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Raphaël qui l’avait prise fort en gré passa plusieurs nuits de suite avec elle, et peu à peu elle fit comme les autres, elle se consola de ses malheurs par l’espérance de les voir finir un jour. Omphale avait eu raison de me dire que l’ancie
Nous fûmes environ un mois sans voir arriver de remplacement. Ce fut pendant cet intervalle que j’eus, comme Omphale, occasion de me persuader que nous n’étions pas les seules filles qui habitassent cette maison et qu’un autre bâtiment sans doute en recelait un pareil nombre que le nôtre, mais Omphale ne put que soupço
– Où menez-vous cette créature? dit le gardien furieux.
– Chez vous, mon révérend père, dit l’abominable mercure. votre Grandeur oublie qu’elle m’en a do
– Je vous ai dit à neuf heures.
– A sept, monseigneur, vous m’avez dit que vous la vouliez voir avant votre messe.
Et pendant tout ce temps-là je considérais cette compagne qui me regardait avec le même éto
– Eh bien qu’importe, dit Raphaël en me ramenant dans sa chambre et y faisant entrer cette fille. Tenez, me dit-il, Sophie, après avoir feutré sa porte et fait attendre le frère, cette fille occupe dans une autre tour le même poste que vous occupez dans la vôtre, elle est doye
Cette Maria
– Voilà ce que je lui voulais, dit l’infâme aussitôt qu’il fut satisfait, il suffit que j’aie passé la nuit avec une fille pour en désirer le matin une nouvelle; rien n’est insatiable comme nos goûts, plus on y sacrifie, plus ils échauffent; quoique ce soit toujours à peu près la même chose, on suppose sans cesse de nouveaux appas, et l’instant où la satiété éteint nos désirs avec une est celui où le même libertinage vient les allumer avec l’autre. vous êtes deux filles de confiance, ainsi taisez-vous toutes deux; partez, Sophie, partez, le frère va vous ramener; j’ai quelque nouveau mystère à célébrer encore avec votre compagne.
Je promis le secret qu’on exigeait de moi et partis, bien assurée maintenant que nous n’étions pas les seules qui servissions aux plaisirs monstrueux de ces effrénés libertins.
Cependant Octavie fut incessamment remplacée; une petite paysa
Il fallait que les affreux exemples du vice récompensé se soutinssent encore dans cette circonstance, comme ils l’avaient toujours été à mes yeux à chaque événement de ma vie; il était écrit que ceux qui m’avaient tourmentée, humiliée, tenue dans les fers, recevraient sans cesse à mes regards le prix de leurs forfaits, comme si la providence eût pris à tâche de me montrer l’inutilité de la vertu; funeste leçon qui ne me corrigea point et qui, dussé-je échapper encore au glaive suspendu sur ma tête, ne m’empêchera point d’être toujours l’esclave de cette divinité de mon cœur.
Un matin sans que nous nous y attendissions, Antonin parut dans notre chambre, et nous a
– Et moi, mes enfants, nous dit-il, je passe au gardie
Une nouvelle aussi flatteuse pour nous ne permettait pas que nous refusassions à ce moine ce qu’il paraissait désirer; nous lui promîmes tout ce qu’il désirait, et le libertin voulut encore nous faire ses adieux à toutes les quatre. La fin entrevue des malheurs en fait supporter les derniers coups sans se plaindre; nous ne lui refusâmes rien et il sortit pour se séparer à jamais de nous. On nous servit à dîner comme à l’ordinaire; environ deux heures après, le père Clément entra dans notre chambre avec deux religieux vénérables et par leur âge et par leur figure.
– Convenez, mon père, dit l’un d’eux à Clément, convenez que cette débauche est horrible et qu’il est bien singulier que le ciel l’ait soufferte si longtemps.
Clément convint humblement de tout, il s’excusa sur ce que ni lui ni ses confrères n’avaient rien i
– Soit, reprit le même père qui me parut être le nouveau gardien et qui l’était en effet, soit, mais détruisons bien vite cette exécrable débauche, mon père, elle révolterait dans des gens du monde, je vous laisse à penser ce qu’elle doit être pour des religieux.
Alors ce père nous demanda ce que nous voulions devenir.
Chacune répondit qu’elle désirait retourner ou dans son pays ou dans sa famille.
– Cela sera, mes enfants, dit le moine, et je vous remettrai même à chacune la somme nécessaire pour vous y rendre, mais il faudra que vous partiez l’une après l’autre, à deux jours de distance, que vous partiez seule, à pied, et que jamais vous ne révéliez rien de ce qui s’est passé dans cette maison.
Nous le jurâmes… mais le gardien ne se contenta point de ce serment, il nous exhorta à nous approcher des sacrements; aucune de nous ne refusa et là, il nous fit jurer au pied de l’autel que nous voilerions à jamais ce qui s’était passé dans ce couvent. Je le fis comme les autres, et si j’enfreins près de vous ma promesse, madame, c’est que je saisis plutôt l’esprit que la lettre du serment qu’exigea ce bon prêtre; son objet était qu’il ne se fît jamais aucune plainte, et je suis bien certaine en vous racontant ces aventures qu’il n’en résultera jamais rien de fâcheux pour l’ordre de ces pères. Mes compagnes partirent les premières, et comme il nous était défendu de prendre ensemble aucun rendez-vous et que nous avions été séparées dès l’instant de l’arrivée du nouveau gardien, nous ne nous retrouvâmes plus. Ayant demandé d’aller à Grenoble, on me do