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Les doye
Passons à l'arrangement des plaisirs des moines et à tout ce qui tient à cette partie.
Nous nous levons ici à neuf heures précises du matin, en toute saison; nous nous couchons plus ou moins tard, en raison du souper des moines. Aussitôt que nous sommes levées, le régent de jour vient faire sa visite, il s'assoit dans un grand fauteuil, et là, chacune de nous est obligée d'aller se placer devant lui les jupes relevées du côté qu'il aime; il touche, il baise, il examine, et quand toutes ont rempli ce devoir, il nomme celles qui doivent être du souper; il leur prescrit l'état dans lequel il faut qu'elles soient, il prend les plaintes des mains de la doye
– La fille de garde, interrompis-je, quel est donc ce nouvel emploi?
– Le voici, me répondit mon historie
– Ô ciel! dis-je à ma compagne en frémissant d'horreur, peut-on se porter à de tels excès! Quel enfer!
– Écoute, Thérèse, écoute, mon enfant, tu es loin de savoir encore tout, dit Omphale. L'état de grossesse, révéré dans le monde, est une certitude de réprobation parmi ces infâmes, il ne dispense ni des punitions, ni des gardes; il est au contraire un véhicule aux peines, aux humiliations, aux chagrins. Combien de fois est-ce à force de coups qu'ils font avorter celles dont ils se décident à ne pas recueillir le fruit! et s'ils le recueillent, c'est pour en jouir: ce que je te dis ici doit te suffire pour t'engager à te préserver de cet état le plus longtemps possible.
– Mais le peut-on?
– Sans doute, il est de certaines éponges… Mais si Antonin s'en aperçoit, on n'échappe point à son courroux; le plus sûr, est d'étouffer l'impression de la nature en démontant l'imagination, et avec de pareils scélérats, cela n'est pas difficile.
Au reste, poursuivit mon institutrice, il y a ici des attenances et des parentés dont tu ne te doutes pas, et qu'il est bon de t'expliquer, mais ceci rentrant dans le quatrième article, c'est-à-dire dans celui de nos recrues, de nos réformes et de nos changements, je vais l'entamer pour y renfermer ce petit détail.
Tu n'ignores pas, Thérèse, que les quatre moines qui composent ce couvent sont à la tête de l'ordre, sont tous quatre de familles distinguées, et tous quatre fort riches par eux-mêmes. Indépendamment des fonds considérables faits par l'ordre des Bénédictins pour l'entretien de cette voluptueuse retraite, où tous ont espoir de passer tour à tour, ceux qui y sont ajoutent encore à ces fonds une partie considérable de leurs biens; ces deux objets réunis montent à plus de cent mille écus par an, qui ne servent qu'aux recrues ou aux dépenses de la maison; ils ont douze femmes sûres et de confiance, uniquement chargées du soin de leur amener un sujet chaque mois, entre l'âge de douze ans et celui de trente, ni au-dessous, ni au-dessus. Le sujet doit être exempt de tout défaut et doué du plus de qualités possible, mais principalement d'une naissance distinguée. Les enlèvements, bien payés, et toujours faits très loin d'ici, n'entraînent aucun inconvénient; je n'en ai jamais vu résulter de plaintes. Leurs extrêmes soins les mettent à couvert de tout; ils ne tie
Dès qu'une nouvelle fille est arrivée dans ce cloaque impur, dès qu'elle y est à jamais soustraite à l'univers, on en réforme aussitôt une, et voilà, chère fille, voilà le complément de nos douleurs; le plus cruel de nos maux est d'ignorer ce qui nous arrive, dans ces terribles et inquiétantes réformes. Il est absolument impossible de dire ce qu'on devient en quittant ces lieux. Nous avons autant de preuves que notre solitude nous permet d'en acquérir, que les filles réformées par les moines ne reparaissent jamais; eux-mêmes nous en prévie
[4] Voyez l'Histoire de Bretagne , par dom Lobineau.