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Javert se mit à rire de ce rire sans bruit qui lui était propre, et, regardant fixement les insurgés, leur dit:

– Vous n’êtes guère mieux portants que moi.

– Tous dehors! cria Enjolras.

Les insurgés s’élancèrent en tumulte, et, en sortant, reçurent dans le dos, qu’on nous passe l’expression, cette parole de Javert:

– À tout à l’heure!

Chapitre XIX Jean Valjean se venge

Quand Jean Valjean fut seul avec Javert, il défit la corde qui assujettissait le priso

Javert obéit, avec cet indéfinissable sourire où se condense la suprématie de l’autorité enchaînée.

Jean Valjean prit Javert par la martingale comme on prendrait une bête de somme par la bricole, et, l’entraînant après lui, sortit du cabaret, lentement, car Javert, entravé aux jambes, ne pouvait faire que de très petits pas.

Jean Valjean avait le pistolet au poing.

Ils franchirent ainsi le trapèze intérieur de la barricade. Les insurgés, tout à l’attaque imminente, tournaient le dos.

Marius, seul, placé de côté à l’extrémité gauche du barrage, les vit passer. Ce groupe du patient et du bourreau s’éclaira de la lueur sépulcrale qu’il avait dans l’âme.

Jean Valjean fit escalader, avec quelque peine, à Javert garrotté, mais sans le lâcher un seul instant, le petit retranchement de la ruelle Mondétour.

Quand ils eurent enjambé ce barrage, ils se trouvèrent seuls tous les deux dans la ruelle. Perso

On distinguait dans le tas des morts une face livide, une chevelure dénouée, une main percée, et un sein de femme demi-nu. C’était Éponine.

Javert considéra obliquement cette morte, et, profondément calme, dit à demi-voix:

– Il me semble que je co

Puis il se tourna vers Jean Valjean.

Jean Valjean mit le pistolet sous son bras, et fixa sur Javert un regard qui n’avait pas besoin de paroles pour dire: – Javert, c’est moi.

Javert répondit:

– Prends ta revanche.

Jean Valjean tira de son gousset un couteau, et l’ouvrit.

– Un surin! s’écria Javert. Tu as raison. Cela te convient mieux.

Jean Valjean coupa la martingale que Javert avait au cou, puis il coupa les cordes qu’il avait aux poignets, puis se baissant, il coupa la ficelle qu’il avait aux pieds et, se redressant, il lui dit:

– Vous êtes libre.

Javert n’était pas facile à éto

Jean Valjean poursuivit:

– Je ne crois pas que je sorte d’ici. Pourtant, si, par hasard, j’en sortais, je demeure, sous le nom de Fauchelevent, rue de l’Homme-Armé, numéro sept.

Javert eut un froncement de tige qui lui entrouvrit un coin de la bouche, et il murmura entre ses dents:

– Prends garde.

– Allez, dit Jean Valjean.

Javert reprit:

– Tu as dit Fauchelevent, rue de l’Homme-Armé?

– Numéro sept.

Javert répéta à demi-voix: – Numéro sept.

Il rebouto

– Vous m’e

Javert ne s’apercevait pas lui-même qu’il ne tutoyait plus Jean Valjean:

– Allez-vous-en, dit Jean Valjean.

Javert s’éloigna à pas lents. Un moment après, il tourna l’angle de la rue des Prêcheurs.

Quand Javert eut disparu, Jean Valjean déchargea le pistolet en l’air.

Puis il rentra dans la barricade et dit:

– C’est fait.

Cependant voici ce qui s’était passé:

Marius, plus occupé du dehors que du dedans, n’avait pas jusque-là regardé attentivement l’espion garrotté au fond obscur de la salle basse.

Quand il le vit au grand jour, enjambant la barricade pour aller mourir, il le reco

Ce souvenir pourtant était brumeux et trouble comme toutes ses idées. Ce ne fut pas une affirmation qu’il se fit, ce fut une question qu’il s’adressa: – Est-ce que ce n’est pas là cet inspecteur de police qui m’a dit s’appeler Javert?

Peut-être était-il encore temps d’intervenir pour cet homme? Mais il fallait d’abord savoir si c’était bien ce Javert.

Marius interpella Enjolras qui venait de se placer à l’autre bout de la barricade.

– Enjolras?

– Quoi?

– Comment s’appelle cet homme-là?

– Qui?

– L’agent de police. Sais-tu son nom?

– Sans doute. Il nous l’a dit.

– Comment s’appelle-t-il?

– Javert.

Marius se dressa.

En ce moment on entendit le coup de pistolet.

Jean Valjean reparut et cria: C’est fait.

Un froid sombre traversa le cœur de Marius.

Chapitre XX Les morts ont raison et les vivants n’ont pas tort

L’agonie de la barricade allait commencer.

Tout concourait à la majesté tragique de cette minute suprême; mille fracas mystérieux dans l’air, le souffle des masses armées mises en mouvement dans des rues qu’on ne voyait pas, le galop intermittent de la cavalerie, le lourd ébranlement des artilleries en marche, les feux de peloton et les cano

Car, depuis la veille, les deux rangées de maisons de la rue de la Chanvrerie étaient devenues deux murailles; murailles farouches. Portes fermées, fenêtres fermées, volets fermés.

Dans ces temps-là, si différents de ceux où nous sommes, quand l’heure était venue où le peuple voulait en finir avec une situation qui avait trop duré, avec une charte octroyée ou avec un pays légal, quand la colère universelle était diffuse dans l’atmosphère, quand la ville consentait au soulèvement de ses pavés, quand l’insurrection faisait sourire la bourgeoisie en lui chuchotant son mot d’ordre à l’oreille, alors l’habitant, pénétré d’émeute, pour ainsi dire, était l’auxiliaire du combattant, et la maison fraternisait avec la forteresse improvisée qui s’appuyait sur elle. Quand la situation n’était pas mûre, quand l’insurrection n’était décidément pas consentie, quand la masse désavouait le mouvement, c’en était fait des combattants, la ville se changeait en désert autour de la révolte, les âmes se glaçaient, les asiles se muraient, et la rue se faisait défilé pour aider l’armée à prendre la barricade.

On ne fait pas marcher un peuple par surprise plus vite qu’il ne veut. Malheur à qui tente de lui forcer la main! Un peuple ne se laisse pas faire. Alors il abando