Страница 2 из 46
Préface
L’indulgence que l’on a eue pour quelques-unes de mes fables me do
Après tout, je n’ai entrepris la chose que sur l’exemple, je ne veux pas dire des anciens, qui ne tire point à conséquence pour moi, mais sur celui des modernes. C’est de tout temps, et chez tous les peuples qui font profession de poésie, que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A peine les fables qu’on attribue à Ésope virent le jour, que Socrate trouva à propos de les habiller des livrées des muses. Ce que Platon en rapporte est si agréable, que je ne puis m’empêcher d’en faire un des ornements de cette préface. Il dit que, Socrate étant condamné au dernier supplice, l’on remit l’exécution de l’arrêt, à cause de certaines fêtes. Cébès l’alla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit que les dieux l’avaient averti plusieurs fois, pendant son sommeil, qu’il devait s’appliquer à la musique avant qu’il mourût. Il n’avait pas entendu d’abord ce que ce songe signifiait: car, comme la musique ne rend pas l’homme meilleur, à quoi bon s’y attacher? Il fallait qu’il y eût du mystère là-dessous, d’autant plus que les dieux ne se lassaient point de lui envoyer la même inspiration. Elle lui était encore venue une de ces fêtes. Si bien qu’en songeant aux choses que le Ciel pouvait exiger de lui, il s’était avisé que la musique et la poésie ont tant de rapport, que possible était-ce de la dernière qu’il s’agissait. Il n’y a point de bo
Socrate n’est pas le seul qui ait considéré comme sœurs la poésie et nos fables. Phèdre a témoigné qu’il était de ce sentiment, et par l’excellence de son ouvrage nous pouvons juger de celui du prince des philosophes. Après Phèdre, Avienus a traité le même sujet. Enfin les modernes les ont suivis: nous en avons des exemples non seulement chez les étrangers, mais chez nous. Il est vrai que lorsque nos gens y ont travaillé, la langue était si différente de ce qu’elle est qu’on ne les doit considérer que comme étrangers. Cela ne m’a point détourné de mon entreprise: au contraire, je me suis flatté de l’espérance que si je ne courais dans cette carrière avec succès, on me do
Il arrivera possible que mon travail fera naître à d’autres perso
Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein quant à l’exécution, le public en sera juge. On ne trouvera pas ici l’élégance ni l’extrême brièveté qui rendent Phèdre recommandable; ce sont qualités au-dessus de ma portée. Comme il m’était impossible de l’imiter en cela, j’ai cru qu’il fallait en récompense égayer l’ouvrage plus qu’il n’a fait. Non que je le blâme d’en être demeuré dans ces termes: la langue latine n’en demandait pas davantage; et si l’on y veut prendre garde, on reco
Mais ce n’est pas tant par la forme que j’ai do
C’est pour ces raisons que Platon, ayant ba
Elles ne sont pas seulement morales, elles do
J’ai déjà passé la longueur ordinaire des préfaces, cependant je n’ai pas encore rendu raison de la conduite de mon ouvrage. L’apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l’une le corps, l’autre l’âme. Le corps est la fable; l’âme, la moralité. Aristote n’admet dans la fable que les animaux; il en exclut les hommes et les plantes. Cette règle est moins de nécessité que de bienséance, puisque ni Ésope, ni Phèdre, ni aucun des fabulistes, ne l’a gardée: tout au contraire de la moralité, dont aucun ne se dispense. Que s’il m’est arrivé de le faire, ce n’a été que dans les endroits où elle n’a pu entrer avec grâce, et où il est aisé au lecteur de la suppléer. On ne considère en France que ce qui plaît; c’est la grande règle, et pour ainsi dire la seule. Je n’ai donc pas cru que ce fût un crime de passer par-dessus les ancie