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Mais au nom de tout ce qu'il t'a do

Non, peut-être, non.

Et n'as-tu jamais désiré qu'il te demandât, non de mourir, ce qui eût été encore peu, mais de vivre loin de lui, pour lui? Qu'il te le demandât, pour une nécessité de sa vie que tu ne pourrais même pas comprendre? N'as-tu jamais songé qu'il t'offrait de lui prouver ainsi ton amour? Même sans qu'il te le demandait, mais que tu le devinais et que tu t'en allais?

As-tu cru, vraiment que ton sourire et ton baiser et ta fidélité étaient ce que tu as de mieux à lui do

Tu voyais qu'il avait ses livres, sa musique, quelques amis; tu voyais qu'il caressait les cheveux et les yeux de ses fillettes d'une main encore plus légère et plus tendre que la tie

Ainsi le voulait-il lui, je le sais.

Écoute, car à présent je te dis la chose la plus cruelle, ce que tu n'as jamais soupço

Je ne te dis pas des injures. Tu étais un coeur i

Et peut-être lui-même ne sait-il pas combien il a été coupable envers toi. Peut-être même, dans la sombre volonté de sacrifice qui le presse à présent, y a-t-il la conscience exacte de sa coulpe ancie

Mais nous l'aimons et nous l'absolvons.

Tu as aimé la bonté de son coeur. J'ai aimé la douleur de son âme, la ténacité avec laquelle son âme sait souffrir, même quand elle est dans l'erreur.

Il n'y a pas eu un jour de sa vie, je crois, où il n'ait souffert.

Même quand tu l'as rendu amoureux, lui si triste, et maussade, et non beau, même le jour de vos noces, ne t'illusio

Il souffrait seul, il était seul avec sa peine, il n'en parlait à perso

Il ne m'en a pas parlé à moi non plus. Mais j'ai senti que, sa douleur, je l'embrassais toute, en silence moi aussi.

Nous avons été heureux à cause de cela! Quelques heures, quelques jours d'un bonheur que nous ne devions co

Il ne croyait pas, avant de m'avoir rencontrée, qu'une femme pouvait aimer la vie, la vie entière, la vie telle qu'elle est, grande et terrible. Et, découvrant cette puissance dans mon âme, il fut comme né une seconde fois, pour jouir et pour souffrir, pour co

Je ne le caressais pas pour qu'il s'endormit, pour qu'il oubliât d'être homme, homme et enfant, avec une musique inexprimable dans le coeur, avec un torturant instinct de grandir sans cesse, et avec la perpétuelle vision de l'heure suprême, peut-être imminente, peut-être encore si lointaine, après laquelle l'âme ne peut plus grandir.

Ma caresse lui disait que son propre tourment était en moi, ma caresse avait le même spasme intense que sa musique, suscitait dans son coeur, en même temps que la joie, en même temps que le doux délire, en même temps que la volupté, oui, toutes les voix de l'infini; et il sentait que ces voix avaient aussi leur écho en moi. Et s'il cherchait mes yeux, il les trouvait grands ouverts, et y voyait rayo

Écoute, écoute, si tu l'aimes, ne maudis pas ce qui est arrivé.

Il a mis ses mains dans les mie

Et toi, ne maudis pas.

Tu l'aimes encore, n'est-il pas vrai?

Tu ne penses plus à moi, je le vois, ce n'est pas pour ce qui s'est passé entre lui et moi qu'à présent tu sanglotes doucement, avec une désolation qui te semble ne devoir plus jamais avoir de fin.

Regarde dans le passé qui, d'un coup, vient d'être rendu si lointain. Regarde loin. Oui, c'est alors, qu'il t'a trompée, qu'il t'a trahie: quand il t'a dit que tu le faisais heureux alors que ce n'était pas vrai; qu'il te baisait pour la joie de vivre, pour remercier la vie, fier d'être homme et créateur, et qu'au contraire il se sentait intimement une chose méprisable, une chose vile… Il baisait ta bouche, il étreignait ton corps comme qui est pris du vertige et n'a plus de conscience, comme qui se précipite dans le néant. Il ne te méprisait pas, entends-moi, mais il se méprisait lui, pour cette volupté dont jouissait son corps et qui ne lui touchait pas l'âme, à quoi son âme ne participait pas. Pourtant, il t'aimait. Mais cela était encore plus atroce. Parce qu'il t'aimait comme une petite fille douce, une petite créature à qui on adresse des petites paroles sans signification, de chères petites caresses et de tendres sourires, mais qui ne comprend pas encore notre langage.

Et tu n'as pas compris, en vérité, tu n'as pas compris son silence. Non parce que tu étais une enfant, mais parce que ton âme avait foi en l'homme qui t'avait recueillie. Tu étais une i

Il ne t'a jamais rien dit, tu ne pouvais deviner.

Pardo

Sa faute, il l'a expiée.

Tu l'aimes encore, tu l'aimes autant, maintenant que tu le vois si différent de ce que tu le croyais; est-ce vrai?

Sens-tu, toi aussi, que la vie continue, malgré toute ta douleur?

Mais tu es lasse, tu désires que je me taise, tu caches ta tête dans tes mains, tu voudrais un sommeil long, un sommeil d'a

Ferme les yeux, mais pense. Tu ne peux pas te sentir seule comme se sent en ces instants ta petite. Tu sais que tout, autour de toi, continue à vivre. Pense à lui, que tu aimes encore. Pense que quand il t'a rencontrée il y a si longtemps, il était encore plus las que tu ne l'es toi-même à présent. Il n'avait pas encore trente ans, il avait déjà conquis un premier sommet de son art, le monde lui avait do

Dis, toi, n'est-il pas vrai que toute nouvelle créature vaut que l'on souffre les douleurs de l'enfantement?

Moi aussi, j'ai été maman. Mon enfant, je l'ai perdu.

Viens ici, mets un moment ta main sur mon front.

Nous sommes deux femmes, nous sommes deux mères.

Restons un peu en silence.

Qu'as-tu pensé?

N'est-il pas miraculeux que tu aies, pendant quelques minutes, pensé seulement à moi, à mon sort?

Et maintenant, il te semble que tu es là, sur mon coeur, et tu pleures, tu pleures des larmes que tu trouves saintes…

Te souviendras-tu?

En tout ce temps de déchirement horrible, pour résister à la menace de la folie, pour ne pas céder à la tentation spasmodique de me jeter à terre et de me lacérer le visage, ou bien de fuir dans la nuit me briser contre les rochers, je me répétais, les mains jointes, de même qu'on priait autrefois: "Mais il est vivant… le bonheur, c'est qu'il soit vivant… Si je recevais demain l'avis de sa mort, je repenserais à ces heures où il était encore vivant, quoique absent, quoique non mien, comme à une félicité immense… Il est vivant. Et il pourrait être encore plus malheureux qu'il ne l'est. Si ses fillettes tombaient malades, si sa femme se tuait… Il a besoin qu'elles vivent. Il a besoin aussi que je vive, bien qu'il ait renoncé à moi. Il m'a écrit qu'il a besoin de ma force, qu'il a besoin de savoir qu'il est, même au loin, quelqu'un qui est plus fort que lui, quelqu'un qui résiste à une douleur plus grande que la sie