Страница 41 из 61
«De mes sentiments respectueux avec lesquelles j’ai l’ho
«Madame,
«Don Alvarez, capitaine español de caballerie, royaliste refugié en France que se trouve en voyagé pour sa patrie et le manquent les réssources pour continuer son voyagé.»
Aucune adresse n’était jointe à la signature. Marius espéra trouver l’adresse dans la deuxième lettre dont la suscription portait: à Madame, madame la contesse de Montvernet, rue Cassette, n° 9 .
Voici ce que Marius y lut:
«Madame la comtesse,
«C’est une malheureuse meré de famille de six enfants dont le dernier n’a que huit mois. Moi malade depuis ma dernière couche, abando
«Dans l’espoir de Madame la contesse, elle a l’ho
«Femme Balizard.»
Marius passa à la troisième lettre, qui était comme les précédentes une supplique; on y lisait:
«Monsieur Pabourgeot, électeur, négociant-bo
«Je me permets de vous adresser cette lettre pour vous prier de m’accorder la faveur prétieuse de vos simpaties et de vous intéresser à un homme de lettres qui vient d’envoyer un drame au théâtre-français. Le sujet en est historique, et l’action se passe en Auvergne du temps de l’empire. Le style, je crois, en est naturel, laconique, et peut avoir quelque mérite. Il y a des couplets a chanter a quatre endroits. Le comique, le sérieux, l’imprévu, s’y mêlent à la variété des caractères et a une teinte de romantisme répandue légèrement dans toute l’intrigue qui marche mistérieusement, et va, par des péripessies frappantes, se denouer au milieu de plusieurs coups de scènes éclatants.
«Mon but principal est de satisfère le desir qui anime progresivement l’homme de notre siècle, c’est à dire, la mode, cette caprisieuse et bizarre girouette qui change presque à chaque nouveau vent.
«Malgré ces qualités j’ai lieu de craindre que la jalousie, l’égoïsme des auteurs privilégiés, obtie
«Monsieur Pabourgeot, votre juste réputation de protecteur éclairé des gants de lettres m’enhardit à vous envoyer ma fille qui vous exposera notre situation indigante, manquant de pain et de feu dans cette saison d’hyver. Vous dire que je vous prie d’agreer l’hommage que je désire vous faire de mon drame et de tous ceux que je ferai, c’est vous prouver combien j’ambicio
«À Monsieur,
«Et Madame Pabourgeot,
«Mes hommages les plus respectueux.
«Genflot, homme de lettres.
«P S. Ne serait-ce que quarante sous.
«Excusez-moi d’envoyer ma fille et de ne pas me présenter moi-même, mais de tristes motifs de toilette ne me permettent pas, hélas! de sortir…»
Marius ouvrit enfin la quatrième lettre. Il y avait sur l’adresse: Au monsieur bienfaisant de l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas . Elle contenait ces quelques lignes:
«Homme bienfaisant,
«Si vous daignez accompagner ma fille, vous verrez une calamité missérable, et je vous montrerai mes certificats.
«À l’aspect de ces écrits votre âme généreuse sera mue d’un sentiment de sensible bienveillance, car les vrais philosophes éprouvent toujours de vives émotions.
«Convenez, homme compatissant, qu’il faut éprouver le plus cruel besoin, et qu’il est bien douloureux, pour obtenir quelque soulagement, de le faire attester par l’autorité comme si l’on n’était pas libre de souffrir et de mourir d’inanition en attendant que l’on soulage notre misère. Les destins sont bien fatals pour d’aucuns et trop prodigue ou trop protecteur pour d’autres.
«J’attends votre présence ou votre offrande, si vous daignez la faire, et je vous prie de vouloir bien agréer les sentiments respectueux avec lesquels je m’honore d’être,
«homme vraiment magnanime,
«votre très humble
«et très obéissant serviteur,
«P. Fabantou, artiste dramatique.»
