Страница 13 из 70
Ceux-ci étaient là, grâce aux grilles fermées. Ils étaient en contravention. Ils s’étaient glissés dans le jardin, et ils y étaient restés. Les grilles fermées ne do
Il avait plu la veille, et même un peu le matin. Mais en juin les ondées ne comptent pas. C’est à peine si l’on s’aperçoit, une heure après un orage, que cette belle journée blonde a pleuré. La terre en été est aussi vite sèche que la joue d’un enfant.
À cet instant du solstice, la lumière du plein midi est, pour ainsi dire, poignante. Elle prend tout. Elle s’applique et se superpose à la terre avec une sorte de succion. On dirait que le soleil a soif. Une averse est un verre d’eau; une pluie est tout de suite bue. Le matin tout ruisselait, l’après-midi tout poudroie.
Rien n’est admirable comme une verdure débarbouillée par la pluie et essuyée par le rayon; c’est de la fraîcheur chaude. Les jardins et les prairies, ayant de l’eau dans leurs racines et du soleil dans leurs fleurs, devie
Il y a des êtres qui n’en demandent pas davantage; vivants qui, ayant l’azur du ciel, disent: c’est assez! songeurs absorbés dans le prodige, puisant dans l’idolâtrie de la nature l’indifférence du bien et du mal, contemplateurs du cosmos radieusement distraits de l’homme, qui ne compre
Ce sont de radieux ténébreux. Ils ne se doutent pas qu’ils sont à plaindre. Certes, ils le sont. Qui ne pleure pas ne voit pas. Il faut les admirer et les plaindre, comme on plaindrait et comme on admirerait un être à la fois nuit et jour qui n’aurait pas d’yeux sous les sourcils et qui aurait un astre au milieu du front.
L’indifférence de ces penseurs, c’est là, selon quelques-uns, une philosophie supérieure. Soit; mais dans cette supériorité il y a de l’infirmité. On peut être immortel et boiteux; témoin Vulcain. On peut être plus qu’homme et moins qu’homme. L’incomplet immense est dans la nature. Qui sait si le soleil n’est pas un aveugle?
Mais alors, quoi! à qui se fier? Solem quis dicere falsum audeat [23] ? Ainsi de certains génies eux-mêmes, de certains Très-Hauts humains, des hommes astres, pourraient se tromper? Ce qui est là-haut, au faîte, au sommet, au zénith, ce qui envoie sur la terre tant de clarté, verrait peu, verrait mal, ne verrait pas? Cela n’est-il pas désespérant? Non. Mais qu’y a-t-il donc au-dessus du soleil? Le dieu.
Le 6 juin 1832, vers onze heures du matin, le Luxembourg, solitaire et dépeuplé, était charmant. Les quinconces et les parterres s’envoyaient dans la lumière des baumes et des éblouissements. Les branches, folles à la clarté de midi, semblaient chercher à s’embrasser. Il y avait dans les sycomores un tintamarre de fauvettes, les passereaux triomphaient, les pique-bois grimpaient le long des marro
Les statues sous les arbres, nues et blanches, avaient des robes d’ombre trouées de lumière; ces déesses étaient toutes déguenillées de soleil; il leur pendait des rayons de tous les côtés. Autour du grand bassin, la terre était déjà séchée au point d’être presque brûlée. Il faisait assez de vent pour soulever çà et là de petites émeutes de poussière. Quelques feuilles jaunes, restées du dernier automne, se poursuivaient joyeusement, et semblaient gaminer.
L’abondance de la clarté avait on ne sait quoi de rassurant. Vie, sève, chaleur, effluves, débordaient; on sentait sous la création l’énormité de la source; dans tous ces souffles pénétrés d’amour, dans ce va-et-vient de réverbérations et de reflets, dans cette prodigieuse dépense de rayons, dans ce versement indéfini d’or fluide, on sentait la prodigalité de l’inépuisable; et, derrière cette splendeur comme derrière un rideau de flamme, on entrevoyait Dieu, ce millio
Grâce au sable, il n’y avait pas une tache de boue; grâce à la pluie, il n’y avait pas un grain de cendre. Les bouquets venaient de se laver; tous les velours, tous les satins, tous les vernis, tous les ors, qui sortent de la terre sous forme de fleurs, étaient irréprochables. Cette magnificence était propre. Le grand silence de la nature heureuse emplissait le jardin. Silence céleste compatible avec mille musiques, roucoulements de nids, bourdo
Toute la nature déjeunait; la création était à table; c’était l’heure; la grande nappe bleue était mise au ciel et la grande nappe verte sur la terre; le soleil éclairait à giorno. Dieu servait le repas universel. Chaque être avait sa pâture ou sa pâtée. Le ramier trouvait du chènevis, le pinson trouvait du millet, le chardo
Les deux petits abando
Çà et là, par intervalles, quand le vent do
Ces enfants ne semblaient pas percevoir ces bruits. Le petit répétait de temps en temps à demi-voix: J’ai faim.
Presque au même instant que les deux enfants, un autre couple s’approchait du grand bassin. C’était un bonhomme de cinquante ans qui menait par la main un bonhomme de six ans. Sans doute le père avec son fils. Le bonhomme de six ans tenait une grosse brioche.
[23] «Qui oserait dire que le soleil ment?» (Virgile, Géorgiques , I, 463.)