voisins qu’on voyait distinctement les maisons de Fourche de la ferme des Ormeaux et réciproquement.

Puis, quand ils eurent remercié et dépassé le bûcheron, celui-ci les rappela pour leur demander s’ils n’avaient pas perdu un cheval.

– J’ai trouvé, leur dit-il, une belle jument grise dans ma cour, où peut-être le loup l’aura forcée de chercher un refuge. Mes chiens ont jappé à nuitée, et au point du jour j’ai vu la bête chevaline sous mon hangar; elle y est encore. Allons-y, et si vous la reco

Germain, ayant do

– Il est un peu malpropre après la nuit que nous avons passée, dit-elle. Je nettoierai ses habits, je laverai son joli museau, je le peignerai, et quand il sera beau et brave, vous pourrez le présenter à votre nouvelle famille.

– Et qui te dit que je veuille aller à Fourche? répondit Germain avec humeur. Peut-être n’irai-je pas!