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– En voilà assez, dit enfin Bressac, je consens que pour cette fois elle en soit quitte pour la peur. Thérèse, continue-t-il en lâchant mes liens et m'ordo
A l'instant j'oublie mes malheurs, je me jette aux genoux du comte, je lui fais, en larmes, le serment d'une bo
– Marchons, dit Bressac, c'est cette conduite qui parlera pour vous, elle seule réglera votre sort.
Nous avançons; Jasmin et son maître causaient bas ensemble; je les suivais humblement sans mot dire. Une petite heure nous rend au château de Mme la marquise de Bressac, dont la magnificence et la multitude de valets qu'il renferme me font voir que quelque poste que je doive remplir dans cette maison, il sera sûrement plus avantageux pour moi que celui de la gouvernante en chef de M. du Harpin. On me fait attendre dans une office où Jasmin m'offre obligeamment tout ce qui peut servir à me réconforter. Le jeune comte entre chez sa tante, il la prévient, et lui-même vient me chercher une demi-heure après pour me présenter à la marquise.
Mme de Bressac était une femme de quarante-six ans, très belle encore, qui me parut ho
Le jeune comte m'ordo
– Votre candeur et votre naïveté, me dit Mme de Bressac, ne me permettent pas de douter que vous ne soyez vraie. Je ne prendrai d'autres informations sur vous que celles de savoir si vous êtes réellement la fille de l'homme que vous m'indiquez; si cela est, j'ai co
Je me jetai aux pieds de la marquise, l'assurai qu'elle serait contente de moi; elle me releva avec bonté et me mit sur-le-champ en possession de la place de seconde femme de chambre à son service.
Au bout de trois jours, les informations qu'avait faites Mme de Bressac, à Paris, arrivèrent; elles étaient telles que je pouvais les désirer; la marquise me loua de ne lui en avoir point imposé, et toutes les idées du malheur s'évanouirent enfin de mon esprit, pour n'être plus remplacées que par l'espoir des plus douces consolations qu'il pût m'être permis d'attendre; mais il n'était pas arrangé dans le ciel que la pauvre Thérèse dût jamais être heureuse, et si quelques moments de calme naissaient fortuitement pour elle, ce n'était que pour lui rendre plus amers ceux d'horreur qui devaient les suivre.
A peine fûmes-nous à Paris, que Mme de Bressac s'empressa de travailler pour moi: le premier Président voulut me voir; il écouta le récit de mes malheurs avec intérêt; les calomnies de du Harpin furent reco
Il est aisé d'imaginer combien de pareils procédés m'attachaient à Mme de Bressac; n'eût-elle pas eu, d'ailleurs, pour moi toutes sortes de bontés, comment de telles démarches ne m'eussent-elles pas liée pour jamais à une protectrice aussi précieuse? Il s'en fallait pourtant bien que l'intention du jeune comte fût de m'enchaîner aussi intimement à sa tante… Mais c'est ici le cas de vous peindre ce monstre.
M. de Bressac réunissait aux charmes de la jeunesse la figure la plus séduisante; si sa taille ou ses traits avaient quelques défauts, c'était parce qu'ils se rapprochaient un peu trop de cette nonchalance, de cette mollesse qui n'appartient qu'aux femmes; il semblait qu'en lui prêtant les attributs de ce sexe, la nature lui en eût également inspiré les goûts… Quelle âme, cependant, était enveloppée sous ces appas féminins! On y rencontrait tous les vices qui caractérisent celle des scélérats: on ne porta jamais plus loin la méchanceté, la vengeance, la cruauté, l'athéisme, la débauche, le mépris de tous les devoirs, et principalement de ceux dont la nature paraît nous faire des délices. Au milieu de tous ses torts, M. de Bressac avait principalement celui de détester sa tante. La marquise faisait tout au monde pour ramener son neveu aux sentiers de la vertu: peut-être y employait-elle trop de rigueur; il en résultait que le comte, plus enflammé par les effets mêmes de cette sévérité, ne se livrait à ses goûts que plus impétueusement encore, et que la pauvre marquise ne retirait de ses persécutions que de se faire haïr davantage.
– Ne vous imaginez pas, me disait très souvent le comte, que ce soit d'elle-même que ma tante agisse dans tout ce qui vous concerne, Thérèse; croyez que si je ne la persécutais à tout instant, elle se ressouviendrait à peine des soins qu'elle vous a promis. Elle vous fait valoir tous ses pas, tandis qu'ils ne sont que mon seul ouvrage: oui, Thérèse, oui, c'est à moi seul que vous devez de la reco
Ces discours me paraissaient si obscurs que je ne savais comment y répondre: je le faisais pourtant à tout hasard, et peut-être avec trop de facilité. Faut-il vous l'avouer? Hélas! oui; vous déguiser mes torts serait tromper votre confiance et mal répondre à l'intérêt que mes malheurs vous ont inspiré. Apprenez donc, madame, la seule faute volontaire que j'aie à me reprocher… Que dis-je une faute? une folie, une extravagance… qui n'eut jamais rien d'égal; mais au moins ce n'est pas un crime, c'est une simple erreur, qui n'a puni que moi, et dont il ne paraît point que la main équitable du ciel ait dû se servir pour me plonger dans l'abîme qui s'ouvrit peu après sous mes pas. Quels qu'eussent été les indignes procédés du comte de Bressac pour moi, le premier jour où je l'avais co