Страница 26 из 61
– Je n’en sais rien.
– Avez-vous de l’argent?
– Quinze francs.
– Voulez-vous que je vous en prête?
– Jamais.
– Avez-vous des habits?
– Voilà.
– Avez-vous des bijoux?
– Une montre.
– D’argent?
– D’or. La voici.
– Je sais un marchand d’habits qui vous prendra votre redingote et un pantalon.
– C’est bien.
– Vous n’aurez plus qu’un pantalon, un gilet, un chapeau et un habit.
– Et mes bottes.
– Quoi! vous n’irez pas pieds nus? quelle opulence!
– Ce sera assez.
– Je sais un horloger qui vous achètera votre montre.
– C’est bon.
– Non, ce n’est pas bon. Que ferez-vous après?
– Tout ce qu’il faudra. Tout l’ho
– Savez-vous l’anglais?
– Non.
– Savez-vous l’allemand?
– Non.
– Tant pis.
– Pourquoi?
– C’est qu’un de mes amis, libraire, fait une façon d’encyclopédie pour laquelle vous auriez pu traduire des articles allemands ou anglais. C’est mal payé, mais on vit.
– J’apprendrai l’anglais et l’allemand.
– Et en attendant?
– En attendant je mangerai mes habits et ma montre.
On fit venir le marchand d’habits. Il acheta la défroque vingt francs. On alla chez l’horloger. Il acheta la montre quarante-cinq francs.
– Ce n’est pas mal, disait Marius à Courfeyrac en rentrant à l’hôtel, avec mes quinze francs, cela fait quatre-vingts francs.
– Et la note de l’hôtel? observa Courfeyrac.
– Tiens, j’oubliais, dit Marius.
L’hôte présenta sa note qu’il fallut payer sur-le-champ. Elle se montait à soixante-dix francs.
– Il me reste dix francs, dit Marius.
– Diable, fit Courfeyrac, vous mangerez cinq francs pendant que vous apprendrez l’anglais, et cinq francs pendant que vous apprendrez l’allemand. Ce sera avaler une langue bien vite ou une pièce de cent sous bien lentement.
Cependant la tante Gillenormand, assez bo
Marius renvoya les trente louis à sa tante avec une lettre respectueuse où il déclarait avoir des moyens d’existence et pouvoir suffire désormais à tous ses besoins. En ce moment-là il lui restait trois francs.
La tante n’informa point le grand-père de ce refus de peur d’achever de l’exaspérer. D’ailleurs n’avait-il pas dit: Qu’on ne me parle jamais de ce buveur de sang!
Marius sortit de l’hôtel de la porte Saint-Jacques, ne voulant pas s’y endetter.