Après avoir lu ces quatre lettres, Marius ne se trouva pas beaucoup plus avancé qu’auparavant.
D’abord aucun des signataires ne do
Ensuite elles semblaient venir de quatre individus différents, don Alvarès, la femme Balizard, le poète Genflot et l’artiste dramatique Fabantou, mais ces lettres offraient ceci d’étrange qu’elles étaient écrites toutes quatre de la même écriture.
Que conclure de là, sinon qu’elles venaient de la même perso
En outre, et cela rendait la conjecture plus vraisemblable, le papier, grossier et jauni, était le même pour les quatre, l’odeur de tabac était la même, et, quoiqu’on eût évidemment cherché à varier le style, les mêmes fautes d’orthographe s’y reproduisaient avec une tranquillité profonde, et l’homme de lettres Genflot n’en était pas plus exempt que le capitaine español.
S’évertuer à deviner ce petit mystère était peine inutile. Si ce n’eût pas été une trouvaille, cela eût eu l’air d’une mystification. Marius était trop triste pour bien prendre même une plaisanterie du hasard et pour se prêter au jeu que paraissait vouloir jouer avec lui le pavé de la rue. Il lui semblait qu’il était à colin-maillard entre ces quatre lettres qui se moquaient de lui.
Rien n’indiquait d’ailleurs que ces lettres appartinssent aux jeunes filles que Marius avait rencontrées sur le boulevard. Après tout, c’étaient des paperasses évidemment sans aucune valeur.
Marius les remit dans l’enveloppe, jeta le tout dans un coin, et se coucha.
Vers sept heures du matin, il venait de se lever et de déjeuner, et il essayait de se mettre au travail lorsqu’on frappa doucement à sa porte.
Comme il ne possédait rien, il n’ôtait jamais sa clef, si ce n’est quelquefois, fort rarement, lorsqu’il travaillait à quelque travail pressé. Du reste, même absent, il laissait sa clef à sa serrure. – On vous volera, disait mame Bougon. – Quoi? disait Marius. – Le fait est pourtant qu’un jour on lui avait volé une vieille paire de bottes, au grand triomphe de mame Bougon.
On frappa un second coup, très doux comme le premier.
– Entrez, dit Marius.
La porte s’ouvrit.
– Qu’est-ce que vous voulez, mame Bougon? reprit Marius sans quitter des yeux les livres et les manuscrits qu’il avait sur sa table.
Une voix, qui n’était pas celle de mame Bougon, répondit:
– Pardon, monsieur…
C’était une voix sourde, cassée, étranglée, éraillée, une voix de vieux homme enroué d’eau-de-vie et de rogome.
Marius se tourna vivement, et vit une jeune fille.
Chapitre IV Une rose dans la misère
Une toute jeune fille était debout dans la porte entrebâillée. La lucarne du galetas où le jour paraissait était précisément en face de la porte et éclairait cette figure d’une lumière blafarde. C’était une créature hâve, chétive, décharnée; rien qu’une chemise et une jupe sur une nudité frisso
Marius s’était levé et considérait avec une sorte de stupeur cet être presque pareil aux formes de l’ombre qui traversent les rêves.
Ce qui était poignant surtout, c’est que cette fille n’était pas venue au monde pour être laide. Dans sa première enfance, elle avait dû même être jolie. La grâce de l’âge luttait encore contre la hideuse vieillesse anticipée de la débauche et de la pauvreté. Un reste de beauté se mourait sur ce visage de seize ans, comme ce pâle soleil qui s’éteint sous d’affreuses nuées à l’aube d’une journée d’hiver.
Ce visage n’était pas absolument inco
– Que voulez-vous, mademoiselle? demanda-t-il.
La jeune fille répondit avec sa voix de galérien ivre:
– C’est une lettre pour vous, monsieur Marius.
Elle appelait Marius par son nom; il ne pouvait douter que ce ne fût à lui qu’elle eût affaire; mais qu’était-ce que cette fille? comment savait-elle son nom?