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Interrogé sur le motif qui le faisait voyager seul, et si matin dans une route écartée, sur son âge, sur sa profession, le cavalier répondit qu'il se nommait Saint-Florent, un des premiers négociants de Lyon, qu'il avait trente-six ans, qu'il revenait de Flandres pour des affaires relatives à son commerce, qu'il avait peu d'argent sur lui, mais beaucoup de papiers. Il ajouta que son valet l'avait quitté la veille, et que pour éviter la chaleur, il marchait de nuit avec le dessein d'arriver le même jour à Paris, où il reprendrait un nouveau domestique et conclurait une partie de ses affaires; qu'au surplus, s'il suivait un sentier solitaire, il fallait apparemment qu'il se fût égaré en s'endormant sur son cheval. Et cela dit, il demande la vie, offrant lui-même tout ce qu'il possédait. On examina son portefeuille, on compta son argent: la prise ne pouvait être meilleure. Saint-Florent avait près d'un demi-million payable à vue sur la capitale, quelques bijoux et environ cent louis…

– Ami, lui dit Cœur-de-Fer, en lui présentant le bout d'un pistolet sous le nez, vous comprenez qu'après un tel vol nous ne pouvons pas vous laisser la vie.

– Oh, monsieur! m'écriai-je en me jetant aux pieds de ce scélérat, je vous en conjure, ne me do

Et recourant tout de suite à une ruse assez singulière, afin de légitimer l'intérêt que je paraissais prendre à cet homme:

– Le nom que vient de se do

– Vous savez à quelles conditions je puis vous accorder la grâce que vous me demandez, Thérèse, me répondit Cœur-de-Fer; vous savez ce que j'exige de vous…

– Eh bien, monsieur, je ferai tout, m'écriai-je en me précipitant entre ce malheureux et notre chef toujours prêt à l'égorger… Oui, je ferai tout, monsieur, je ferai tout, sauvez-le.

– Qu'il vive, dit Cœur-de-Fer, mais qu'il pre

Le négociant surpris, n'entendant rien à cette parenté que j'établissais, mais se voyant la vie sauvée s'il acquiesçait aux propositions, ne crut pas devoir balancer un moment. On le fait rafraîchir, et comme nos gens ne voulaient quitter cet endroit qu'au jour:

– Thérèse, me dit Cœur-de-Fer, je vous somme de votre promesse, mais comme je suis excédé ce soir, reposez tranquille près de la Dubois, je vous appellerai vers le point du jour, et la vie de ce faquin, si vous balancez, me vengera de votre fourberie.

– Dormez, monsieur, dormez, répondis-je, et croyez que celle que vous avez remplie de reco

Il s'en fallait pourtant bien que ce fût là mon projet, mais si jamais je crus la feinte permise, c'était bien en cette occasion. Nos fripons, remplis d'une trop grande confiance, boivent encore et s'endorment, me laissant en pleine liberté, près de la Dubois qui, ivre comme le reste, ferma bientôt également les yeux.

Saisissant alors avec vivacité le premier moment du sommeil des scélérats qui nous entouraient:

– Monsieur, dis-je au jeune Lyo

On rendrait mal la prétendue reco

Il y a des moments dans la vie où l'on se trouve fort riche sans avoir pourtant de quoi vivre: c'était l'histoire de Saint-Florent. Il avait cinq cent mille francs dans son portefeuille, et pas un écu dans sa bourse; cette réflexion l'arrêta avant que d'entrer dans l'auberge…

– Tranquillisez-vous, monsieur, lui dis-je en voyant son embarras, les voleurs que je quitte ne m'ont pas laissée sans argent, voilà vingt louis, prenez-les, je vous en conjure, usez-en, do

Saint-Florent, qui jouait la délicatesse, mais qui était bien loin de celle que je devais lui supposer, ne voulut pas absolument prendre ce que je lui offrais; il me demanda quels étaient mes desseins, me dit qu'il se ferait une loi de les remplir, et qu'il ne désirait que de pouvoir s'acquitter envers moi:

– C'est de vous que je tiens la fortune et la vie, Thérèse, ajouta-t-il, en me baisant les mains, puis-je mieux faire que de vous offrir l'une et l'autre? Acceptez-les, je vous en conjure, et permettez au Dieu de l'hymen de resserrer les nœuds de l'amitié.

Je ne sais, mais soit pressentiment, soit froideur, j'étais si loin de croire que ce que j'avais fait pour ce jeune homme pût m'attirer de tels sentiments de sa part, que je lui laissai lire sur ma physionomie le refus que je n'osais exprimer: il le comprit, n'insista plus, et s'en tint à me demander seulement ce qu'il pourrait faire pour moi.

– Monsieur, lui dis-je, si réellement mon procédé n'est pas sans mérite à vos yeux, je ne vous demande pour toute récompense que de me conduire avec vous à Lyon, et de m'y placer dans quelque maison ho

– Vous ne sauriez mieux faire, me dit Saint-Florent, et perso

Et le jeune négociant me pria de lui raconter alors les raisons qui m'engageaient à m'éloigner de Paris, où je lui avais dit que j'étais née. Je le fis avec autant de confiance que d'ingénuité.

– Oh! si ce n'est que cela, dit le jeune homme, je pourrai vous être utile avant d'être à Lyon; ne craignez rien, Thérèse, votre affaire est assoupie; on ne vous recherchera point, et moins qu'ailleurs assurément dans l'asile où je veux vous placer. J'ai une parente auprès de Bondy, elle habite une campagne charmante dans ces environs; elle se fera, j'en suis sûr, un plaisir de vous avoir près d'elle; je vous y présente demain.

Remplie de reco

– Il fait beau, me dit Saint-Florent, si vous me croyez, Thérèse, nous nous rendrons à pied au château de ma parente, nous y raconterons notre aventure, et cette manière d'arriver jettera, ce me semble, encore plus d'intérêt sur vous.

Bien éloignée de soupço

Il était environ cinq heures du soir lorsque nous entrâmes dans la forêt. Saint-Florent ne s'était pas encore un instant démenti: toujours même ho

– Nous y sommes, putain, me répondit ce scélérat, en me renversant à terre d'un coup de ca

Oh! madame, je ne sais plus ni ce que dit, ni ce que fit cet homme; mais l'état dans lequel je me retrouvai ne me laissa que trop co