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Le moins heureux n’était pas le grand-père. Il restait des quarts d’heure en contemplation devant Cosette.

– L’admirable jolie fille! s’écriait-il. Et elle a l’air si douce et si bo

Cosette et Marius étaient passés brusquement du sépulcre au paradis. La transition avait été peu ménagée, et ils en auraient été étourdis s’ils n’en avaient été éblouis.

– Comprends-tu quelque chose à cela? disait Marius à Cosette.

– Non, répondait Cosette, mais il me semble que le bon Dieu nous regarde.

Jean Valjean fit tout, aplanit tout, concilia tout, rendit tout facile. Il se hâtait vers le bonheur de Cosette avec autant d’empressement, et, en apparence, de joie, que Cosette elle-même.

Comme il avait été maire, il sut résoudre un problème délicat, dans le secret duquel il était seul, l’état civil de Cosette. Dire crûment l’origine, qui sait? cela eût pu empêcher le mariage. Il tira Cosette de toutes les difficultés. Il lui arrangea une famille de gens morts, moyen sûr de n’encourir aucune réclamation. Cosette était ce qui restait d’une famille éteinte. Cosette n’était pas sa fille à lui, mais la fille d’un autre Fauchelevent. Deux frères Fauchelevent avaient été jardiniers au couvent du Petit-Picpus. On alla à ce couvent; les meilleurs renseignements et les plus respectables témoignages abondèrent; les bo

Quant aux cinq cent quatre-vingt-quatre mille francs, c’était un legs fait à Cosette par une perso

Cosette apprit qu’elle n’était pas la fille de ce vieux homme qu’elle avait si longtemps appelé père. Ce n’était qu’un parent; un autre Fauchelevent était son père véritable. Dans tout autre moment, cela l’eût navrée. Mais à l’heure ineffable où elle était, ce ne fut qu’un peu d’ombre, un rembrunissement, et elle avait tant de joie que ce nuage dura peu. Elle avait Marius. Le jeune homme arrivait, le bonhomme s’effaçait; la vie est ainsi.

Et puis, Cosette était habituée depuis de longues a

Elle continua pourtant de dire à Jean Valjean: Père.

Cosette, aux anges, était enthousiasmée du père Gillenormand. Il est vrai qu’il la comblait de madrigaux et de cadeaux. Pendant que Jean Valjean construisait à Cosette une situation normale dans la société et une possession d’état inattaquable, M. Gillenormand veillait à la corbeille de noces. Rien ne l’amusait comme d’être magnifique. Il avait do

Il dévalisait ses respectables commodes de laque de Coromandel à panse bombée qui n’avaient pas été ouvertes depuis des ans. – Confessons ces douairières, disait-il; voyons ce qu’elles ont dans la bedaine. Il violait bruyamment des tiroirs ventrus pleins des toilettes de toutes ses femmes, de toutes ses maîtresses [75] , et de toutes ses aïeules. Pékins, damas, lampas, moires peintes, robes de gros de Tours flambé, mouchoirs des Indes brodés d’un or qui peut se laver, dauphines sans envers en pièces, points de Gênes et d’Alençon, parures en vieille orfèvrerie, bonbo

L’ivresse des amoureux n’était égalée, nous l’avons dit, que par l’extase du grand-père. Il y avait comme une fanfare dans la rue des Filles-du-Calvaire.

Chaque matin, nouvelle offrande de bric-à-brac du grand-père à Cosette. Tous les falbalas possibles s’épanouissaient splendidement autour d’elle.

Un jour Marius, qui, volontiers, causait gravement à travers son bonheur, dit à propos de je ne sais quel incident:

– Les hommes de la révolution sont tellement grands, qu’ils ont déjà le prestige des siècles, comme Caton et comme Phocion, et chacun d’eux semble une mémoire antique.

– Moire antique! s’écria le vieillard. Merci, Marius. C’est précisément l’idée que je cherchais.

Et le lendemain une magnifique robe de moire antique couleur thé s’ajoutait à la corbeille de Cosette.

Le grand-père extrayait de ces chiffons une sagesse.

– L’amour, c’est bien; mais il faut cela avec. Il faut de l’inutile dans le bonheur. Le bonheur, ce n’est que le nécessaire. Assaiso

M. Gillenormand déraiso

– Vous ignorez l’art des fêtes. Vous ne savez pas faire un jour de joie dans ce temps-ci, s’écriait-il. Votre dix-neuvième siècle est veule. Il manque d’excès. Il ignore le riche, il ignore le noble. En toute chose, il est tondu ras. Votre tiers état est insipide, incolore, inodore et informe. Rêves de vos bourgeoises qui s’établissent, comme elles disent: un joli boudoir fraîchement décoré, palissandre et calicot. Place! place! le sieur Grigou épouse la demoiselle Grippesou. Somptuosité et splendeur! on a collé un louis d’or à un cierge. Voilà l’époque. Je demande à m’enfuir au delà des sarmates. Ah! dès 1787, j’ai prédit que tout était perdu, le jour où j’ai vu le duc de Rohan, prince de Léon, duc de Chabot, duc de Montbazon, marquis de Soubise, vicomte de Thouars, pair de France, aller à Longchamp en tapecul [76] ! Cela a porté ses fruits. Dans ce siècle on fait des affaires, on joue à la Bourse, on gagne de l’argent, et l’on est pingre. On soigne et on vernit sa surface; on est tiré à quatre épingles, lavé, savo

[75] La robe de première communion de Léopoldine avait été taillée dans une robe de Juliette.

[76] Il s'agit ici du père du Rohan entrevu dans l'épisode du couvent. Hugo avait pu voir reproduits ces titres sur les livres du château de La Roche-Guyon, l'été 1821 – voir III, 3, note 56.

[77] Cujas: grand juriste de la Renaissance. Gamache, paysan de Don Quichotte dont les noces sont l'occasion d'un repas pantagruélique. «Les noces de Gamache» sont devenues un proverbe pour signifier un festin où l'abondance tourne à la profusion.

[78] Le fabuliste Florian était effectivement capitaine de dragons. Cette qualité devait plaire à Hugo qui note, sous la rubrique Comédie , ces deux perso

Florian, cap. de dragons.

Le dragon Florian.

Fragments dramatiques », éd. J. Massin, t. XII, p. 1051.)

[79] Troupe d'élite de l'armée macédonie