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Deuxième partie.
I.
L’unique hôtel de Mégère emprunte son nom aux vieux arbres rangés devant sa façade, et dont les branches, savamment taillées, s’enchevêtrent pour lui faire, la saison venue, un bizarre mur de feuillage, hissé sur quatre troncs d’un vert pâle et, même au cœur de l’été, comme hivernal. D’ailleurs l’hôtel des Quatre-Tilleuls n’a guère d’hôtel que le nom. Mme Simplicie et ses deux filles quinquagénaires do
La chambre de M. le juge d’instruction est la plus vaste. Elle se trouve malheureusement juste au-dessus du magasin, et les tapis, la tenture, la muraille même sont imprégnés de cette odeur rance et miellée, indéfinissable, écœurante, des épiceries de campagne. De plus – car ces demoiselles débitent aussi du genièvre en cachette – dès cinq heures du matin, la porte bat sans cesse. Puis tombent brusquement, de l’église toute proche, les rafales de l’Angélus. Quand le dernier coup finit de rouler à travers la vallée son to
Néanmoins M. le juge s’attarde un peu ce matin sous l’édredon d’andrinople dont le discret parfum lui rappelle son enfance. Il a plu toute la nuit et l’eau fume encore au flanc de toutes les pentes, pompée par le soleil. La journée qui commence sera belle. Celle d’hier compte parmi les plus lugubres de sa vie. La mauvaise volonté du procureur complique à plaisir les choses les plus simples et l’enquête à peine commencée ressemble à un feu qui va s’éteindre. Elle s’étouffe, comme disent les policiers dans leur jargon. Sans doute le moindre petit fait heureux lui do
Quelques heures ont suffi pour mettre Mme Louise hors de cause. Le coup terrible qui a brisé l’échine de la dame de Mégère n’a pas été porté par un manchot… Une femme peut-être, mais assurément une femme dans la force de l’âge et certainement exaltée par la haine ou par tout autre sentiment d’une égale violence. Ni l’ancie
L’inco
Étrange vagabond! Son visage, avec celui du curé de Mégère, ne cesse de hanter le juge, et ils sont revenus vingt fois, cette nuit, dans ses rêves. Obsession d’ailleurs trop naturelle. Le petit juge a vu l’homme mourir – ce visage entrer lentement dans les ténèbres, surgir un moment de leurs profondeurs, puis glisser de nouveau, s’effacer… Perso
Oui, certes, l’étrange vagabond! En prévision du transport à l’hôpital, on l’avait affublé d’une chemise de grosse toile, fermée dans le dos par une ganse. Les mains, qu’il tenait croisées sur son ventre, gardaient, bien que grossières, quelque chose de l’enfance, on ne sait quelle gaucherie, quelle candeur… Le petit juge se vante volontiers de déchiffrer une main comme un visage. Ce n’étaient pas des mains d’assassin.
Les traits, aussi, gardaient leur secret, l’auront gardé jusqu’à la fin. Ceux d’un paysan, c’est sûr, non pas d’un vagabond des faubourgs, d’un batteur de pavés. Impossible d’examiner les yeux, car on avait beau tirer de force en haut les paupières, ils ne do
L’examen des vêtements, lui aussi, fait réfléchir. Les vagabonds se couvrent comme ils peuvent, soit. Mais ils se couvrent. En novembre, il est rare d’en rencontrer vêtus d’un pantalon, d’une chemise, d’un gilet de laine, et les pieds nus dans des chaussettes de coton. Évidemment le procureur – qui a des explications pour tout – suggère que l’assassin, mis au courant par hasard des habitudes de la dame de Mégère a pu entrer en passant, sitôt le départ de Mme Louise et de la servante qui, chaque soir, à cinq heures, vont faire leurs emplettes au village et ne revie
L’ancie
En somme, une seule perso